Tamedia va licencier 24 personnes dans ses deux régionaux

MédiasL’annonce de cette mesure fait réagir les gouvernements vaudois et genevois. Les soutiens aux deux rédactions se multiplient.

Près de 200 journalistes sont descendus dans la rue à Lausanne pour manifester contre ces mesures. (Vidéo diffusée en direct sur Facebook, filmée au smartphone)
Vidéo: Bartek Mudrecki

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D’importantes mesures d’économie ont été annoncées mardi par le groupe Tamedia, qui édite notamment ce journal. Après d’autres secteurs de l’entreprise, ce sont les rédactions qui sont cette fois concernées: 24 personnes seront licenciées – 16 au sein de 24 heures et 8 à la Tribune de Genève –, en plus de cinq départs à la retraite et de deux départs non remplacés. Au total, l’effectif équivalent temps plein va reculer de 14%, pour chaque titre.

Réagissant à cette annonce, les Conseils d’Etat des cantons de Vaud et de Genève ont immédiatement «fait part de leur inquiétude» et fait parvenir aux dirigeants de Tamedia un courrier commun. Dans cette lettre, les deux gouvernements rappellent que «la diversité de la presse et la couverture régionale de l’information, menacées par l’évolution rapide que connaît aujourd’hui le secteur des médias, constituent un sujet de vive préoccupation».

«Toutes ces réactions sont le signe de l’attachement des Vaudois et des Genevois à leurs titres, ce qui est réjouissant»

De très nombreux soutiens, provenant en particulier des milieux politiques et culturels, partagent ces craintes. «Toutes ces réactions sont le signe de l’attachement des Vaudois et des Genevois à leurs titres, ce qui est réjouissant», a réagi Serge Reymond, directeur général de TPR (Tamedia Publications Romandes).

De leur côté, les collaborateurs s’insurgent contre ces coupes (lire ci-dessous et ci-contre). Les syndicats du secteur – impressum et Syndicom – ont demandé pour leur part à Tamedia de «renoncer à tout licenciement» et à toute réduction budgétaire, rappelant que le groupe a engrangé en 2015 un bénéfice net de 334 millions de francs.

Pour justifier ces licenciements, Tamedia indique que, «comparé à 2015, les deux journaux ont enregistré un recul de 14% de leur chiffre d’affaires publicitaire depuis début 2016».

4 millions de francs

Ces 24 licenciements s’inscrivent dans le cadre d’un plan d’économies dont le montant total prévu est, détaille Serge Reymond, «de l’ordre de 4 millions de francs». Par ailleurs, les deux grands régionaux entendent «repenser l’organisation des deux rédactions». Les éditions imprimées du journal «seront plus resserrées en semaine et plus étoffées le samedi», indique l’éditeur.

Début septembre, Tamedia avait détaillé ses résultats au premier semestre de l’année en cours. Son chiffre d’affaires a fléchi de 5% pour s’élever à 503,6 millions de francs, et son bénéfice a chuté de 22% pour atteindre 55,8 millions de francs. Le chiffre d’affaires et la marge des publications régionales sont en baisse, alors que les résultats du digital sont en hausse (lire notre graphique). La hausse des affaires dans le secteur numérique ne compense cependant pas la baisse enregistrée dans le papier.

«Je comprends que ce montant puisse surprendre voire susciter des critiques. Hors norme, il est à mettre en perspective avec le résultat exceptionnel de 2015 suite à l’intégration de search.ch dans local.ch»

L’an dernier, le CEO du groupe Tamedia, Christoph Tonini, a aussi reçu un revenu global de 6,1 millions de francs, contre 3,08 en 2014. Cette rémunération choque en particulier les représentants du personnel. Ce revenu comprend notamment un salaire de 1 million de francs, un bonus lié à ses résultats de 2,6 millions et près de 2 millions sous forme d’actions Tamedia. «Je comprends que ce montant puisse surprendre voire susciter des critiques. Hors norme, il est à mettre en perspective avec le résultat exceptionnel de 2015 suite à l’intégration de search.ch dans local.ch», a réagi pour sa part Serge Reymond. Le revenu du CEO de Tamedia est généralement considéré comme beaucoup trop élevé en regard de la taille du groupe, qui emploie quelque 3200 collaborateurs.

Galerie photos de l'événement


«Garantir la pérennité des deux titres»

Le directeur général de Tamedia Publications romandes, Serge Reymond revient sur les restructurations annoncées.

Quel est le montant d'économies représenté par le licenciement de ces 24 collaborateurs?
La décision annoncée mardi vise à garantir la pérennité de 24 heures et de la Tribune de Genève qui sont confrontés, comme tous les titres, à une baisse brutale des revenus publicitaires. Le montant total des économies prévues est de l’ordre de 4 millions de francs. Pour la plus grande partie, celles-ci concernent les rédactions mais pas exclusivement. La réorganisation des deux rédactions présentée mardi vise également à adapter leur offre éditoriale à l’évolution du mode de consommation des lecteurs en capitalisant sur l’ancrage régional et local des deux titres.

