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Vaud

La mort promise à un chien leur gâche la vie

Par Philippe Dubath. Mis à jour le 05.12.2012 83 Commentaires

En mai, le toutou des Egli a mordu Nathaniel Marseille. Droopy doit être euthanasié. Mais les Egli et les Marseille, ensemble, veulent le sauver.

David et Patricia Egli, Laurence et Joël Marseille (de g. à dr.): «Il faut sauver Droopy.»

David et Patricia Egli, Laurence et Joël Marseille (de g. à dr.): «Il faut sauver Droopy.»
Image: Philippe Maeder

Droopy, quand il vivait tranquille avec quatre enfants et dans le quartier. Des voisins ont témoigné en sa faveur (Image: DR)

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10 mai 2012. Au départ, c’est juste l’histoire d’un enfant de 11 ans, Nathaniel, qui taquine un chien à travers un grillage. Le chien s’excite, réagit, mord deux doigts de l’enfant, qui retourne chez lui, blessé et choqué. A sa mère, Laurence, il raconte que c’est un chien errant qui l’a attaqué. Sans doute pour ne pas accuser l’animal d’un de ses camarades. Sa mère appelle la police. Mais très vite, à l’hôpital, l’enfant mordu dit la vérité. Ce n’est pas un chien en liberté qui l’a blessé, mais Droopy, le croisé labrador-berger allemand âgé de 4 ans de la famille Egli.

La police arrive, écoute Laurence Marseille. Quatre agents, dont deux de la brigade canine, se rendent chez les Egli. Ils savent alors que Droopy n’est pas un chien errant, mais un chien de famille. Pendant la discussion, Droopy dort tranquille au pied des représentants de la loi. Accompagnés par les propriétaires, ils l’embarquent sur ordre du vétérinaire cantonal, car le chien représenterait une menace pour les quatre enfants de la maison, Esteban (11 ans), Baptiste (7 ans), les jumelles Marine et Coralie (3 ans et demi).

Les Egli ne reverront plus Droopy à la maison. Depuis le 10 mai, depuis sept mois donc, il est retenu au Refuge de Sainte-Catherine, où la famille Egli n’a pas le droit de lui rendre visite. En principe, si la décision du vétérinaire cantonal – déjà confirmée par la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro – est appliquée, il sera euthanasié. Car, en juin 2009, déjà enquiquiné par un homme – le rapport officiel en atteste – il avait pincé un bras. Mais les Egli ont fait recours.

Quatre adultes solidaires
Jeudi dernier, à l’Auberge Communale de Corcelles-près-Payerne. Joël et Laurence Marseille, les parents de Nathaniel, l’enfant mordu, sont là. Avec eux, Patricia et David Egli, les propriétaires du chien. Une morsure aurait pu les opposer, c’est tout le contraire: elle les rassemble. S’ils sont là, autour d’une table, c’est pour évoquer l’impact de cette affaire sur leur vie et sur celle de leurs enfants. C’est aussi pour dire, ensemble, que le chien ne doit pas mourir, qu’il doit revenir dans sa maison. Ils sont solidaires pour sa cause, avec des centaines d’autres personnes qui ont signé une pétition. Les Egli ayant fait recours contre la décision de la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, le verdict appartient désormais à un juge du Tribunal cantonal.

«Je n’aurais jamais dû appeler la police, commence par regretter Laurence Marseille, même si je sais que, de toute manière, l’hôpital l’aurait fait. Mais si Nathaniel m’avait tout de suite dit que c’était Droopy, j’aurais appelé chez les Egli, nous aurions réglé ça ensemble. Surtout que, pour notre fils, depuis, c’est très dur…» Très dur? Le papa de Nathaniel, Joël Marseille, explique: «Depuis, alors qu’il voulait protéger son copain, certains se vengent de lui, on le bouscule, on l’insulte, on le traite d’assassin de chien. Et pour sa petite sœur, Samantha, qui a 6 ans, ce n’est pas drôle non plus, on la pousse, on l’insulte, parce qu’elle est «la sœur de l’assassin de chien». Elle revient de l’école par des chemins différents, pour ne pas se faire embêter.»

