Les clichés de l’aide sociale cassés en trente photos

Art et sociétéLe Canton soutient la Blonaysane Ghislaine Heger dans son projet de livre et d’exposition pour évoquer une réalité méconnue.

Grâce au soutien du Canton, Ghislaine Heger veut porter en images et en textes les témoignages d’une trentaine de personnes ayant vécu de l’aide sociale.

Grâce au soutien du Canton, Ghislaine Heger veut porter en images et en textes les témoignages d’une trentaine de personnes ayant vécu de l’aide sociale. Image: Marius Affolter

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Etre à l’aide sociale, ça n’arrive qu’aux autres. Tous des profiteurs. Ou des étrangers. Autant de clichés à proscrire, selon la photographe de Blonay Ghislaine Heger, qui a connu son propre passage à vide: «Un jour, j’ai appris par SMS qu’un projet cinématographique pour lequel j’étais assistante de production ne se ferait pas. Je me suis retrouvée à l’aide sociale et l’expérience s’est avérée assez traumatisante, pour ne pas dire humiliante. Je suis pourtant de nationalité suisse, j’ai suivi de hautes études, et on me conseillait de vendre ma voiture et de racheter mon troisième pilier.» D’où l’idée d’un documentaire pour donner la parole à des personnes concernées dans le canton de Vaud, mais qui ne se fera pas. Des années plus tard, l’idée a refait surface sous la forme d’un livre et d’une exposition auxquels Ghislaine Heger travaille d’arrache-pied: «Pour contrecarrer les idées reçues, déconstruire le jugement.» Elle veut voir son projet aboutir d’ici au printemps 2017.

La démarche a reçu l’appui de la Loterie Romande et trouvé un très bon écho au Canton (lire ci-dessous), qui y contribue à hauteur de 60 000 francs. Une impulsion décisive pour mener à terme un budget de quelque 175 000 francs.

Des trajectoires très variées

Certaines communes comme Lausanne, Yverdon ou Montreux ont aussi contribué. «Il s’agit d’apporter une visibilité à une problématique délicate, explique Jacqueline Pellet, municipale en charge des Affaires sociales à Montreux. Le public a souvent une fausse représentation des gens à l’aide sociale. Nous offrons 1000 francs et la location du futur lieu d’exposition.»

Pour l’heure, huit personnes se sont livrées devant l’appareil photo, toujours à leur domicile ou sur leur lieu de vie. «On entre dans leur intimité, explique l’artiste. Il est étonnant de voir que chaque parcours est très différent: la femme ultracompétente licenciée et qui ne retrouve pas d’emploi faute de diplômes, un vidéaste qui ne trouve pas sa place dans la société ou un papa qui perd travail et famille et qui se retrouve à vivre dans la rue.» Ghislaine Heger table sur une trentaine de témoignages.

«Je ne parvenais pas à vivre de mes vidéos, mais j’étais saoulé par la paperasse et les justifications»

Alexi a accepté de faire partie de l’aventure «parce que j’ai vécu une expérience difficile, ça me rendait dingue de devoir toujours prouver que je n’étais pas un fainéant. Je ne parvenais pas à vivre de mes vidéos, mais j’étais saoulé par la paperasse et les justifications, donc j’ai accepté un job alimentaire au McDo pour garder ma liberté artistique. Le paradoxe, c’est que je gagne moins que quand j’étais entretenu par l’Etat. Par contre, on culpabilise de se savoir aux crochets de la société. Il y a quelque chose de pas logique dans tout ça, de cassé dans le système, et c’est là que la démarche de Ghislaine trouve tout son sens.»

Pour apporter son témoignage: tokyomoon.association@gmail.com (24 heures)

Créé: 16.04.2016, 12h45

Donner du corps aux programmes d’aide

Pour le Service de prévoyance et d’aide sociales, le projet de Ghislaine Heger permettra d’améliorer la connaissance de l’aide sociale, au-delà des simples statistiques et des clichés, selon sa cheffe, Françoise Jaques. «A partir des situations individuelles, on peut notamment faire apparaître que les situations qui mènent à l’aide sociale sont très diverses: absence de formation, chômage de longue durée, rupture familiale, revenu insuffisant, problèmes de santé, etc. On peut aussi montrer de manière plus concrète que l’aide sociale est dans la majorité des cas une aide ponctuelle. Près de 40% des personnes en bénéficient moins d’un an.»

Malgré tout, des programmes de soutien existent. Près de 2500 jeunes ont bénéficié dans le canton d’un programme d’aide à la formation. Quelque 860 ont achevé leur formation avec succès. Le Canton consacre près de 10% du budget de l’aide sociale aux mesures d’insertion. «Avec des résultats probants, ajoute Françoise Jaques. Une personne sur deux trouve une solution après une mesure d’insertion.»

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