La Une | Vendredi 25 mai 2012 | Dernière mise à jour 00:15
Election du Grand Conseil

L’avenir du parlement est suspendu aux mystères du centre

Par Daniel Audétat, Justin Favrod et Mehdi-Stéphane Prin. Mis à jour le 16.01.2012

Un camp sera-t-il assez fort pour tenir la majorité? Ou les petits partis dits du centre gagneront-ils suffisamment de sièges pour s’imposer en arbitres?

1/2 Etat du rapport des forces politiques durant la législature 2007-2012, tel qu'il apparaît au Grand Conseil

   

Sur le départ

S’il y a une «prime au sortant» favorisant la réélection des députés qui se représentent au terme d’une législature, le siège d’un élu qui se retire est bien sûr plus difficile à défendre pour son parti. Inventaire des départs selon leur affiliation.

Chez les socialistes: 8 départs (un dans le Gros-de-Vaud, trois sur Lausanne-Ville, un sur Romanel, un sur Morges, deux dans l’Ouest lausannois)

Chez les Verts: 5 départs (deux à Lausanne-Ville, deux à Morges, un dans l’Ouest lausannois).

Chez les radicaux: 5 départs (un dans l’arrondissement Broye-Vully, un dans le Gros-de-Vaud, deux sur Yverdon, un sur Romanel).

Chez les libéraux: 5 départs (un sur Romanel, un sur Lavaux-Oron, un à Morges, un à Nyon, un sur la Riviera)

A l’UDC: 5 départs (deux dans le Gros-de-Vaud, un sur Lavaux-Oron, deux à Nyon).

Liste des candidats au Grand Conseil

- Sous-Arrondissement d'Yverdon

- Sous-arrondissement de La Vallée

- Sous-arrondissement de Romanel

- Arrondissement de Lavaux-Oron

- Sous-Arrondissement de Lausanne-Ville

- Sous-arrondissement de Vevey

- Arrondissement de l'Ouest-lausannois

- Sous-arrondissement du Pays-d'Enhaut

- Arrondissement de la Broye-Vully

- Arrondissement de Nyon

- Arrondissement du Gros-de-Vaud

- Arrondissement d'Aigle

- Arrondissement de Morges

De la composition du Grand Conseil dépend l’équilibre du canton. A l’issue des élections de 2007, la majorité parlementaire était restée clairement à droite. Même après la dissidence de trois députés libéraux devenus Vert’libéraux en février 2010, la droite a conservé 74?sièges sur 150, contre 67 pour la gauche.

Pourtant, depuis les élections de 1998, le Parti libéral et le Parti radical ne sont plus assez forts pour tenir à eux deux la majorité absolue du parlement. Dorénavant, ils ont besoin de l’appoint de l’UDC qui, de son côté, n’a cessé de se renforcer. La donne a aussi évolué avec l’affirmation des petits partis qui se réclament du centre. Depuis 2007, ils s’affichent comme tel sous une étiquette, l’Alliance du Centre, qui a permis à leurs neuf élus d’exister en tant que groupe parlementaire.

La grande question est double

La première grande question de ces élections est là: la majorité parlementaire pourrait-elle basculer à gauche? Compte tenu du découpage du canton en arrondissements, qui relativise le poids démographique des agglomérations, la droite espère conserver son avantage. La gauche redoute elle-même le risque de blocage qui pourrait découler d’une majorité gouvernementale lui revenant, tandis que la majorité du Grand Conseil resterait à droite.

Dès lors, la grande question en appelle une autre: les petits partis dits du centre parviendront-ils à transformer en sièges au Grand Conseil les suffrages qui se sont portés sur eux à la fin 2011, lors des élections fédérales, puis au premier tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat? Ce capital électoral est évalué entre 10 et 13%. Ce qui, selon les analystes, pourrait amener au centre du Grand Conseil au moins une bonne dizaine de députés, et au plus une petite vingtaine. Selon cette dynamique, la force de la droite (à la baisse) et celle la gauche (à la hausse) tendraient à se rapprocher, à hauteur de 70 députés pour chacune.

Émergences et disparitions

Reste à savoir dans quelle mesure les électeurs parviendront à se repérer dans la nébuleuse du centre. Après avoir obtenu 10% des suffrages avec la candidature d’Emmanuel Gétaz au Conseil d’Etat, Vaud Libre a été rejeté par ses partenaires de l’Alliance du Centre, qui l’ont jugé imprévisible dans ses orientations. Le mouvement des Vert’libéraux donne certainement l’essentiel de sa consistance politique au centre vaudois. Mais en s’affirmant tout à droite dans l’espoir d’une place au gouvernement, les dirigeants du tout jeune parti ont troublé leurs militants, et sans doute leur électorat potentiel. Avec des alliances à géométrie variable selon les arrondissements, les ambitions centristes pourraient donc connaître quelques revers.

