Les quatre enjeux derrière le duel socialiste-UDC

Elections cantonalesQuinze Vaudois, dont six ministres sortants, ont déposé leur candidature lundi. L’enjeu majeur réside dans l’affrontement entre Cesla Amarelle et Jacques Nicolet. Mais ce n’est pas le seul.

Symbole Quinze candidats se lancent à l’assaut du Château Saint-Maire, siège du gouvernement vaudois. Image: Jean-Bernard Sieber / ARC

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Ça y est, la campagne peut démarrer. Il reste 47 jours avant le premier tour des élections cantonales, le 30 avril. Depuis lundi, on sait que quinze Vaudois rêvent d’aller au Conseil d’Etat. Ou d’y rester, car six des sept ministres actuels sont candidats à leur réélection. Le délai pour déposer les listes arrivait à échéance à midi. La date limite était la même pour le Grand Conseil, où l’enjeu principal sera de savoir si la droite décrochera la majorité absolue des 150 sièges. On connaîtra le nombre et les noms des candidats ce mardi matin, une fois que l’Etat de Vaud les aura compulsés.

Quant à l’élection du Conseil d’Etat, plusieurs enjeux se dégagent d’ores et déjà. Passage en revue des quatre plus importants.

1. Un duel PS-UDC pour décider la majorité

Le principal enjeu, c’est de savoir si la gauche y conservera sa majorité, obtenue en 2011 après le décès de l’UDC Jean-Claude Mermoud. Un seul siège est vraiment en jeu, celui que laisse la socialiste Anne-Catherine Lyon. Avec une prime au sortant toujours très forte et un bilan qui n’a rien d’infamant, les six ministres semblent à l’abri d’un désaveu. Vu leur poids électoral, sept prétendants sont condamnés à jouer les figurants: les trois concurrents de la gauche radicale, les trois centristes et le candidat indépendant.

Il est tentant de résumer la bataille à un duel entre la socialiste Cesla Amarelle et l’UDC Jacques Nicolet, tous deux conseillers nationaux. «Il y a quand même un enjeu autour de la Verte Béatrice Métraux, dont le siège est le plus fragile, à gauche», tempère Philippe Miauton, secrétaire général du PLR Vaud. «La progression des Verts aux élections valaisannes ne doit pas faire oublier que ce parti stagne. A côté du duel Amarelle-Nicolet, il y a aussi un match Métraux-Nicolet, voire Métraux-Amarelle.»

«Nous ne nous battons pas forcément contre Cesla Amarelle, renchérit l’UDC Michaël Buffat. Béatrice Métraux n’a pas un bon bilan et nous verrons à l’issue du premier tour quel sera le siège le plus facile à prendre.»

Une analyse que réfute la gauche, à l’image d’Alberto Mocchi, le président des Verts: «Personne n’a trop démérité durant cette législature, je ne pense pas qu’il y aura un grand coup de sac. Le débat serait tué s’il n’y a pas d’autres candidats. Mais avec 15 candidats, les électeurs pourront dire s’ils sont contents ou non du Conseil d’Etat.»

A la tête des socialistes, Stéphane Montangero lui aussi prédit une belle bataille: «Il y a cinq ans, on comptait également six sortants, mais cela n’avait pas empêché d’avoir une campagne acharnée, pour savoir si l’UDC devait revenir au gouvernement. Quand on combat pour garder une majorité, qu’il y ait un ou deux sièges en jeu, c’est toujours important.»

2. Faire oublier la vraie couleur des duellistes

Toute l’attention se porte naturellement sur les duellistes. Les partis devront en donner l’image de potentiels ministres consensuels, prêts à rassembler des voix chez les centristes, les sans parti et les électeurs les plus modérés des partis adverses. Et chaque parti cherche aussi à charger le portrait du candidat adverse.

«Cesla Amarelle serait un choix de fracture», commente ainsi Kevin Grangier, le secrétaire général de l’UDC Vaud. «Depuis que la gauche a pris la majorité, Pierre-Yves Maillard a tenté d’amener cette majorité à une lente mais sûre maturité, en cultivant l’art du compromis avec le PLR, principal parti du Grand Conseil. Or Cesla Amarelle est la parlementaire socialiste vaudoise la plus à gauche, une candidature rouge idéologique. Jacques Nicolet signifierait un retour à une certaine forme de sagesse terrienne au sein du Conseil d’Etat, comme l’était Jean-Claude Mermoud.»

