Thierry Barrigue reprend haut et fort le combat contre la maladie

TémoignageLe dessinateur et fondateur de «Vigousse» fait face à un retour de son cancer. Il en fait une histoire publique d’amour et d’humour.

Le dessinateur Barrigue livre un nouveau combat.

Le dessinateur Barrigue livre un nouveau combat. Image: YVAIN GENEVAY - A

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Thierry Barrigue, quoi qu’il lui arrive, passe son temps à vivre. C’est une occupation qu’il adore et qu’il n’entend pas lâcher de sitôt, même si un vieil ennemi vient de se rappeler à sa très vive attention. Sur Facebook, le dessinateur de 67 ans, fondateur du journal satirique Vigousse il y a huit ans, caricaturiste du Matin pendant des décennies, a annoncé ces dernières heures que le cancer qui s’en était pris à lui en 2013, et qu’il avait tenu à distance, effectue un retour en force. Ses mots: «Super! On m’a proposé un rôle dans un film d’aventures et de suspense. Le titre de ce film est Le retour du crabe. J’ai lu le scénario avant d’accepter. Je tourne avec une partenaire charmante que l’on surnomme dans le milieu «la petite chimio». Durée du tournage, six mois. Je vous donnerai des nouvelles quand il sortira en salle. Je vous embrasse.»

Tout Barrigue est là-dedans: il rit, il sourit, il a peur mais il fait presque semblant de s’en foutre, il se met sur le devant de la scène, tout est prétexte à faire de l’humour, il veut qu’on l’entende, qu’on l’écoute, qu’on sache qu’il est là, qu’il a des choses à dire, à partager, qu’il pense aux autres, il veut qu’on l’aime. Et on l’aime.

«Tiens revoilà Barrigue qui ramène sa fraise et son crabe!»

On l’aime encore plus quand il explique pourquoi il a décidé, comme il l’a fait aux débuts de sa maladie, de faire part publiquement de son état: «Ma démarche n’a rien à voir avec le voyeurisme, même si j’entends déjà mes meilleurs détracteurs dire: «Tiens revoilà Barrigue qui ramène sa fraise et son crabe!» Mais ce n’est pas ça: nous vivons dans une société qui coupe les gens les uns des autres, alors que nous sommes faits pour partager nos sentiments, nos bonheurs et nos souffrances. Donc je partage, en pensant à tous les gens, toutes les familles qui sont touchées par cette maladie. On vit des choses difficiles, on souffre, mais on peut aussi en parler, avec tendresse, humour, amour.»

Amour et humour, Barrigue fait volontiers rimer les deux mots, d’autant plus qu’il pense beaucoup à Raymond Burki, l’historique dessinateur de 24 heures, décédé d’un cancer il y a six mois. «Six jours avant sa mort, Raymond m’a appelé pour que je vienne le voir. J’ai su quand il m’a tourné le dos que c’était la dernière fois que je le voyais, et pourtant il me disait toujours ça va aller, ça va aller. C’était pourtant son dernier dos! (Rire quand même.) Il y a eu Raymond, il y a eu Philippe (ndlr: Mix & Remix), amis, confrères, frères, aujourd’hui je me bats un peu en complicité avec eux. Je suis comme plein de gens, je veux gagner, c’est cela que je veux partager ouvertement, avec franchise et humanité. Les gens qui souffrent sont courageux, je suis courageux, je suis détenteur d’un courage que je veux partager. Quant à l’humour, à l’autodérision, je veux les garder précieusement présents, alors je demande des nouvelles de leur santé à mes médecins. L’humour est une valeur essentielle, les requins qui nous dirigent, dans cette société où tant de gens sont malheureux, n’en ont pas. C’est normal: l’humour, c’est l’intelligence, le respect, c’est un langage.»

Auprès des migrants

Barrigue est bien là, bien lui-même, on l’aura compris. Et récemment, il est allé, bien vaillant et bien debout, regarder droit dans les yeux des migrants en Grèce et des habitants de la bande de Gaza. «L’expression par le dessin permet de vraies rencontres. J’ai juste demandé à des gens quel était leur prénom, leur nom de famille, leur histoire, eux qu’on regroupe sous l’appellation de migrants. Et j’ai juste fait pour ceux qui le désiraient un dessin avec un prénom. Il y a tellement de force à trouver chez les autres, pour autant qu’on les rencontre. Je ferai prochainement des conférences pour évoquer ces voyages.»

A propos, dans cette période de sa vie où toute lumière a son importance, Barrigue croit-il plus fort en Dieu? «Je ne crois pas en Dieu, en ces dieux que les hommes ont fabriqués. Mon père, Piem (ndlr: illustre dessinateur français), qui a 93 ans, lui, croit très fort en Dieu, mais il est en pétard contre lui. A quoi ça sert de croire pour être en pétard?» Barrigue se marre, s’énerve en même temps. «Je reçois beaucoup de messages de soutien. Parce que je partage mon histoire, des gens partagent la leur avec moi.» Barrigue est bien vivant. Le cancer aura du boulot. (24 heures)

Créé: 19.05.2017, 22h05

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