A droite, les soucis ne manquent pas. Dans sept arrondissements sur dix, libéraux et radicaux se présentent sur une liste unique, qui préfigure la fusion de leurs partis, programmée pour le milieu de l’année. Leurs électeurs respectifs resteront-ils groupés, ou joueront-ils du crayon pour biffer des «cousins» mal aimés? Et l’UDC continuera-t-elle à progresser dans le canton, alors que ses mésaventures fédérales ont stoppé son élan partout ailleurs?

A gauche, les Verts se demandent si le Parti socialiste prolongera à leur détriment les succès qu’il a enregistrés en 2011. Mais c’est sur la «gauche de la gauche» que plane la menace la plus essentielle. Le nombre de ses députés pourrait tomber en dessous de cinq, ce qui lui interdirait de constituer son propre groupe parlementaire, et lui enlèverait son droit à siéger dans les commissions du Grand Conseil.?


Proportionnelle: Les règles du jeu

Sur le principe, le mode d’élection des députés est des plus simples. Il s’agit d’une élection à la proportionnelle, donc à un seul tour. Théoriquement, une liste qui emporte 33% des voix devrait obtenir un tiers des sièges attribués à son arrondissement. Mais divers facteurs de pondération interviennent. Le législateur a voulu une représentation équilibrée des régions, ce qui revient à donner davantage de poids à la périphérie au détriment des agglomérations.

Arrondissements Pour l’élection du Grand Conseil, le canton est divisé en dix arrondissements. Ces entités correspondent aux dix districts qui structurent l’organisation de l’Etat de Vaud. Les 150 sièges sont répartis en fonction de la population résidente (étrangers compris). Cette répartition reste inchangée par rapport aux élections cantonales de 2007.

Sous-arrondissements Trois arrondissements sont divisés chacun en deux sous-arrondissements. Le Jura-Nord vaudois est partagé entre Yverdon et la Vallée. La Riviera entre Vevey et le Pays-d’Enhaut. Et le district de Lausanne entre Lausanne-Ville et Romanel. Dans les cas de la vallée de Joux et du Pays-d’Enhaut, il s’agit d’éviter que des régions qui ont une forte identité mais une population réduite se retrouvent sans représentant au parlement. Un député du Pays-d’Enhaut a donc besoin de moins de voix qu’un candidat de la Riviera pour être élu au Grand Conseil. La création de l’arrondissement de Romanel relève d’une autre logique. Il regroupe cinq communes au nord de Lausanne. Ce découpage réduit le poids de «Lausanne la rouge» et donne davantage d’influence à des communes qui votent plutôt à droite.

Quorum Pour éviter un trop grand émiettement politique, le législateur a fixé un plancher électoral: si une liste obtient dans un arrondissement moins de 5% des voix, elle ne comptera aucun élu. Ses voix sont perdues et ne profitent même pas à une liste apparentée. Dès lors, les petits partis privilégient autant que possible les listes communes.

Apparentement Les partis qui s’estiment politiquement proches peuvent conclure des apparentements. Ils ont jusqu’à ce jeudi pour les annoncer. La mention de ces accords figurera sur les listes de parti. Les apparentements interviennent lors du calcul pour la répartition des sièges. De telles alliances ont déjà été annoncées par l’UDC et les libéraux-radicaux d’un côté, et de l’autre par le PS, les Verts et La Gauche. Répartition L’apparentement permet aux partis qui l’ont conclu de cumuler leurs suffrages. Ainsi, un siège peut être gagné au profit de l’un ou l’autre parti apparenté grâce aux suffrages restant après une répartition préliminaire. Ce sont les candidats qui obtiennent le plus de suffrages au sein de chaque liste qui sont élus. Si un sous-arrondissement n’obtient pas le nombre de sièges auquel il a droit, un siège de l’autre sous-arrondissement lui est transféré.

Candidat Pour être candidat au Grand Conseil, il suffit d’être citoyen éligible et établi dans le canton. Un Nyonnais peut ainsi se «parachuter» à Aigle. En revanche, il est interdit d’être candidat dans deux arrondissements ou dans deux sous-arrondissements en même temps. (24 heures)

Créé: 16.01.2012, 23h44

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