«Norah attendait le dimanche pour aller skier. Elle était aux anges sur les pistes»

TémoignagePour que la collision qui a coûté la vie à sa fille dimanche sur les pistes des Mosses ne reste pas un drame absurde, son papa dénonce la vitesse excessive.

Avide de mouvement et d’activités incessantes, Norah était aussi une fillette sensible au bien-être d’autrui. Image: DR

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Tatoué en longues arabesques, le prénom mange son avant-bras gauche: Norah. Accoudé à une chaise de la salle à manger où règne un calme assourdissant, Benoît Pythoud contient sa souffrance. Le front plissé, il évoque d’un ton posé l’accident qui a «bousillé la vie de plusieurs familles» dimanche dernier sur la piste des Parchets, aux Mosses. Entrée violemment en collision avec un adolescent, sa cadette, qui allait sur ses 7 ans, a perdu la vie.

«Norah était sur la piste avec sa monitrice et je venais de les dépasser pour prendre mon assiette. Je commençais la montée quand j’ai vu qu’elle était couchée par terre et que sa monitrice s’affairait pour tenter de la secourir. Je les ai rejointes, et j’ai tout de suite vu que c’était très grave.»

Douceur, professionnalisme

Sous la violence du choc, Norah a subi des lésions irréparables, que les secouristes et les médecins se succédant à son chevet auront la décence de ne jamais cacher à la famille. Au père et à la grande sœur de 8 ans, qui accompagnaient la fillette aux Mosses, comme tous les dimanches de l’hiver, d’abord. Puis à la famille entière qui défile au chevet de Norah à l’Hôpital de l’Ile, à Berne, alors qu’elle est dans le coma mais toujours vivante. «Le personnel de l’école de ski, des remontées mécaniques, les gendarmes, les sauveteurs, les médecins, les infirmiers, les aumôniers qui faisaient l’effort de nous parler en français, tous ces gens ont été extraordinaires de douceur et de professionnalisme. Ils ont fait en sorte que Norah vive jusqu’à ce que nous ayons tous pu lui dire adieu.»

Sur la piste, Benoît Pythoud n’a eu aucun contact avec l’autre protagoniste de l’accident, un jeune homme de 16 ans qui skiait avec ses parents. «Ils sont restés sur place. Mais très vite la gendarmerie est arrivée. Et, une fois que Norah a été héliportée, les gendarmes ont procédé à une reconstitution avec le garçon.»

Quand le hobby détruit

S’il se refuse à jeter l’opprobre sur l’adolescent, on sent bouillonner une colère. Mais cet enseignant marié à une infirmière préfère la transformer en un discours constructif: «J’en ai beaucoup parlé avec la famille, des amis, des collègues, qui vont régulièrement skier avec leurs enfants. Tous disent la même chose. On est confrontés de plus en plus à des skieurs moyens, qui vont très vite et pensent gérer. Ils ne se rendent pas compte des dégâts que cela peut causer. Des accidents de ski, il y en a trop, car des gens sont inconscients. Il n’y a pas de fatalité dans les accidents lorsque les gens ne maîtrisent pas leur vitesse. Derrière une bosse, comme c’était le cas à l’endroit où ma fille a été accidentée, il faut pouvoir freiner. C’est affreux de se dire qu’on détruit des vies pour un hobby.»

De la procédure pénale ouverte devant le Tribunal des mineurs, qu’il envisage comme «une épreuve de plus», Benoît Pythoud attend tout de même réparation. «Il est primordial que l’enquête soit menée jusqu’au bout et que le fautif ou les fautifs soient clairement identifiés, punis et sanctionnés.»

En attendant, la famille établie dans le Nord vaudois puise sa force dans l’«incroyable vague de soutien de partout. Nos voisins, nos amis, l’école de nos filles, mon établissement…»

Et puis il y a l’aînée, qui a repris le chemin de l’école bravement. «Elle veut aller de l’avant, vivre sa vie, elle a besoin que nous aussi continuions à être forts pour elle. Quand elle est là, elle est positive, motivante. Parfois elle se rend compte de ce qui s’est passé, mais, c’est la grande force des enfants, très vite elle passe à autre chose. Je me suis rendu compte qu’avoir un ou d’autres enfants dans une telle épreuve est très précieux.»

