Schizophrène à 20 ans: «Je pensais que c’était Dieu qui me parlait»

Maladies psychiatriquesPablo Xavier raconte son combat contre la schizophrénie, une psychose qui frappe un jeune sur cent

La maladie a surpris Pablo Xavier à 20?ans. Sept années plus tard, il voit enfin le bout du tunnel.

La maladie a surpris Pablo Xavier à 20?ans. Sept années plus tard, il voit enfin le bout du tunnel. Image: PATRICK MARTIN

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La schizophrénie n’est pas une fatalité. Si ce message tient à cœur à Pablo Xavier, c’est que le jeune homme est sur la voie de la guérison. «Je veux dire aux gens: bougez-vous, on peut s’en sortir. Même si c’est un combat continu.»

L’Yverdonnois fait partie des 1% de Suisses victimes de cette maladie. Un trouble mental souvent incompris qui frappe de plein fouet les jeunes et se déclare habituellement entre 16 et 25?ans. Pour informer les étudiants, les 9es?Journées de la schizophrénie investissent demain l’Université.

Souriant, posé, le jeune homme plante ses yeux dans les vôtres pour raconter sa bataille contre la psychose qui a bouleversé sa vie en 2005. Il a alors 20?ans. Épris de spiritualité, il s’envole pour l’Inde. Et se plonge, à son retour, dans la méditation à haute dose. C’est alors que «le délire» commence. «J’entendais une voix. Je me disais que c’était Dieu qui me parlait. Que je devais l’écouter pour atteindre l’illumination.» Les symptômes s’aggravent au fil des mois. Les voix lui ordonnent de tourner à gauche dans la rue, d’arrêter de manger de la viande ou de rester cinq?minutes sous une douche glacée. Il s’exécute.

Pablo sait qu’il est difficile, pour le grand public, d’appréhender sa maladie. Elle l’a lui-même pris au dépourvu. «Le pire, c’est de ne pas comprendre ce qui se passe.» Chef du service de psychiatrie générale du CHUV, le Prof. Philippe Conus confirme que le début des troubles est une période particulièrement délicate. «Faute d’information, les gens dramatisent alors que l’on peut se faire soigner. Environ 30% des malades guérissent. Plus on attend, plus les risques de marginalisation augmentent. Les jeunes quittent leurs études, leur travail.»

Maux de tête et angoisses
Les tourments endurés par le Vaudois durant les premières années de sa maladie ont des allures de calvaire. Patiemment, le jeune rappeur, poète et slameur tente d’expliquer ses angoisses, soucieux «d’abattre les murs» entre les schizophrènes et les autres.

Il raconte l’esprit fragmenté en millions de morceaux, les crises d’angoisse où l’on pense mourir, les maux de tête infernaux, l’impression de ne plus être soi-même. «C’est horrible, résume-t-il. La schizophrénie est un monde intérieur qui se désagrège. On n’a aucune protection et aucune racine. Et il n’existe pas de refuge puisque le tourment est à l’intérieur de nous-mêmes. Tout le temps. On est si seul. Je me cachais dans la forêt pour crier.»

Après trois ans de souffrances, Pablo demande à être interné en hôpital psychiatrique. A partir de là, il remonte la pente, doucement, grâce aux médicaments mais surtout à l’écriture et à la course à pied. «Ça m’a sauvé.»

Les pieds sur terre
Pour contrecarrer le «mal de l’esprit», il se force à entretenir le lien avec son corps à coup de jardinage, de sport, de massages. «Il faut à tout prix garder les pieds sur terre. J’ai aussi réalisé à quel point la confiance en soi est importante. Lorsqu’une voix me dit de ne pas aller voir une personne que j’aime, j’y vais quand même.»

Stabilisé mais pas encore guéri, Pablo espère pouvoir jeter un jour ses neuroleptiques et ses anxiolytiques. Après quatre ans de vie dans un foyer, il est à la recherche de son propre appartement. «Je suis prêt à partir, sourit-il. J’ai tellement bataillé. J’ai besoin d’être un peu tranquille.»


Joute verbale pour démystifier la maladie chez les étudiants

Rappeur et slameur, Pablo Xavier, alias Le Fils de la Terre, se produit mercredi28 mars à 12?h?30 au Polydôme de l’EPFL dans le cadre des 9es?Journées de la schizophrénie. La manifestation investit le campus pour combattre les clichés et encourager les jeunes malades – souvent démunis face à un trouble mental méconnu - à se faire soigner.

Pour toucher la jeunesse, les organisateurs misent sur un format «anti-powerpoint»: la Pecha Kucha, une invention japonaise brevetée qui s’apparente à une joute verbale. Psychiatre, artiste, journaliste ou scientifiques auront 6’ 40” chacun pour démystifier la maladie en image. Entrée libre. www. info-schizophrenie.ch

(24 heures)

Créé: 27.03.2012, 22h58

Appel à l’aide

Urgences psychiatriques: 0848 133 133. L’îlot, association vaudoise des proches de personnes souffrant de schizophrénie: www.lilot.org

Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP): 021 647 16 00

La Main tendue: 147

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