Hautes Ecoles
Quand le boulot d’étudiant devient une contrainte
Par Pascale Burnier. Mis à jour le 18.09.2012 34 Commentaires
Pas d’aide prévue dans les HES
L’UNIL et l’EPFL ont un fonds pour aider les étudiants dans le besoin. Rien de tout cela dans les Hautes Ecoles spécialisées (HES), explique Alexandre Tadic, de l’Association Jet Service. «Les HES n’ont pas de services sociaux et cela nous inquiète beaucoup. Les étudiants en difficulté restent certainement dans l’ombre et ne savent pas vers qui se tourner.»
Depuis la rentrée 2011, un projet pilote de permanence a été créé par cette association dans la Haute Ecole de travail social et de la santé. «50 étudiants nous ont contactés pour des problèmes financiers, juridiques ou familiaux. Mais l’inconvénient est que nous ne sommes pas sur place.» Jet Service a rencontré tous les directeurs des HES pour évoquer les prestations qu’offre l’association. «Certains étaient intéressés, d’autres pas. Nous espérons quand même pouvoir ouvrir de nouvelles permanences à la rentrée 2013.»
«Avant d’entrer au gymnase, la question s’était déjà posée. Alors avant l’Uni, ça a été une grosse réflexion. Est-ce que j’ai les moyens d’étudier? La solution est passée par des week-ends et des soirées à travailler dans une station-service, à donner des cours à domicile, complété par du baby-sitting. En première année d’Uni, je travaillais à 70% en plus de mes études. Et ça a eu des conséquences sur mes notes.»
Depuis cinq ans, Mélanie Glayre, 26 ans, se bat pour pouvoir étudier le français et l’histoire des religions. Les coups durs et les galères financières, celle qui s’engage désormais largement dans la Fédération des associations d’étudiants (FAE) les connaît.
Ce matin, des milliers d’étudiants ont repris leur place dans les auditoires. Comme Mélanie, 75% d’entre eux exercent un job à côté de leur formation. Un gagne-pain destiné à l’argent de poche. Normal. Mais pour près de la moitié de ces cerveaux, un job est devenu indispensable pour vivre, relève une étude de l’Office fédéral de la statistique publiée en 2010.
Les étudiants dans le besoin ne sont pas majoritaires, mais des signaux alarmants apparaissent. «Depuis deux ans, nous observons une forte hausse des aides sociales accordées, indique Gilberte Isler, responsable du Service des affaires socioculturelles de l’Université de Lausanne. En 2009, 410 000 francs ont été répartis entre 252 étudiants dans le besoin. En 2011, l’enveloppe est montée à 660 000 francs pour répondre aux demandes de 332 étudiants.»
Et c’est sans compter ceux qui ont une bourse. «Le fonds privé de l’Université est destiné avant tout aux étudiants qui n’ont pas d’aides cantonales. Mais il arrive aussi que les bourses ne suffisent pas. Surtout avec les prix actuels des loyers. C’est devenu un vrai problème pour le budget.»
Association d’aide aux jeunes en formation, Jet Service a aussi vu les demandes d’universitaires augmenter. «Aujourd’hui, une minorité de jeunes ont des parents qui peuvent tout payer, explique Alexandre Tadic, collaborateur social. Les problèmes sérieux débutent lorsqu’un étudiant n’a pas droit à une bourse au vu des critères très stricts. Ou lorsqu’un jeune est en rupture familiale.»
La classe moyenne péjorée
Trop riche pour une bourse. En apparence. C’est ce qui est arrivé à Mélanie Glayre. «Je n’ai eu droit qu’à une aide pour payer la taxe universitaire. Le problème, c’est que mon père venait d’hériter d’une villa mitoyenne. Il gagnait 4500 francs net par mois pour une famille de cinq personnes et ma mère était malade. Ce n’était pas assez pour m’aider à étudier, mais trop pour avoir une bourse. Et tout a empiré lorsqu’il s’est retrouvé au chômage. Les dettes se sont accumulées.»
A l’Office cantonal vaudois des bourses, qui en a distribué 870 en 2011 (4% de plus que l’année précédente), on reconnaît qu’une certaine classe moyenne passe à côté. «Nous regardons actuellement comment gommer cet effet de seuil», précise Giancarlo Valceschini, chef d’office. Et d’insister: «Chaque cas est différent. Les étudiants ne doivent pas hésiter à faire une demande de bourse.»
A l’échelle nationale, une initiative, lancée par l’Union des étudiants de Suisse (UNES), et destinée à améliorer et uniformiser le système des bourses, a abouti au début de l’année. «De tout temps, les étudiants ont travaillé à côté, et cela est souhaitable. Mais aujourd’hui, leur situation économique est inquiétante. C’est pour cela que nous attendons beaucoup de cette initiative», relève Julien Bocquet, secrétaire général de la Fédération des associations d’étudiants de l’UNIL.