Un enfant sans copains
Il y a pire, comme l’explique Laurence Marseille: «Nathaniel est un enfant hyperactif, la vie n’était pas simple pour lui, mais, depuis cette histoire, il est rejeté, il ne parle plus, il est totalement renfermé, même avec nous. Avant, des copains venaient le voir. Maintenant, il n’a plus personne. On nous conseille de le faire voir par un psy. Et moi, quand je vais au magasin, on ne me parle plus. Les choses ne peuvent s’apaiser qu’avec le retour de Droopy chez lui, ce qui serait tout à fait normal puisque ce chien n’a fait que réagir comme un chien à des provocations d’un enfant.» Son époux, Joël Marseille, complète: «Nous ne sommes à Corcelles que depuis trois ans, nous étions bien ici mais si ça continue, nous partirons. Tout ça pour un enfant mordu par un chien. Une histoire qui se réglait entre parents, quand nous nous étions gamins!»

Patricia Egli, propriétaire de Droopy, acquiesce: «Nous sommes quatre parents, nous nous entendons bien, cet incident ne laisse aucune amertume entre nous, nous voulons que nos enfants retrouvent la paix et le sourire, mais l’Etat nous dépossède de nos droits. Il ne se préoccupe absolument pas de l’impact humain invraisemblable de cette affaire somme toute banale. Chez nous, mes enfants – Esteban et Baptiste surtout – réclament Droopy. Le temps passe, mais ils n’ont même pas le droit de le voir au refuge de la SPA. Nous avons tout proposé: de doubler la clôture autour de notre jardin, de lui mettre une muselière quand il y est, mais le vétérinaire cantonal ne veut rien savoir. Il ne fait pas la différence entre un incident qui serait survenu sur le domaine public et celui-ci survenu dans le privé. Si Droopy avait mordu quelqu’un sur le trottoir, on ne discuterait pas. Nous avons ce chien depuis qu’il est bébé, il a eu les enfants près de lui qui rampaient, qui jouaient, jamais il n’a fait quoi que ce soit et voilà qu’il doit mourir.»

Un chien enfermé sept mois
Parmi les questions que posent les Egli, il y a celle-ci, émise par David: «Ce chien est enfermé depuis sept mois. Est-ce en accord avec la loi sur le respect des animaux? Comment vit-il sa captivité soudaine et si longue? On nous dit qu’il est devenu agressif en étant enfermé, mais on nous interdit d’aller le voir… pour qu’il ne déprime pas. Mais pour payer, on est là: 20 francs par jour pour sa pension forcée au refuge, plus les frais d’avocats, de recours. Quoi qu’il arrive, on aura près de 10 000 francs de frais. Et le chien, vivant ou mort?»

Patricia conclut: «Mais qui va nous aider si le chien est euthanasié, que les insultes et les bagarres s’intensifient? Car, aujourd’hui, nous nous entendons bien, mais nos enfants se bagarrent quand ils se croisent. Ils s’en veulent. C’était notre première peur, et cela se confirme. Mais si Droopy meurt, comment vont-ils réagir? Et s’ils se font du mal, qui nous aidera?»

La décision sur le recours des Egli tombera-t-elle avant Noël? Tiendra-t-elle compte de toutes les conséquences de cet incident ou accident du 10 mai? Contactée, Mme De Quattro ne désire pas prendre position tant que le recours n’est pas jugé. Le vétérinaire cantonal, Giovanni Peduto, à qui nous avons transmis des questions par mail, s’est dit dans l’impossibilité de répondre, lui aussi en raison de la procédure en cours. (24 heures)

Créé: 05.12.2012, 07h09

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83 Commentaires

Luis Tobler

05.12.2012, 07:19 Heures
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Lançons une pétition via 24heures. Que ces foutus "réseaux sociaux" servent à quelque chose. Répondre


Adelle Marthas

05.12.2012, 08:09 Heures
Signaler un abus 96 Recommandation 12

No comment sur la décision des autorités qui a bien du temps et de l'argent à perdre (et faire perdre) sur ce NON problème... Ils n'ont rien d'autre à faire ??Mais alors que penser de la mentalité des gens dans ce village qui pourrissent la vie d'une famille et d'un enfant pour une histoire dont ils ne sont même pas responsables !! Triste village !!! Répondre



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