Cyberbullying
L’enfer du harcèlement entre ados sur internet
Par Anetka Mühlemann. Mis à jour le 14.05.2012 7 Commentaires
Recommandations
- surveiller les activés en ligne de son enfant en plaçant l’ordi dans une pièce commune;
- apprendre à l’enfant à protéger sa sphère privée, en lui expliquant bien qu’internet est une vitrine publique;
- parler des dangers de Facebook et rendre attentif que les friends n’en sont pas toujours;
- en cas d’attaque, l’enfant ne doit surtout pas répondre mais contacter une personne de confiance (médiateur scolaire) et, éventuellement, déposer plainte.
Liens utiles
www.prevention-web.ch/parents (conseils aux parents)
www.ciao.ch (infos pour les jeunes)
www.147.ch (hotline de Pro Juventute)
www.petitchaperonrouge.com (police)
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Voir sa réputation démolie sur Facebook, c’est la brimade qu’a dû affronter Aurélie*. Cette jeune fille de 13 ans scolarisée dans l’Ouest lausannois est tombée sur de cruels commentaires diffusés sur le profile d’une inconnue. «Elle m’a insultée, insulté mes parents», résume pudiquement l’adolescente. Des propos qui font d’autant plus mal à l’âge clé où les jeunes se forgent une identité.
En cherchant, Aurélie est tombée sur le numéro de la langue de vipère qu’elle a immédiatement composé. Et là, elle a reconnu la voix d’une autre élève de son établissement. «J’ai ressenti de la colère. Je voulais le lui dire en face mais je pensais que sur Facebook ce serait mieux», confie d’une voix douce la Vaudoise. Elle a alors décidé d’avertir ses camarades. La photo de la calomnieuse prise après un cours a été diffusée avec le commentaire «ça c’est la fille qui insulte tout le monde de l’école». Ou comment mettre le pied dans l’engrenage du cyberbullying, soit le harcèlement entre jeunes sur internet.
Attaque d’une grande envergure
Le lynchage via des dispositifs numériques peut prendre diverses formes, plus ou moins sournoises. Propagation de rumeurs via le chat MSN, usurpation d’identité sur Facebook, publication de vidéos et de photos compromettantes (parfois retouchées) et même menaces de mort: autant d’épreuves que la jeune génération peut à tout moment rencontrer sur la Toile ou son portable.
Dans le canton de Vaud, un bon tiers des adolescents se trouve concerné. Selon les premiers résultats d’une étude actuellement menée auprès de 800 élèves, 35% des 13-14 ans affirment s’être déjà sentis insultés ou blessés par un commentaire publié sur la messagerie instantanée MSN. Pour ce qui est de Facebook où ils sont beaucoup plus présents (74%), ils sont 18% à y avoir fait une telle expérience et 24% à y avoir publié un commentaire insultant ou menaçant. Le réseau social comprend moins de cas, mais ils peuvent se révéler plus graves.
Les plus jeunes sont également exposés. Chez les préadolescents (11-12 ans), le taux d’inscrits à Facebook s’élève à 31%, quand bien même le réseau social est interdit aux moins de 13 ans. En interaction avec leurs «amis», ils sont 5% à y avoir subi une offense (contre 26% sur MSN) et 4% à s’y être montré agressif.
Qu’il s’agisse au départ d’une blague spontanée «juste pour rire», d’une «petite leçon» entre pairs ou d’un acte de pure méchanceté, les répercussions vont souvent bien au-delà de ce qu’avaient imaginé les auteurs. Dans l’espace virtuel, les propos et images diffamatoires se propagent très vite et très loin. Et compte tenu de l’excellente mémoire du net, il n’est pas exclu qu’un potentiel futur employeur tombe dessus.
De plus, la victime ignore souvent d’où vient l’attaque. «Une des forces de ce type de harcèlement, c’est qu’il est anonyme, met en garde Sébastien Gogniat, enseignant et collaborateur pédagogique, spécialisé dans les problèmes du net pour le canton de Vaud. Il peut donc créer une forme de paranoïa et entraîner un isolement social voire des comportements antisociaux».
La détresse jusqu’au suicide
Les conséquences peuvent être dévastatrices. «Ce qui est particulièrement douloureux, c’est que cela touche l’estime de soi. Surtout pour des adolescents, très narcissiques à cette période et pour lesquels l’image sur les réseaux sociaux est plus vraie que la réelle», explique Philip Jaffé, psychologue et directeur de l’Institut Universitaire Kurt Bösch, à Sion. Divers symptômes peuvent apparaître, tels qu’angoisses, baisse des résultats scolaires ou encore douleurs somatiques. «Au-delà, cela peut entraîner une dépression nerveuse et des attitudes suicidaires».
Et le phénomène s’amplifie. L'année passée, la hotline 147 de Pro Juventute pour les jeunes a enregistré une hausse de 15% du nombre d'appels de mineurs au sujet du suicide et de 30% pour les cas de mobbing.
L'issue est parfois fatale. Comme pour cet étudiant qui, aux Etats-Unis, s’est donné la mort car il n’a pas supporté que son colocataire diffuse la vidéo qu’il avait tournée en cachette de ses ébats homosexuels. Ou pour cette Française qui a mis fin à ses jours après que son ex-petit-ami avait transféré à ses contacts la photo «coquine» qu’elle lui avait envoyée, ce qui lui avait d’être constamment traitée de «traînée».
En outre, tous ces souffre-douleur encourent le danger de se retrouver à nouveau cibles de mobbing. «Quel que soit le type de harcèlement, c’est un facteur de risque supplémentaire» mentionne le Dr Philip Jaffé. Mais une consultation peut permettre de «casser le cycle de la victime».
Le rôle des parents
Face aux nouvelles technologies, beaucoup de parents «abdiquent» car ils se sentent dépassés. «Mais il n’y a pas besoin d’être un expert en informatique pour inculquer des règles de précaution et de civilité», insiste Sébastien Gogniat. D’autant plus que plusieurs cas de cyberbullying ont débuté par l’imprudence d’un jeune qui a soit envoyé à un intime une photo aguicheuse (sexting) soit transmis à un tiers des données privées.
Parvenue aux oreilles de la direction de l’école, l’histoire d’Aurélie a vite trouvé une fin. Une rencontre avec les jeunes filles a été organisée pour leur expliquer qu’elles étaient allées trop loin. Et toutes deux ont fait amende honorable. «Elle s’est excusée», conclut Aurélie.
* prénom d’emprunt (24 heures)
Créé: 14.05.2012, 07h38
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La rédaction
7 Commentaires
D'uin autre côté les enfants font exactement ce que font les médias à travers leur journaux... Ils écrivent un bel article bien "militant" sans penser aux repercussions de leur article... Répondre
En mars, mon fils de 10 ans a été victime de vidéos diffusées sur FB. Sa détresse l'a fait s'auto-mutiler. Il était dans une école privée et j'ai dû le changer d'école en urgence car la direction veut étouffer l'affaire. J'ai porté plainte contre ceux qui ont fait et "liké" les vidéos. Il est important pour un enfant de savoir qu'il a des droits et que la loi le défend dans ce type de situation. Répondre
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