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Seniors

Vieillir sans sa voiture, un choix qui n’a rien d’anodin

Par Delphine Neyaga. Mis à jour le 13.06.2012 37 Commentaires

Certains posent les plaques spontanément, d’autres peinent à imaginer leur vie sans bleu

1/3 Durant sa «carrière» d'automobiliste, Léon Gervasoni aura reçu pas moins de cinq permis. Il y a un mois, il s'est décidé à arrêter de conduire.
Image: PATRICK MARTIN

   

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En chiffres

Contrôle médical Dès 70 ans, les automobilistes désireux de continuer à conduire doivent passer un contrôle médical tous les deux ans. La plupart des conducteurs se rendent alors chez leur médecin généraliste. L’Unité de médecine et psychologie du trafic du Centre universitaire romand de médecine légale examine toutefois certains de ces automobilistes. Le service reçoit «vingt conducteurs par an pour un contrôle neutre et indépendant sur 21 000 rapports rédigés par des généralistes», indique Bernard Favraz, médecin au sein de ce service. De son côté, le Bureau de prévention des accidents (bpa) souligne que nombreux sont les seniors qui peuvent conduire jusqu’à un âge avancé. Mais rappelle aussi qu’avec les années les facultés physiques diminuent. La vue, l’ouïe, l’attention, la mobilité, les réactions et la coordination ont en effet tendance à baisser. Sans parler d’éventuelles maladies et leur traitement qui peuvent influer sur la conduite.
Retraits de permis En début d’année, l’Office fédéral des routes (OFROU) indiquait qu’en 2011 le nombre de retraits de permis avait diminué pour toutes les tranches d’âge, sauf pour celle des plus de 70 ans (5381 cas, + 9,7% par rapport à 2010). Mais les 20-29 ans restent tout de même les plus nombreux à se voir retirer leur bleu (24 327 cas).
Accidents Selon le TCS, les aînés ne provoquent pas plus d’accidents que les jeunes. Ils font moins de kilomètres que la moyenne et prennent moins de risques.

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Le décès d’une piétonne heurtée par un conducteur de 97 ans, il y a deux semaines à Saint-Légier, a relancé le débat sur les personnes âgées au volant. Si certains seniors peinent à envisager la vie sans leur voiture, d’autres franchissent spontanément le cap. Quatre d’entre eux, tous octogénaires, ont accepté de se confier. D’aborder leur quotidien, la réalité de la vieillesse et de leur soif d’indépendance.

Léon a suivi les traces de son beau-père, qui estimait à 80 ans qu’il arrêterait de conduire dès qu’il éraflerait un véhicule. Il vient ainsi de se séparer de sa voiture alors qu’il conduisait depuis l’âge de 23 ans et s’est mis aux transports en commun. Marcel et Konrad n’ont, eux, pas l’intention – du moins pas pour l’instant – de lâcher leur précieux bleu. Consciencieux, les deux compères ont suivi quelques heures de théorie et de conduite destinées aux seniors. Les voilà maintenant rassurés et bien décidés à continuer de filer avec leur auto sur le bitume d’ici et d’ailleurs. Janine attend pour sa part le verdict des médecins. Pourra-t-elle réimmatriculer sa petite automobile et à nouveau sillonner les routes du Chablais vaudois ou devra-t-elle se résigner à devenir tributaire de ses proches?


«C’était la meilleure chose à faire. Je le sais»

Basta! Voilà ce que s’est dit Léon Gervasoni il y a un mois après avoir heurté un trottoir avec sa voiture à Lausanne. «Ce n’était rien de grave. Ma roue droite était endommagée, c’est un peu tout. Mais j’avais déjà eu un plus gros accident dont j’étais sorti indemne il y a environ trois ans, et ma fille m’avait glissé que j’avais tendance à rouler un peu trop à droite.»

