Vallée de Joux
Un corbeau justicier met Les Bioux dans l’embarras
Par Vincent Maendly / Collab. Christophe Boillat. Mis à jour le 19.10.2012 29 Commentaires
Des méthodes sans foi ni lois
Par Thierry Meyer, rédacteur en chef
Quelles que soient les circonstances judiciaires qui touchent l’habitant des Bioux livré à la vindicte publique par des graffitis sur sa maison, ce lynchage mérite d’être condamné avec la plus grande sévérité. La Vallée de Joux a beau être à l’ouest du canton, ce n’est pas le Far West. Les lois s’y appliquent aussi, même pour ceux qui sont en colère. Et la calomnie ne figure pas parmi les moyens civilisés de rendre justice.
Le dénonciateur n’est pas le seul à l’avoir oublié. Gabriel Gay, syndic de L’Abbaye (la commune où se sont déroulés les faits), rappelle à juste titre que la présomption d’innocence existe, mais se répand ensuite en considérations du genre «il n’y a pas de fumée sans feu, ici à la Vallée, on ne tague pas pour rien du tout». Comme défense du respect des lois, on a vu mieux.
Mais que dire de la Feuille d’Avis de La Vallée de Joux , qui publie une «correspondance» anonyme et d’une violence inouïe, en se dédouanant de sa responsabilité par une phrase de deux lignes? Laisser s’exprimer n’importe quelle vendetta sans le moindre contrôle, c’est jouer avec le feu de la haine et de la rumeur. Le même qui avait embrasé le sud de l’Angleterre, voici une quinzaine d’années, aboutissant au suicide d’un innocent traqué par la population de son village.
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Voilà deux jours que les mots «Pédophile… dégage!», peints en rouge fluo, barrent la façade d’un petit immeuble des Bioux, à la vallée de Joux (24 heures d’hier) . Rien n’a été fait pour dissimuler ce tag vengeur, qui saute aux yeux de tous les automobilistes. Et pour cause: le propriétaire visé est absent ces jours.
A l’étage du dessus, dans le second appartement de la maison, la locataire fulmine: «Ces accusations anonymes sont graves et lâches! Moi, je viens d’emménager ici, je n’ai aucune idée de toute cette histoire, mais on pourrait penser que c’est moi qui suis pointée du doigt. J’ai essayé en vain de contacter le propriétaire pour qu’il fasse effacer ce graffiti.»
«Silence radio»
L’affaire, révélée jeudi soir par La Télé,a mis en émoi le village de 642 habitants. D’autant que le tag accusateur, réalisé dans la nuit de mercredi à jeudi, faisait écho à un encart paru le jour même dans la Feuille d’avis de la vallée de Joux, signé d’un «parent des Bioux» indiquant au supposé pédophile qu’il était désormais «surveillé» et qu’il devait «raser les murs». Le directeur de la publication, Cédric Baudat, se bornait encore hier au «silence radio» pour ne pas en rajouter.
Selon plusieurs sources concordantes, dont l’une policière, le propriétaire du petit immeuble, un retraité vivant avec son épouse, a été placé en détention préventive durant plusieurs mois au début de l’année, à la suite d’au moins une plainte déposée contre lui fin 2011. «Pour actes illicites vis-à-vis d’enfants», selon un élu local. La plainte émanerait de la famille qui louait le second appartement. Elle a déménagé depuis dans une autre maison, non loin de là.
L’homme livré à la vindicte populaire aurait été libéré cet été. Encore objet d’une enquête, il attend un éventuel procès et est donc présumé innocent.
Craintes et tristesse
Aux Bioux, nombreux sont les villageois à avoir eu vent de cette affaire avant qu’elle n’éclate au grand jour, tout en prétendant ne pas en connaître les détails. D’autres n’étaient visiblement au courant de rien. Les Combiers rencontrés condamnent le fameux justicier anonyme, avec plus de tristesse que de véhémence. «C’est dangereux, estime une personne âgée assise sur sa terrasse. De pareilles mauvaises rumeurs ne vont pas s’étouffer ici aussi vite qu’en ville.» Un voisin: «Ces accusations sont très graves, je comprends que ça puisse choquer. Mais les autorités ou la police devraient signaler à la population s’il y a un pédophile dans un village. Je crois que c’est dans son intérêt de partir, à présent.»
La psychose ne semblait pas pour autant gagner les habitants. Hier, des enfants jouaient librement dans les rues du quartier résidentiel situé au bord du lac. «Oh, vous savez, on a toujours un œil sur eux», lance une mère de famille.
Syndic mal à l’aise
Rencontré à son bureau de l’administration communale de L’Abbaye, commune dont dépendent Les Bioux, le syndic, Gabriel Gay, se montre emprunté face à cette affaire «soudaine et inattendue», et à ses remous médiatiques. «On dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Mais ce qui est inquiétant, c’est que ces actes peuvent augmenter la pression sur l’éventuelle victime. Ou, s’il n’y en a pas, c’est alors très grave pour la personne accusée.» Hier matin, l’édile a fait masquer les flèches peintes sur la chaussée, qui désignaient aussi la demeure du supposé pédophile. «Mais ce n’est pas à nous d’aller donner un coup de dispersion sur la façade.»
De son côté, la police cantonale n’a pas souhaité commenter cette histoire. «Le propriétaire de l’immeuble peut déposer une plainte pénale pour dommages à la propriété et/ou diffamation», a toutefois relevé le porte-parole, Philippe Jaton. «Ni la police ni la justice n’interviennent sans dépôt de plainte, sauf éventuellement dans le cas d’écrits racistes, une cause qui peut être poursuivie d’office.» (24 heures)
Créé: 20.10.2012, 08h11
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La rédaction
29 Commentaires
Quelle hypocrisie, un edito qui critique les dénonciateurs et la feuille d'avis officiel qui a publié l'annonce alors que ce journal est le principal relais de toute cette histoire et que c'est au moins le 3ème article sur le sujet... Répondre
Justement, on est à la Vallée de Joux. Et ici les choses fonctionnent au coup par coup. Le "copinage" y régne en maitre! Je ne connais pas cette personne, mais si il avait les "bons amis". Cette histoire ne serait même pas sortie du quartier. Quand au corbeau, quand on accuse on a au-moins le courrage de se nommer ou on ferme sa bouche. C'est à la justice de régler celà et à personne d'autre. Répondre
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