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Controverse

Un vent de révolte souffle sur le Service du personnel de l’Etat

Par Pascale Burnier. Mis à jour le 09.02.2012 29 Commentaires

Fonctionnaires, syndicats, députés, le service qui gère les employés de l’Etat est attaqué de toutes parts

Le Service du personnel de l’Etat est accusé de malmener ses propres troupes.

Le Service du personnel de l’Etat est accusé de malmener ses propres troupes.
Image: Patrick Martin

Il a pour mission la gestion des collaborateurs du plus grand employeur vaudois (30'000 employés). Erigé en modèle des ressources humaines, le Service du personnel de l’Etat de Vaud (SPEV) est accusé de mal gérer ses propres troupes. En novembre 2011, une interpellation du député Vert Fabrice De Icco était déposée au Grand Conseil. Les «soucis de fonctionnement» du SPEV, «un turn-over peu habituel», mais aussi les velléités de ce service de s’approprier l’Office du personnel enseignant (OPES) sont pointés du doigt (lire ci-contre).

En novembre 2008 déjà, un postulat des Verts attaquait le SPEV en citant «une absence de pilotage et de vision en ressources humaines de la part de la direction du département et du Service du personnel.» L’audit interne demandé allait aboutir à un rapport en 2010.

La Commission de gestion du Grand Conseil reprochait aussi au SPEV, dans son rapport sur l’année 2009, de se cantonner à un rôle administratif. «Il ne devrait pas laisser pourrir une situation, bref être à l’écoute du personnel de l’Etat au quotidien.» Aujourd’hui, des collaborateurs du SPEV eux-mêmes ont décidé de dénoncer les dysfonctionnements, sous couvert d’anonymat. Dans leur collimateur: le chef de service, Filip Grund.

Fleuve de critiques
«Hypercontrôle des collaborateurs», «mobbing», «règne de cheffaillons», «chef de service autoritaire et tout-puissant», «bureaucratie poussée à l’extrême.» Morceaux choisis d’un fleuve de critiques formulées au sein de ce service qui dépend du Département des finances.

«Travailler au SPEV est un enfer. C’est à se demander quelles sont les notions de management des responsables. En 2011, il y a eu une série de démissions. Et c’est sans compter les arrêts maladies en raison de burnout», assène un collaborateur. Et les critiques ne s’arrêtent pas là. «La partie du personnel chargée du paiement des salaires est sous l’eau, quand d’autres compétences ne sont pas utilisées comme elles le devraient.»

Le problème est dénoncé par des employés des différentes sections du SPEV. Certains auraient une charge de travail pour le moins limitée. «Et les Vaudois paient des impôts pour ça! s’offusque-t-on au sein du service. On brasse de l’air. Le but est de faire du papier. Lorsqu’un employé écrit une simple lettre, elle est relue, corrigée, puis revient trois fois sur le bureau de celui qui l’a rédigée pour modifications. C’est insensé!»

Syndicats alertés
Ces reproches sont déjà parvenus aux oreilles du syndicaliste de SUD Artistides Pedrazza. «Nous estimons que ce service – avec lequel nous sommes en lutte permanente – applique très durement une politique rigide.» Le SSP Vaud, autre syndicat de fonctionnaires, perçoit le SPEV comme «tout-puissant et conduit d’une main de fer.» «Il y a un problème de gestion brutale du personnel et la hiérarchie a les mains libres», assène le secrétaire syndical David Gygax.

Pierre Keller, ancien directeur de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), avait désigné le SPEV en juin dernier dans le journal Lausanne Cités comme le seul service avec lequel il avait rencontré des problèmes. Il devrait «être nettoyé au Kärcher», avait-il ajouté.

Huit mois plus tard, au téléphone, Pierre Keller persiste et signe: «Les dirigeants du SPEV se prennent pour les rois de la terre. Ils sont odieux et ne respectent pas le personnel de l’Etat de Vaud. Le service de celui que je nomme «Grund Zero» a développé une rigidité maladive.»


Contre-attaque

Filip Grund, chef du Service du personnel de l’Etat (SPEV), qualifie d’abstraites les critiques dont il fait l’objet. «Je suis constamment attentif à la question des relations de travail», assure-t-il. «Le SPEV a connu des périodes difficiles et de la pression ces dix dernières années avec, entre autres, la nouvelle loi sur le personnel et la réforme de la politique salariale (Decfo-Sysrem). Peut-être que certains de nos collaborateurs ont été déstabilisés par ces changements.»

La surcharge ou le manque de travail? «Nous faisons attention en permanence à la répartition de la charge de travail. Nous avons parfois un volume de travail difficile à gérer dans les délais impartis. Par ailleurs, je n’ai aucun indice que des collaborateurs du SPEV se tournent les pouces.» Filip Grund précise qu’un travail d’ouverture sur le fonctionnement interne a été effectué en 2011. «Les collaborateurs ont pu exprimer leurs problèmes. Les attentes concernaient, par exemple, la communication ou la fluidité du traitement des dossiers. Nous y avons répondu et continuons à y travailler, j’appelle cela de l’amélioration continue.»

De son côté, le chef du Département des finances, dont dépend le SPEV, Pascal Broulis, ne nie pas que le SPEV a connu une série de démissions en 2011, tout en relativisant. «Il y a eu 9 départs l’an dernier sur 70 employés. Cela donne un turnover de 12 à 13% alors que la moyenne à l’Etat est de 8 à 10%.» Il se dit toutefois conscient de l’existence de certaines tensions. «J’ai d’ailleurs décidé de faire une révision du secteur paie du SPEV, car cette équipe a été malmenée. Le SPEV est aujourd’hui en stabilisation après une période de turbulences.»

Mais qu’en est-il du chef de service que de nombreuses sources décrivent comme un homme à la main de fer et tout-puissant? Pascal Broulis le voit comme un chef «rigoureux», «pas dur, mais ferme». «Il est le gardien de la loi sur le personnel et cela crée forcément des incompréhensions.»

L’intéressé, lui, explique comprendre que son service ne plaise pas à tout le monde. «J’essaie modestement d’apporter une contribution au fonctionnement de l’administration. Il ne s’agit pas d’une volonté de toute puissance. Nous sommes par nature constamment tiraillés entre l’application des normes et leur respect, et les demandes qui nous sont soumises. Et cela peut heurter les attentes des autres services.» (24 heures)

Créé: 09.02.2012, 22h29

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29 Commentaires

Vincent Thomas

10.02.2012, 09:51 Heures
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Pourquoi donner tant de pouvoir à un Service et en plus à quelqu'un qui ne vient pas du monde RH .... le service est géré sans vision RH, sans vrai plan d'évolution des collaborateurs de l'Etat et en cultivant la "non transparence" ! Il n'y a aucun service de l'Etat qui soit satisfait des prestations fournies ... Dans le côté RH, le H qui correspond à "humain" et cela a disparu !!!! Répondre


ex-employé Etat de Vaud

10.02.2012, 11:53 Heures
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Il aura fallu attendre que la majorité de gauche passe pour que cette situation connue des 30'000 collaborateurs de l'état et des responsables politiques puisse éclater au grand jour.
Après l'écroulement de certaines dictatures étrangères, c'est la dictature interne de l'Etat qui est mis à mal ...
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