Deux jours plus tard, l’octogénaire – «84 ans et demi» pour être précis – prend sa décision. Il sonne le glas de 61 ans de conduite. «J’ai laissé ma voiture au garage et j’ai demandé à ce que les plaques soient définitivement déposées à la Blécherette». Fini. Terminé. Une page entière de la vie de ce médecin à la retraite se tourne. «Bien sûr, cela m’a touché. Il m’arrive même de me dire: «Léon, là, tu as fait une bêtise.» Mais je m’engueule tout de suite. Je me ressaisis… C’était la meilleure chose à faire. Je le sais.»

Dans son entourage, il dit en connaître plus d’un qui devrait envisager de se séparer de son bleu. «Mais, pour la plupart, c’est difficile à imaginer. Ils le ressentent comme une perte de liberté, d’autonomie.» Et ce n’est généralement pas leur médecin de famille qui va les inciter à se séparer de leur véhicule, regrette cet ancien spécialiste en médecine interne. A ses yeux, le contrôle médical imposé tous les deux ans aux automobilistes âgés est en effet trop souvent une formalité. «Il faudrait être intransigeant sur la vue – qui devrait, d’après lui, être testée par un ophtalmologue et non par le généraliste – et sur la mobilité des articulations. Et puis, il faudrait que ce soit un médecin totalement indépendant qui s’en charge. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que cela se passe un peu trop comme l’envoi d’une lettre à la poste.»

Reste que Léon réalise bien qu’en vivant à Lausanne, à quelques centaines de mètres d’un arrêt de métro, il lui est plus facile que pour d’autres d’utiliser les transports publics. L’an dernier, le retraité a d’ailleurs contracté un abonnement général. Et, depuis, il sillonne le pays. «Moi qui allais toujours au Tessin, j’ai découvert l’Emmental. On serait étonné, les transports publics vous donnent aussi une belle liberté.» Mais tout n’est pas parfait. «Je dois davantage compter sur mes proches. Avant, je pouvais appeler à 9 h 30 un ami à Lutry, faire un saut boire un café vers lui et être de retour avant 11 h 30 à la maison. Ce n’est maintenant plus possible. Le même trajet me prend beaucoup plus de temps. J’ai dû me faire une raison.»


«Chaque année, je fais entre 10 000 et 15 000 km»

Marcel Vallotton et Konrad Zürcher ont 84 et 86 ans et conduisent depuis, respectivement, soixante-quatre et cinquante-six ans. Et conduire, les deux amis aiment ça. «Chaque année, je fais entre 10 000 et 15 000 km», lâche fièrement Konrad. Marcel affiche, lui, environ 7500 km par an au compteur. Pas mal pour des retraités. «Nous sommes tous deux veufs et participons à de nombreuses activités, s’exclame en chœur l’énergique duo. Et nous vivons chacun légèrement à l’écart du village d’Yvonand. Du coup, la voiture, nous l’utilisons quasi tous les jours.» Et pas question de devoir dépendre de leur famille pour se déplacer tant que cela n’est pas indispensable.

Pourtant, même s’ils s’estiment encore aptes à manœuvrer leur auto, les deux hommes ont spontanément décidé de suivre – pour la deuxième, voire la troisième fois – un cours de conduite à l’intention des seniors. «L’idée, c’est de suivre quelques heures de théorie, qu’un professionnel fasse le point sur notre manière de conduire et qu’il nous prodigue quelques conseils», expliquent-ils. Jeudi matin, après avoir accompagné Konrad pendant une petite heure sur les routes vaudoises et sur l’autoroute, le moniteur n’a finalement pas trouvé grand-chose à lui reprocher. Comme en témoigne son évaluation finale, l’aîné assure. Marcel, lui, a tendance à rouler un brin trop vite et à tourner de manière quelque peu brusque, mais dans l’ensemble sa conduite est jugée bonne. «Konrad me le dit tout le temps. Je conduis comme un Italien», plaisante-t-il.

Leur «heure d’auto-école» passée, les deux compères se disent rassurés. Pas de changement en vue donc. Leur bleu, ils ne sont pas près de le lâcher. «Tant que je me sens encore bien, je ne vois pas pourquoi j’arrêterai de conduire, soutient Marcel. J’ai passé le contrôle médical et je pense d’ailleurs que les médecins sont plus exigeants et vigilants qu’avant. La preuve, la dernière fois, le mien m’a envoyé chez un ophtalmologue. Depuis, je suis obligé de porter des lunettes dans certaines situations.»