Difficile sans les parents
Certaines filières sont plus contraignantes que d’autres. En sciences techniques, la majorité des étudiants ne travaillent pas à côté de leurs études. En sciences humaines et sociales, 82% ont une activité rémunérée, selon une enquête de l’UNES. «Les facultés qui offrent le moins de débouchés, comme les Sciences sociales ou les Lettres, sont celles qui ont l’horaire le plus souple. Cela donne à penser que si l’on est pauvre, il est mieux d’entrer dans une telle faculté!» analyse Julien Bocquet. Du côté de l’EPFL, on reconnaît qu’au vu de la charge des études, un soutien parental est préférable.
«Chez nous, les étudiants sont en moyenne plus jeunes, donc plus nombreux à être aidés par leurs parents. Si un étudiant doit subvenir à ses besoins, soit environ 22 000 francs par an, il ne peut le faire que durant les week-ends car les horaires à l’EPFL sont denses, explique Catherine Vinckenbosch, cheffe du Service des affaires estudiantines. Quelques-uns y arrivent en étant très bien organisés. Mais si les taxes de cours augmentaient, comme certains le demandent, cela pourrait devenir dissuasif pour les étudiants.»
A l’UNIL, on constate aussi que le système de Bologne et ses nouvelles grilles horaires ont changé la donne. «Avant, les trois mois de pause estivale permettaient à ceux qui en ont besoin de gagner de l’argent, explique Gilberte Isler. Aujourd’hui, avec la réorganisation des sessions d’examens, il ne reste qu’un mois. Cela complique la situation des étudiants sans aucun soutien extérieur.»
«Je dormais dans une camionnette»
Grec ancien et histoire ancienne. Laura Ramchurn s’exalte en évoquant ses études. Elle replace ses longs cheveux noirs en arrière, et se lance dans un plaidoyer. «L’histoire ancienne est la base de tout. Regardez l’Europe d’aujourd’hui, le parallèle avec les empires en dit long. Pour certains, je fais peut-être des études inutiles, mais elles sont bien plus importantes qu’on ne le croit.» A 27 ans, Laura entame sa deuxième année de bachelor. Son dernier semestre, elle l’a terminé avec une moyenne de 6 sur 6. Malgré un parcours atypique, malgré les obstacles.
A l’Université, Laura a enchaîné les boulots. «En première de Lettres, je consacrais environ 40 heures par semaine à mes études, et j’avais un job 40 heures par semaine.» Six nuits par semaine dans un bar, et les week-ends. Sans aide de ses parents et sans bourse, Laura a dû assumer. «Quand j’étais plus jeune, mes parents ont divorcé et la situation est devenue compliquée. J’ai dû partir tôt de la maison. Je vivais chez les parents de mon copain. A l’école, j’ai suivi la VSO. Puis, j’ai fait un CFC d’employée de commerce. Mais je savais que je voulais étudier.»
Laura décide de faire une année de raccord pour entrer à l’Université. Un programme réputé ardu déjà pour les VSG… «J’ai commencé la psycho. Mon père, qui a une bonne situation, a été d’accord de m’aider. Mais lorsque j’ai échoué, il m’a coupé les vivres.»
Décidée, la jeune femme s’inscrit en Lettres. Déjà au bénéfice d’un CFC, ses parents n’ont pas l’obligation de l’aider. «Je m’en sortais en travaillant beaucoup. Jusqu’au moment où je me suis séparée de mon copain.» Sans moyens pour payer un logement, Laura finit par dormir dans la camionnette d’un ami. En plein hiver. «A l’Uni, je me promenais toujours avec un gros sac. C’était toutes mes affaires. je me douchais chez des amis, ou au campus. A la fin de ma première, j’étais totalement épuisée moralement et physiquement. J’ai décidé d’arrêter mes études.»
Après un emploi décevant en Asie, Laura rentre en Suisse en 2012 et décide de reprendre ses études. Aujourd’hui, elle travaille au bar Satellite de l’EPFL, donne des cours, et travaille dans la vente. «Cela va me faire un 80% pendant mes études. C’est clair que je compte tout. Pour les trois repas, j’ai 10 francs par jour. Et puis, désormais je suis en collocation.» (24 heures)
Créé: 18.09.2012, 07h22
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34 Commentaires
Parmi ces étudiants qui "n'ont pas les moyens", certains ne les ont pas parce qu'ils ont CHOISI de ne plus vivre chez leurs parents, et que le logement est la principale charge d'un étudiant. L'Etat ne doit aider que ceux qui n'ont pas le choix de partir (ex: uni à plus de 2h du logement des parents) mais pas les capricieux de l'indépendance. Répondre
Arrêtez aussi d en faire que des Scultpeurs de Nuages ces étudiants , trop facile de faire que des études jusqu à passé 30 ans et que tout doit LEURS ETRE PAYE, qu ils bossent aussi pour ce faire un peu d argent et tout à fait normal, j ai aussi bossé pour me payer des choses que je désirai, alors ils peuvent aussi prendre des petits jobs... Répondre
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