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Grands projets

Vaud et Genève montent à Berne pour sauver leurs rails

Par Mehdi-Stéphane Prin Berne . Mis à jour le 06.06.2012

Afin de faire pièce aux appétits zurichois, les deux gouvernements organisent la résistance, en étroite coordination avec leurs élus aux Chambres fédérales.

Pour la première fois, les élus genevois et vaudois ont tenu hier au soir une séance commune avec leurs deux gouvernements. De g. à dr.: Michèle Künzler, ministre genevoise des Transports, Pierre-François Unger, président du Conseil d’Etat genevois, Pascal Broulis, président du gouvernement vaudois, et François Marthaler, chef du Département vaudois des infrastructures.

Pour la première fois, les élus genevois et vaudois ont tenu hier au soir une séance commune avec leurs deux gouvernements. De g. à dr.: Michèle Künzler, ministre genevoise des Transports, Pierre-François Unger, président du Conseil d’Etat genevois, Pascal Broulis, président du gouvernement vaudois, et François Marthaler, chef du Département vaudois des infrastructures.
Image: JEAN-BERNARD SIEBER/ARC

Les projets

Nœud de Lausanne

Une quatrième voie jusqu’à Renens et l’allongement des quais de la gare de Lausanne doivent permettre au carrefour romand d’éviter l’asphyxie. La facture dépasse le milliard de francs. Vaud et Genève se sont engagés à avancer l’argent de la quatrième voie.

Gare de Genève

Avec la mise en service de la liaison franco-suisse CEVA, les quais de Cornavin ne seront
plus assez nombreux. Deux voies supplémentaires sont indispensables pour augmenter le nombre de trains. Le devis est estimé à environ 790 millions.

Une troisième voie virtuelle

L’agrandissement des deux grandes gares de l’arc lémanique doit permettre de doubler le nombre de trains entre Lausanne et Genève. Ce concept, baptisé «Léman 2030» par les CFF, est l’équivalent en capacité de la défunte troisième voie. Il comprend aussi des aménagements de la ligne (tronçons à quatre voies) pour environ 330 millions.
Plus vite à Berne La diminution du temps de parcours entre Lausanne et Berne à moins d’une heure figure également au programme des deux gouvernements. Des travaux devisés à 300 millions.

Plus souvent à Yverdon Permettre aux directs de circuler toutes les trente?minutes sur le pied du Jura est un autre objectif soutenu par les deux cantons, avec le doublement
du tunnel de Gléresse (BE) pour 390 millions.

Simplon pas oublié

Si la ligne Lausanne-Brigue ne figure pas
dans le plan de la Confédération,Vaud et le Valais vont signer prochainement une convention
pour accélérer sa modernisation. M-S.P.
?

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Faire rimer lobbying avec séance de motivation des troupes, voici la double opération menée hier à Berne par les Conseils d’Etat vaudois et genevois. Pour la première fois, les deux gouvernements ont organisé une rencontre commune avec les députations des deux cantons aux Chambres fédérales. Au-delà de sa médiatisation, la rencontre visait à préparer une grande bataille ferroviaire pour doubler le nombre de trains entre Lausanne et Genève.

L’occasion pour les ministres des rives du Léman de répliquer à l’alliance formée par Zurich avec quatorze autres cantons. Celle-ci menace notamment les projets d’agrandissement du nœud ferroviaire de Lausanne et de la gare de Genève. Ces deux chantiers doivent permettre de remplacer la promesse oubliée par Rail?2000 d’une troisième voie. Même si les parlementaires discuteront du projet FAIF (Financement et aménagement à long terme de l’infrastructure ferroviaire) seulement lors d’une prochaine session parlementaire, les manœuvres ont déjà commencé dans les coulisses et les commissions.

Contrairement aux précédents plans ferroviaires, le petit nouveau fait la part belle à la Suisse occidentale, avec 60% des dépenses. Pour justifier ce fort pourcentage, la ministre genevoise des Transports, Michèle Künzler, évoque les miettes accordées aux Romands ces deux dernières décennies. «La métropole lémanique a besoin d’un rattrapage massif dans le domaine des infrastructures. Nous nous contentons de soutenir le plan du Conseil fédéral qui reconnaît ce déséquilibre.»

Pour l’emporter, les deux cantons veulent surtout mettre en avant leur importance pour la Suisse. «Nous sommes la deuxième métropole derrière Zurich, martèle le président du gouvernement vaudois, Pascal Broulis. Au titre de la solidarité avec les autres cantons, nous versons plus de 23% du pot commun de la péréquation avec seulement 15% des habitants.» Mieux vendre l’arc lémanique au reste de la Suisse, voilà l’objectif de plusieurs documents publiés en allemand.

Malgré ce lobbying, la bataille du rail s’annonce difficile, selon plusieurs parlementaires. Sans dénoncer publiquement les projets romands, l’alliance menée par Zurich cherche à ajouter trois coûteux tunnels dans le paquet, puis à les hisser vers le haut de la pile. Unique représentante lémanique à la Commission des transports du Conseil des Etats, la Vaudoise Géraldine Savary se montre inquiète. «Nous allons devoir fortement défendre nos projets, marteler qu’ils sont réalisables rapidement contrairement aux propositions zurichoises.» Les trois tunnels proposés pour améliorer les accès aux rives de la Limmat ne bénéficient pas d’études avancées.

Gros couac cependant dans cette démonstration: l’agrandissement de la gare de Genève. La polémique entre la Ville et les CFF autour de la construction de deux quais supplémentaires n’a pas échappé aux lobbyistes zurichois. Pour contrebalancer cette mauvaise publicité, tous les élus genevois aux Chambres fédérales viennent de signer une déclaration de soutien au développement de Cornavin. Cette démarche unanime est une première genevoise. Suffira-t-elle?

Pour le conseiller national Antonio Hodgers (Vert/GE), la métropole lémanique doit surtout réussir à forger des alliances avec d’autres régions. «A l’autre bout du pays, Saint-Gall a, par exemple, les mêmes difficultés. Nous devons défendre l’équilibre de l’ensemble du réseau ferroviaire.»

Son collègue vaudois Roger Nordmann (PS) estime que la métropole doit aussi s’engager à soutenir des projets alémaniques, après avoir réalisé les siens. «Les problèmes de capacité entre Aarau et Zurich sont réels. Les solutions techniques pour les résoudre ne sont pas encore au point, mais nous pourrions soutenir le financement des études.» Une facture d’environ 100 millions qui ne menacerait pas l’agrandissement des gares de Genève et Lausanne, tout en rassurant le gouvernement argovien. De quoi aussi fissurer l’alliance autour de Zurich. (24 heures)

Créé: 06.06.2012, 07h44

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