Fin de vie
Le suicide assisté en EMS inquiète les médecins
Par Marie Nicollier. Mis à jour le 31.05.2012 19 Commentaires
L’initiative d’Exit qui sera soumise au vote des Vaudois le 17 juin émeut le corps médical. Le rôle des soignants est au cœur du texte réclamant des suicides assistés sans entrave dans les EMS subventionnés par l’intermédiaire d’un médecin ou d’une association. Face à lui, le contre-projet du Conseil d’Etat étend le droit aux hôpitaux et introduit des critères: maladie grave et incurable, et capacité de discernement. Surtout, il donne le pouvoir final de décision au médecin de l’institution, en concertation avec ses équipes.
«Option la moins pire»
«L’option la moins pire», «garante des dérives», «compromis acceptable»… Si la profession est partagée sur un thème qui relève des convictions personnelles, le contre-projet remporte l’adhésion d’une bonne partie du corps médical. Moins par enthousiasme que pour contrer l’initiative.
«Tout au fond de notre cœur, nous aurions souhaité ne jamais légiférer sur ce sujet et que les choses restent comme elles sont, car, quoi qu’on en dise, nous sommes extrêmement soigneux sur la fin de vie des gens», réagit Philippe Vuillemin, député et médecin en EMS. Même refrain du côté de l’Association vaudoise des médecins de famille. «A la limite, nous devrions dire non à l’initiative et au contre-projet, car il ne faudrait pas inscrire cela dans la loi, estime la coprésidente, la doctoresse Hedi Decrey Wick. Mais il faut être réaliste et aller dans le sens du contre-projet, qui protège mieux les soignants en prévoyant qu’ils ne participent pas au suicide assisté.»
Libres de refuser
Partisan d’une loi à l’élaboration de laquelle il a collaboré, le président de la Société vaudoise de médecine (SVM), Jean-Pierre Pavillon, se réjouit, lui, de la perspective d’une réglementation. «Certains établissements privent les résidents du droit au suicide assisté. Le contre-projet gomme ces inégalités.» Il condamne le flou de l’initiative au niveau des critères. «On ne peut pas laisser faire n’importe quoi. Même si Exit applique un certain nombre de règles, ce ne sera peut-être pas le cas d’éventuelles autres associations.»
Avant toute chose, les médecins tiennent à leur liberté de ne pas prescrire la potion létale s’ils ne sont pas d’accord. Le Dr Philippe Vuillemin s’est battu au Grand Conseil pour que le contre-projet exclue toute sanction à l’égard d’un réfractaire. «Il n’y a pas deux?classes de citoyens: le malade qui a le droit d’appeler Exit et les soignants qui n’ont qu’à faire en sorte que la personne meure comme elle le veut. Entre les grandes théories et la parfaite solitude du soignant devant ses juges, il vaut mieux prendre des précautions.»
La moitié des docteurs estiment que l’accord du médecin est nécessaire, révélait un sondage de la SVM (lire encadré). Ce n’est pas l’avis du Dr Jacques-André Haury, député vert’libéral, seul parti favorable à l’initiative. «Je combats l’idée que cette décision doit être prise par le corps médical. Le fait de se prononcer sur les notions d’incurabilité et de discernement le met dans une situation éthique extrêmement problématique.»
Et le CHUV dans tout ça? Une directive admet la venue d’Exit. Dans les faits, l’association n’a jamais exercé dans ses murs. «Je ne dis pas qu’Exit ne doit pas exister, la liberté du patient est absolue. Mais il y a peut-être de meilleures solutions», réagit le directeur de l’hôpital, le professeur Pierre-François Leyvraz. Allusion à la chaire de soins palliatifs très pointue, fierté du canton et unique en Suisse. «Avant d’appeler Exit, j’aimerais être sûr qu’il n’y a pas d’autres moyens de laisser mourir le patient dans des situations acceptables. Le but de l’unité de soins palliatifs est justement de faire en sorte qu’il meure paisiblement, avec une atténuation des symptômes.» Le CHUV rechignera-t-il à accéder aux demandes si le contre-projet passe? «Nous serons bien obligés d’accepter si toutes les conditions sont remplies. Mais il faut que cela reste une solution minoritaire.»
Patron d’Exit, le Dr Jérôme Sobel estime que le corps médical est majoritairement opposé au suicide assisté et que les garde-fous prévus par le contre-projet leur donneront une bonne raison de freiner des quatre fers. Une chose est sûre: ce recours est souvent vécu comme un échec par les soignants. «L’assistance au suicide n’est pas notre première réponse à un état de souffrance, explique le chef des soins palliatifs du CHUV, le professeur Gian Domenico Borasio. C’est toujours mieux d’essayer d’éliminer la souffrance avant d’éliminer le souffrant.» Le spécialiste se rallie tout de même au contre-projet. «Il répond à un besoin de sécurité et de clarté sur une pratique trop importante et irréversible pour qu’elle soit effectuée en cachette.»
Un rôle au cas par cas
La Société vaudoise de médecine (SVM) avait sondé ses?membres en 2010 sur l’assistance au suicide. Ces 233?questionnaires permettent aujourd’hui à la SVM de se prononcer en faveur du contre-projet. Trois médecins sur cinq sont pour une réglementation de l’assistance au suicide. Un sur cinq penche pour son interdiction ou le statu quo. Pour 51% des sondés, le droit de regard du médecin est nécessaire pour éviter les abus. La prescription de la potion létale recueille pourtant peu de suffrages: 37%.
63% estiment que le rôle du médecin doit être défini «au cas par cas». Les soignants insistent aussi sur la promotion des soins palliatifs comme alternative, un soutien psychologique des équipes et surtout la liberté de s’impliquer ou non dans le processus.
? (24 heures)
Créé: 31.05.2012, 22h35
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
19 Commentaires
Au-delà de toutes ces réflexions sans fin et du "moi je sais tout" véhiculé par le corps médical, ne peut-on juste pas considérer que c'est un DROIT, à point c'est tout? Qui peut décider pour moi de ce que je souhaite faire de mon corps? Personne. Répondre
Cela veut dire que si l'on est à la maison, nous avons toute notre autonomie et indépendance pour un tel choix. Si nous sommes en EMS on a que le droit de subir, souffrir et la boucler???? Répondre
ABONNEMENTS MOBILE
Grâce à notre outil comparatif indépendant, nous vous aidons à trouver l’abonnement optimal pour votre téléphone portable.
ASSURANCES AUTO
Est-ce que votre assurance auto répond à vos attentes ? En seulement cinq petites étapes, trouvez l’offre qui vous convient.





Veuilliez attendre s'il vous plaît 

