Faux, répond la gauche. «L’UDC est en train de déraper, commente Alberto Mocchi. Je suis interloqué, voire choqué. Jacques Nicolet dit par exemple ne pas être à l’origine de l’initiative contre l’intégrisme religieux pour ne pas passer pour un extrémiste, mais il la soutient. L’UDC Vaud suit malheureusement toujours plus la ligne blochérienne.» L’écologiste fait référence aux attaques de l’UDC vis-à-vis de Béatrice Métraux, accusée d’instrumentaliser les Verts et les communautés religieuses. Et aussi à La Voie du Bon Sens, pamphlet électoral, qui mêlait gifles sur les enfants, avortements et féminisme, religion et «indigestion».

3. Difficile de s’attaquer pour PLR, PS et Verts

Le principal problème pour les partis, c’est qu’ils auront de la peine à attaquer le bilan de leurs adversaires. En construisant leur binôme incontournable, Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard ont lié les mains de leur formation politique respective, chacune étant coresponsable de l’action des autres.

«Nous attaquerons l’UDC et le PLR notamment sur leur action au parlement fédéral où ils détiennent la majorité et où leurs votes ont des conséquences négatives sur la population vaudoise», illustre Gaétan Nanchen, le secrétaire général du PS vaudois. «Sur le bilan du PLR au Conseil d’Etat, c’est plus difficile. Il s’agit d’un collège où les décisions sont consensuelles. Nous mettrons en avant le bilan de la majorité de gauche. La bataille se fera sujet par sujet, sans les personnifier. Par exemple, nous avons une vision de la promotion économique différente de celle de Philippe Leuba, mais nous mettrons en avant nos propositions plutôt que d’attaquer frontalement une personne.»

C’est là le nœud du problème, selon Jean-Michel Dolivo, député de SolidaritéS: «A part quelques coups de griffes, il n’y a pas tellement de différences entre le PLR et le PS. Nous sommes dans une ornière sociale libérale et nous ne risquons pas d’en sortir. Il n’y aura pas de changement, quel que soit le résultat.»

4. Qui passera au premier tour?

Quatre candidats avaient été élus au premier tour en 2012: Pierre-Yves Maillard, Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba. Cette fois-ci, certains imaginent même que les six sortants peuvent être élus au premier tour, même si le scénario est peu probable. A part une simple affaire d’ego, cette question est importante sur le plan stratégique. Si le PLR place ses ministres du premier coup, cela diminue les chances de Jacques Nicolet. Sans allié PLR au second tour, pas sûr que les électeurs PLR se déplacent. Une situation résumée par Axel Marion, le président du Parti démocrate-chrétien (PDC): «Paradoxalement, le camp qui fera passer le plus de candidats au premier tour sera celui qui aura le moins de chance au deuxième.» (24 heures)

Créé: 13.03.2017, 21h48

Un seul ministre sur le départ, pas exceptionnel

Avec 15 candidats, l’élection de 2017 correspond à peu près aux précédentes, à l’exception de 1998 (19 candidats) et 2012 (21 candidats). Il y avait en effet 14 concurrents en 2002 et 12 en 2007.

Cette année, un seul siège est véritablement au cœur de la bataille, celui de la socialiste Anne-Catherine Lyon qui ne se représente pas. Cette situation n’est pas une première. Dans l’histoire récente, il y a l’année 1998, où seul le socialiste Daniel Schmutz avait décidé de quitter le gouvernement. En 2012, c’était le Vert François Marthaler qui laissait sa place.

Ce qui est plus rare, c’est quand plusieurs conseillers d’Etat partent en même temps, observe l’historien radical Olivier Meuwly. Ainsi les élections de 2002 et 2007 ont vu à chaque fois partir deux ministres: Claude Ruey et Charles Favre en 2002, Charles-Louis Rochat et Jacqueline Maurer-Mayor en 2007. «Tout aussi rares sont les non-réélections de ministres sortants», ajoute Olivier Meuwly. Il faut remonter à 1998 pour trouver le dernier désaveu populaire: l’éjection du popiste Josef Zisyadis. Il arrive aussi que des conseillers d’Etat soient débranchés par leur parti entre les deux tours, pour cause de score calamiteux. C’est arrivé aux socialistes Jean Jacques Schwaab en 1998 et Francine Jeanprêtre en 2002.

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