Ni flics ni éducs, ils veulent apaiser les nuits lausannoises

SécuritéDes correspondants de nuit battront le pavé dès le 15 octobre pour faire baisser les incivilités, juste en causant.

Mvunda et Morgane, la plus jeune des intervenants, sillonneront Lausanne la nuit en binôme.

Mvunda et Morgane, la plus jeune des intervenants, sillonneront Lausanne la nuit en binôme. Image: PHILIPPE MAEDER

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Morgane a 22 ans. Elle a été infirmière et dispensait jusque-là des cours de premiers secours aux futurs automobilistes. Morgane a l’âge de faire la fête à Lausanne, elle avoue apprécier la bière en chope mais dès le 15 octobre prochain, elle campera de l’autre côté de la barrière. Morgane est la plus jeune des six correspondants de nuit qui sillonneront en binôme la capitale vaudoise et qui tenteront, par le dialogue uniquement, de faire diminuer les incivilités de 18 h à 2 h du matin, du jeudi au samedi. «Il n’y a pas si longtemps que cela, je faisais la fête dans le parc du Mudac avec mes amis, celui où la musique est désormais interdite. Si je ne suis pas un peu trop jeune pour faire la morale? On ne va pas faire la morale, mais de la prévention.»

Uniforme «avenant mais officiel»

Promis par le municipal de police Grégoire Junod en 2013, dans le cadre de la pacification des nuits lausannoises, les six correspondants de nuit vont enfin montrer le bout de leur uniforme «avenant mais officiel» dans les rues de la capitale vaudoise. «C’est le chaînon qui manquait entre le travail des éducateurs de rue et celui de la police. Ce sont des intervenants sociaux dont la mission est de réguler l’espace public», explique le municipal. Dans le détail, deux sont issus du milieu médical, deux de la sécurité et deux du psychosocial. Vincent Léchaire est leur responsable. Il a 40 ans et vient du milieu éducatif spécialisé. «Les correspondants de nuit ne pourront ni maîtriser des personnes ni dénoncer des dérapages. Leur seule arme, ce sera le dialogue.» De la «communication constructive et non-jugeante» pour inciter les noctambules à moins de vandalisme, de déchets laissés n’importe où, de nuisances sonores, de conflits avec le voisinage et de bagarres. «Nous sommes attendus au tournant», confie un des correspondants.

Dans les parcs et les préaux

Leur périmètre, ce sont les espaces publics extérieurs comme la place de l’Europe, les préaux, les parkings, les parcs de Mon-Repos, de Montbenon ou du Mudac. Leur cible: les groupes de jeunes qui à un moment de la soirée se posent quelque part. Grégoire Junod: «Ils ne feront pas un travail sur des personnes, mais sur des groupes. Il ne s’agit pas d’une Uniset bis (ndlr: l’Unité d’intervention socio-éducative de terrain, aujourd’hui dissoute). Il n’y aura pas de suivi personnalisé.» Les correspondants pourront aussi, mais ce n’est pas leur mission première, sensibiliser les noctambules sur les risques liés à l’alcool ou à la drogue, et les orienter vers des services spécialisés.

Pascal est l’aîné des correspondants. Il a 50 ans. il était éducateur spécialisé pour des jeunes en difficulté. «La différence avec un encadrement dans un foyer, c’est que dans la rue, il n’y a pas de murs. Le challenge sera de fixer un cadre malgré tout.»

L’expérience sera évaluée dans deux ans. Son coût: 1,5 million de francs. (24 heures)

Créé: 06.10.2015, 18h12

Dossiers

A Yverdon ce mercredi

A noter que la Ville d’Yverdon a décidé de mettre en place une «brigade» de médiation composée de citoyens volontaires.

Une séance d’information est prévue ce mercredi soir 7 octobre, à 17h30, à la salle des débats de l’Hôtel de Ville.

Inscriptions obligatoires au 024 423 66 60 ou sur observatoire@policenv.ch

L’expérience zurichoise est positive mais fait débat

Lausanne s’inspire du modèle «sip züri» – pour Sécurité Intervention Prévention, créé en 2000 et géré par le Département des affaires sociales de la Ville de Zurich. Vêtus d’uniformes que l’on peut confondre avec ceux de la police, des travailleurs sociaux patrouillent dans les quartiers animés pour calmer les conflits.

L’action de la sip ne fait pas l’unanimité. L’efficacité de leur travail n’est pas remis en question, mais leur statut à mi-chemin entre le travail social et celui de la police est controversé. Un flou juridique qui fâche notamment les Vert’libéraux et fait actuellement débat au Grand Conseil.

La sip n’intervient toutefois jamais en cas d’infraction; la police est appelée en renfort. Celle-ci a également lancé un plan pour pacifier les nuits zurichoises. Depuis cette année, une trentaine d’agents supplémentaires sont déployés dans les zones chaudes tous les vendredis et samedis soir, pendant la belle saison. A l’arrivée du froid, la?mesure a pris fin et le chef de la Communication de la police zurichoise, Marco Cortesi, tire un bilan positif. «Les délits typiques de la nuit – bagarres, dommages à la propriété – ont clairement diminué. Les policiers sont bien plus visibles et cela a un effet dissuasif. Nous reconduirons l’expérience l’an prochain.»

Lucie Monnat

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