Le retraité va plus loin en se demandant si cet examen ne devrait pas avoir lieu chaque année. «Je le remarque personnellement, on perd petit à petit certaines de nos facultés. Et je ne pense pas que ce soit évident de décider de son propre chef d’arrêter de conduire.»

Pourtant, ils le reconnaissent à demi-mot: aucun d’entre eux n’oserait signaler à une connaissance âgée qu’elle ferait mieux de se résoudre à déposer son permis. «Le mieux, c’est que cette décision vienne spontanément de la personne concernée. Le lui dire, c’est tout de même délicat. Cela pourrait la blesser.»


«J’aimerais conduire encore un dernier été…»

Le Sépey. Petit village logé dans le Chablais, à près de 1000 mètres d’altitude. Légèrement à l’écart du bourg, quelques chalets dont celui de Janine Borghi, 85 ans. Cette grand-mère conduit depuis qu’elle a l’âge de 37 ans. Ou plutôt, conduisait. «L’hiver dernier, j’ai déposé les plaques de ma petite automatique car je n’avais pas envie de conduire par ces conditions, raconte-t-elle autour d’une tasse de thé. Je me suis dit que je verrais bien si je les récupérerais au printemps.»

Le printemps est là. La poussière recouvre sa voiture, soigneusement rangée dans le garage, sans plaques. La batterie est déchargée. «J’ai rendez-vous chez le médecin et chez l’ophtalmologue cette semaine. Je ne crois pas que ce dernier va me laisser reprendre le volant. Mais j’aimerais bien. Enfin, j’aimerais conduire encore un dernier été…»

Sa petite voiture, ses trajets entre Le Sépey, les Diablerets, Leysin, Janine Borghi y tient, et l’idée de perdre cette liberté de mouvements la préoccupe. «Mes enfants pensent qu’il serait plus sage que je renonce définitivement à conduire, mais je n’ai pas envie d’être tributaire d’eux pour me déplacer. De toute manière, je ne vais même plus jusqu’à Aigle. M’aventurer en ville, je n’ai d’ailleurs jamais vraiment aimé ça. Mais pour les routes de montagne que je connais bien, il n’y a pas de souci. Et je n’ai jamais eu d’accident.» Quant à ses capacités au volant, la grand-mère indique que «pour le peu» qu’elle conduit, elle ne remarque aucun changement.

Sur les conseils de sa famille, Janine a quand même franchi un petit pas et s’est acheté un demi-tarif il y a une dizaine de jours. Mais, pour l’heure, elle ne l’a pas utilisé. Elle préfère attendre encore un peu.

«En fait, depuis que j’ai déposé les plaques, je n’ai pas trop de souci. C’est ma fille qui vient jouer au scrabble vers moi et, lorsqu’il est question de me déplacer, de faire des courses, je me débrouille. Mes enfants me transportent et ma voisine, qui travaille aux Diablerets, m’emmène et me ramène à la maison.» Sa maison. C’est ce qui tient le plus à cœur de la vieille dame. «Tant que je reste chez moi, je suis heureuse.» (24 heures)

Créé: 13.06.2012, 07h09

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37 Commentaires

Jean-François Chappuis

13.06.2012, 08:25 Heures
Signaler un abus 27 Recommandation 0

Il faut savoir faire la différence entre une personne de 97 ans défaillante au volant et des aînés en pleine forme! c'est un vrai scandale de leur faire un procès d'intention, quant on sait qu'il y a bien d'autres automobilistes qui mettent la vie d'autrui en danger! Ils ne sont pourtant pas âgés, ne respectent rien et roule à tombeau ouvert en zones où la circulation est danse et vitesse limitée! Répondre


bof bof

13.06.2012, 08:13 Heures
Signaler un abus 24 Recommandation 0

Une idée pour les CFF: un AG à prix réduit pour ceux qui rendent leur permis ? Répondre



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