Que pensez-vous des nombreuses réactions? Allez-vous rencontrer les deux gouvernements cantonaux?
Toutes ces réactions sont le signe de l’attachement des Vaudois et des Genevois à leurs titres, ce qui est réjouissant. Je répondrai à toutes les questions qui me sont adressées y compris celles des gouvernements cantonaux genevois et vaudois.

Etes-vous choqué que le CEO du groupe Tamedia ait reçu un revenu total de 6,1 millions de francs?
Je comprends que ce montant puisse surprendre voire susciter des critiques. Ce montant hors-norme est à mettre en perspective avec le résultat exceptionnel de 2015 suite à l’intégration de search.ch dans local.ch. Mais ce résultat totalement exceptionnel ne reflète absolument pas la rentabilité opérationnelle de Tamedia.

Pourquoi les revenus des sites très rentables (comme Homegate, par exemple) ne sont-ils pas en partie réinvestis dans les secteurs à plus faible rentabilité (comme la presse écrite)?
Le subventionnement d'activités par d'autres activités n'est sur la durée pas une option économique saine. Il faut que chaque activité soit rentable et pérenne par elle-même. Ceci concerne tous les titres mais également toutes les activités digitales. Ces dernières doivent se développer dans un environnement suisse et international très concurrentiel. Il est par ailleurs réjouissant que Tamedia ait réussi à conserver le marché des petites annonces. Comme dans toute l'Europe, ce marché devenu digital, est totalement indépendant de celui des journaux régionaux.

Avez-vous toujours, pour les titres de presse, un objectif minimal de rentabilité à dégager?
Dans ce cas, il n’est absolument pas question d’objectif de rentabilité mais de garantir la pérennité des deux titres. La Tribune de Genève est dans les chiffres rouges et 24 heures le sera dans peu de temps si nous ne prenons pas les mesures annoncées ce mardi. Nous devons faire face à une forte accélération de la baisse des revenus publicitaires depuis le début de l'année. Il nous faut trouver des économies pour compenser cette baisse dans tous les services de l’entreprise et pas seulement au sein des rédactions. Et simultanément nous allons faire en sorte de garantir l’attractivité des contenus des titres.

Des mesures analogues à celles annoncées aujourd'hui sont-elles prévues en 2017?
En 2015, le choc monétaire s’était avéré positif au début pour la presse écrite, car beaucoup d’annonces ont été publiées pour promouvoir les ventes et liquider les stocks des détaillants et vendeurs de voitures. En 2016 cet effet a disparu. Le recul des revenus publicitaires se poursuivra certainement en 2017, mais j’ose espérer nettement moins vite.

(24 heures)

Créé: 27.09.2016, 23h30

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La classe politique s’inquiète pour la presse

L’annonce des plans de restructuration au sein des rédactions de 24 heures et de la Tribune de Genève a suscité des réactions à tous les échelons politiques. Le Conseil d’Etat, les députés, mais aussi les syndics des grandes villes vaudoises ont communiqué leur inquiétude pour la qualité de l’information et pour les emplois.

Mardi, les Conseils d’Etat vaudois et genevois ont pris ensemble la plume pour écrire au conseil d’administration de Tamedia. Ils rappellent que «la diversité de la presse et la couverture régionale de l’information, menacées par l’évolution rapide que connaît aujourd’hui le secteur des médias, constituent un sujet de vive préoccupation.» Les deux gouvernements se disent ouverts à un échange de vues avec Tamedia «sur les perspectives à court et moyen termes de l’activité des médias.»

Les communes vont un peu plus loin. Dans une lettre ouverte adressée à la direction de Tamedia, les neuf syndics des plus grandes villes du canton (Lausanne, Yverdon, Renens, Nyon, Vevey, Morges, Montreux, Ecublens et Prilly) demandent de «surseoir aux mesures d’économie proposées et d’ouvrir des négociations avec les sociétés de rédacteurs». Les autorités communales font part de leur préoccupation face à ces restructurations «susceptibles de porter atteinte à la substance des titres concernés, à leur crédibilité et, à terme, à leur existence même». Elles rappellent que les différentes cures d’amaigrissement opérées ces dernières années dans les rédactions «ont déjà conduit à une importante diminution du travail de proximité dans les régions du canton». Les communes soulignent encore que «le maintien, la qualité et la pluralité de la presse tenant compte de la diversité de nos régions sont, en effet, des composantes essentielles à la formation de l’opinion publique et à la vitalité du débat public.»

Les députés se sont également manifestés. Mardi, lors de la séance du Grand Conseil, le président du Parti socialiste vaudois, Stéphane Montangero, a lu une déclaration signée par les groupes PS, Verts, La Gauche, vert’libéraux et PDC-Vaud libre: «Après des années de rationalisation, de pertes de postes et le développement en parallèle de leur offre numériques, 24 heures et la Tribune de Genève ne pourront plus cette fois continuer à faire autant avec moins. C’est donc bien la substance même du journalisme régional qui est aujourd’hui en danger». Ils demandent au Conseil d’Etat d’agir. Le PLR, par la voix de son chef de groupe, est intervenu séparément, mais s’associe aux préoccupations exprimées.

R.B.

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