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Addiction

Le deal d’héroïne infeste les bois et les parcs lausannois

Par Philippe Maspoli . Mis à jour le 22.10.2012 33 Commentaires

Dans un contexte tendu, le groupe antidrogue Celtus traque le trafic et aligne les saisies

1/4 Après un pic dans les années 1990, l'héroïne a connu un déclin dans les années 2000
Florian Cella

   

En chiffres

Dénonciations Dans le canton de Vaud, 644 dénonciations pour consommation d’opiacés, dont l’héroïne, ont été enregistrées en 2009. En 2010, ce nombre est monté à 712 pour se tasser à 682 en 2011. L’an dernier, les produits du chanvre représentaient 64,7% des dénonciations, les stimulants 14,1% et les opiacés 12,7%. Le reste se répartit entre les hallucinogènes et diverses autres substances.

Les bois et les parcs lausannois n’attirent pas que des promeneurs en quête de bon air.

Depuis plusieurs mois, les neuf agents du groupe antidrogue Celtus, spécialisé dans le flagrant délit à l’extérieur, y traquent les dealers d’héroïne. On imaginait ces derniers surtout rassemblés à la Riponne. En réalité, des transactions de plus en plus nombreuses ont lieu à Sauvabelin, dans la Vallée de la Jeunesse ou au parc de l’Hermitage, à quelques pas du Tribunal cantonal.

Au début du mois d’octobre, 225 grammes ont été saisis à Sauvabelin. La semaine passée, c’était 50 grammes au parc de l’Hermitage.

La police municipale de Lausanne communique fréquemment sur les prises de drogue ces derniers temps. Dans un contexte politique tendu, les forces de l’ordre de la capitale veulent montrer leur travail au quotidien. Mais ces informations récurrentes révèlent une réalité inquiétante.

Casser les réseaux
Alors que les dealers de cocaïne alimentent la grogne et le débat politique, le trafic d’héroïne a pris discrètement de la vigueur depuis deux ou trois ans. «A la fin des années 1990, la situation sur le front de l’héroïne était très tendue à Lausanne. On comptait une septantaine de dealers albanais. Bel-Air était devenu une plaque tournante. Nous avions réussi à juguler le problème, mais il revient», affirme Olivier Gouaux, chef de la brigade des stupéfiants.

Des chiffres récents sont révélateurs: 323 grammes d’héroïne saisis pendant toute l’année 2010, 531 grammes de janvier à septembre 2011 et déjà 1,1 kilo pour les neuf premiers mois de 2012. Cette progression s’explique en partie par le renforcement des activités du groupe Celtus, qui met la pression sur les trafiquants. Ces derniers ont fui une répression accrue à Genève pour se «réfugier» en terre vaudoise.

«Nous voulons maintenant éviter que des réseaux s’implantent à Lausanne», explique Olivier Gouaux. De fait, le trafic d’héroïne, dans les bois ou à la Riponne, est bien organisé. Des «chefs» organisent à distance, par téléphone portable, les rendez-vous des vendeurs avec leurs clients.

L’activité policière n’est pas l’unique explication. L’évolution de la consommation joue aussi un rôle. Après un pic dans les années 1990, l’héroïne a connu un déclin dans les années 2000 alors que la cocaïne, drogue stimulante autrefois réservée aux jet-setteurs et aux «créatifs», se démocratisait.

Hausse des toxicos
Mais l’héroïne revient en force. Cela se traduit, entre autres, par une demande accrue en traitements de substitution à la méthadone au Centre Saint-Martin, à Lausanne: 1561 en 2006, 1700 en 2008 et 2329 en 2011. 2012 ne montre pas de signe de recul.

«C’est une augmentation importante. Elle s’est manifestée de manière marquée en 2009-2010», commente la Dresse Martine Monnat, médecin-chef de l’unité de toxico-dépendance et médecin adjoint au Service de psychiatrie communautaire du Département de psychiatrie du CHUV. On peut déduire de ces données que les nouveaux consommateurs d’héroïne demandent plus rapidement une thérapie. Mais cela montre aussi une consommation en progression, entre 5 et 10%, selon les sources.

Au front avec le Distribus et le centre d’accueil de jour Le Passage à Lausanne, Nicolas Pythoud se montre prudent. Le directeur de la fondation ABS (accueil à bas seuil) affirme n’avoir pas observé de grand «creux» dans les années 2000 concernant l’héroïne. Les «contacts» avec les adeptes de cette drogue avaient pourtant bel et bien reculé: de 50% du total, ils étaient descendus à 40%. «C’est remonté à 50% ces derniers temps», déclare Nicolas Pythoud. Selon lui, l’agitation observée par la police est due à une concurrence accrue en vue du contrôle du marché de l’héroïne.

Les résultats d’une étude, dont la publication est attendue avant la fin de l’année, devraient permettre d’y voir plus clair, annonce le Dr Jean-Pierre Gervasoni, chef de clinique à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive. «Nous avons des signes d’une légère reprise de la consommation d’héroïne. Elle s’observe surtout à Lausanne, moins dans le reste du canton», affirme ce spécialiste.

Prix en baisse
Le prix de cette drogue est en baisse, ce qui renforce son attrait. La qualité, elle, diminue. C’est une autre source d’inquiétude: les produits de coupage peuvent en effet mettre en danger la santé des toxicomanes.


L’héroïne pour «descendre» après la coke

Le canton de Vaud compte, selon des estimations plus ou moins prudentes, entre 3000 et 3500 accros aux drogues dures. Leur comportement est difficile à appréhender de manière précise. Mais les spécialistes relèvent que l’image du junkie marginalisé, symbole d’une «scène ouverte» comme le Letten, qui a existé jusqu’en 1995 à Zurich, ne colle pas à tous les consommateurs d’héroïne d’aujourd’hui.

Une partie d’entre eux emploie cette substance, qui appartient au groupe des opiacés, dans un contexte festif: «Après la stimulation provoquée par la cocaïne, ils utilisent l’héroïne pour avoir un moment de répit, pour redescendre un peu», explique Nicolas Pythoud. «Que des gens intégrés socialement soient amenés à croiser l’héroïne n’est dès lors pas étonnant puisque la cocaïne touche à peu près toutes les couches sociales», commente la Dresse Martine Monnat. Nicolas Pythoud met en garde. Selon lui, il est faux de croire que la cocaïne est moins dangereuse que l’héroïne puisqu’elle ne provoque pas de dépendance physique: «Le sevrage de la cocaïne peut amener à la dépression et à un grand malaise existentiel. On observe des comportements agressifs. C’est complexe à accompagner. La cocaïne est une drogue perverse». (24 heures)

Créé: 22.10.2012, 07h12

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33 Commentaires

Christian LOUP

22.10.2012, 08:29 Heures
Signaler un abus 52 Recommandation 9

C'est pas seulement les consommateurs qu'il faut traquer, mais surtout les profits résultant de ce commerce, même si c'est au prix d'une législation d'exception, cela évitera d'avoir affaire à des avocats qui cherchent les failles du système pour permettre à leurs clients de ressortir blancs comme neige.... Répondre


Raymond Piguet

22.10.2012, 11:30 Heures
Signaler un abus 50 Recommandation 9

La consommation de la drogue ne sera jamais éradiquée, cela fait des milliers d'années que l'Homme utilise ces produits. Au mieux on pourrait priver l'une des plus importantes ressources des mafieux en créant des structures fournissant légalement les consommateurs, et au passage les inciter au traitement, prévenir les risques et sécurisé la consommation par rapport au coupage des drogues. Répondre



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