Il y a Norah. Son sourire est dans les cadres en forme de cœur du salon où elle se prenait à tourbillonner sans fin, mimant un périple à dos de cheval. «C’était fatigant! Mais maintenant je me rends compte que cela va nous manquer de ne plus avoir ça.» La pile électrique qui n’aimait pas dormir, la passionnée de cheval et de natation qui devait meubler chaque seconde de son existence avait un amour particulier pour le ski. «Je m’y étais remis pour mes filles. Chaque semaine, l’hiver, Norah attendait le dimanche pour aller skier. Elle skiait depuis l’âge de 3 ans et toujours avec la même monitrice depuis deux ans. Elle était aux anges sur les pistes.»

Il m’a semblé qu’elle souriait

A côté de ce tempérament infatigable, il y avait aussi Norah la douce: «Elle ne supportait pas que quelqu’un soit mal, elle aimait tout le monde. Avec elle, il fallait tout le temps que tout le monde soit heureux, content.» Benoît Pythoud marque un temps, son regard erre un peu plus loin dans la pièce. «Je suis porté depuis dimanche par cette énergie, cette force qu’elle avait. Comme si elle me disait: «Papa, il faut encore vivre, encore rire, encore sourire, encore profiter, il y a tellement de choses à faire!»

Enfin, il y a cette image, la dernière qu’il aura de sa fille. «Ce qui m’a apporté de la sérénité, c’est que, quand je l’ai vue, là, par terre, il m’a semblé qu’elle souriait. Elle avait l’air apaisée, bien. C’était un sentiment incroyable, au-delà de la panique qui régnait tout autour. Elle était belle… c’est une image un peu facile, mais, oui, comme un ange…» (24 heures)

Créé: 25.03.2017, 07h54

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A ski, la vitesse reste une notion relative et difficile à cerner

Une allure non maîtrisée est en cause dans nombre d’accidents sur les pistes.Une notion difficile à cerner, pour les skieurs comme pour les experts juridiques.

Nicolas Duc est président de la Commission suisse pour la prévention des accidents sur les descentes pour sports de neige. Il est régulièrement sollicité comme expert dans le cadre d’enquêtes. Dans le cas de collisions, il contribue à l’analyse juridique des torts et peut travailler à établir la clé de répartition des responsabilités, pour régler les questions de frais et d’assurances.

«Nous devons déterminer si les personnes impliquées dans l’accident ont enfreint une ou plusieurs des 10 règles de la Fédération internationale de ski (FIS), qui font aussi office de référence juridique.» Les experts se basent sur les données relevées par les sauveteurs et les policiers le jour de l’accident: météo, qualité de la neige, configuration de la piste, établissement des faits, etc. Point souvent déterminant, la vitesse reste difficile à juger. «Nous nous fondons sur les lésions subies. Elles permettent de l’extrapoler.»

La vitesse n’en reste pas moins une notion «très subjective sur une piste, selon Nicolas Kessler, porte-parole du Bureau de prévention des accidents (BPA). Les skieurs surestiment leurs capacités et ne s’adaptent pas toujours aux conditions: changement de qualité de neige, de déclivité, densité des autres skieurs… Or c’est essentiel! Avec des pistes toujours mieux préparées, on skie plus vite qu’il y a dix ou quinze ans.» Ce qui amène d’ailleurs un constat: le nombre de collisions demeure stable au fil des ans (5% à 7% des accidents sur piste), mais la gravité des lésions s’accroît.

Le drame des Mosses impliquait un adolescent. Selon la statistique, cette tranche d’âge ne présente pas davantage de risques. Ce qui ne doit pas empêcher de sensibiliser ce public, selon le président de la Fondation des écoles suisses de ski, Marc-Henri Duc. La prévention peut se révéler très efficace, et le professionnel de l’enseignement de la glisse déplore que le milieu scolaire devienne si réticent à l’organisation de journées de ski.

L’établissement d’Ollon fait exception. Chaque année, une partie de ses classes reçoit une éducation préventive. «Des moniteurs apprennent aux élèves les 10 règles de la FIS, détaille Marc-Henri Duc. Nous faisons des mesures de vitesse avec un radar et, moment fort, des crash-tests où ils se prennent de face un piquet articulé! C’est la meilleure manière de leur faire comprendre l’importance de gérer sa vitesse.»

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