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17 heures sous une avalanche: «J’ai pris trop de risques»

MIRACULÉ | Coincé 17 heures sous une avalanche, Cédric Genoud raconte et regrette son imprudence. Sa mère témoigne: son fils a failli périr juste en face du lieu où son mari s’était tué il y a cinq ans.

© KEYSTONE/DOMINIC FAVRE | Sur son lit d’hôpital, Cédric Genoud a raconté hier son aventure aux médias. «Après que la neige a coulé, je me suis retrouvé couché sur le ventre. Avec mon casque, j’ai tassé la neige au-dessus de moi et ai pu ainsi me ménager une poche d’air.»

CÉLINE ROCHAT, SION | 09.02.2010 | 00:08

Allongé sur son lit d’hôpital, Cédric Genoud est calme. Seule une petite égratignure lui marque le menton. Est-ce bien le jeune homme resté prisonnier de la neige pendant dix-sept heures? Difficile à croire! Assise discrètement à l’écart, sa maman, Carole, ne le quitte pas des yeux.

Tranquillement, le miraculé se remémore toutes les étapes de sa mésaventure et s’efforce de les raconter en détail. «Au début de la journée, je me suis dit que j’allais faire du hors-piste. Ce n’était peut-être pas la meilleure idée du monde! Je suis allé dans le secteur des Arpilles et j’ai vu une pente de poudreuse sans trace. J’ai d’abord testé sur la face nord et ça tenait. Mais quand je me suis arrêté sur un plan ensoleillé, tout a lâché.»

Cédric est pris dans la coulée, «qui ne lui semble pas monstrueuse». Sorti pour la première fois sans son équipement de hors-piste, l’étudiant de l’EPFL essaie de résister à la masse qui l’emporte. En vain. Il dévale la pente. Quand il s’arrête, il est «pris au piège», conscient de se trouver face contre le sol. «Ce n’est pas possible, ce n’est pas réel», pense-t-il. Il essaie de bouger, de dégager un membre, mais rien n’y fait. «J’avais l’impression d’être dans un sarcophage», décrit-il. Seule solution, bouger la tête et tasser la neige avec son casque. Un geste qui lui sauvera la vie.

Cédric crie, tente d’appeler au secours, mais personne ne le trouve. Lentement, l’obscurité tombe, les lumières des dameuses disparaissent. «Quand j’ai vu la nuit arriver, je me suis dit que j’allais y rester encore longtemps. Mais j’ai jamais voulu laisser tomber. Je me suis dit que je ne devais pas abandonner, que je ne pouvais pas faire ça à ceux qui m’aiment.» Quand le fiston explique qu’il s’est accroché à la pensée de son frère et de sa maman – «si j’étais parti, je ne sais pas comment elle aurait vécu plus longtemps», lâche-t-il –, l’émotion pointe sur le visage de Carole.

Pendant la nuit, la douleur de sa jambe coincée de travers aidant, Cédric s’empêche de dormir. Continue de taper la tête pour se frayer des poches d’air et pour se réchauffer. De temps en temps, il essaie de sortir sa main, mais il n’y parvient toujours pas. Pour la première fois de sa vie, il se met à faire une prière. Il espère même que des animaux passent par là et se mettent à creuser en le sentant.

Dans l’obscurité, Cédric perd la notion du temps. «Je ne me rendais pas compte de l’heure. J’espérais voir arriver le jour au plus vite. C’était long et éprouvant.» Pour ne pas se déshydrater, il mange de la neige.

Au matin, Cédric entend passer l’hélicoptère une première fois. Il se met à crier, sans succès. «Je me suis dit, il faut qu’ils reviennent.» Alors qu’il perçoit une nouvelle fois le bruit de la machine, il essaie de bouger la tête. Miraculeusement, le secouriste Pierre-Yves Terrettaz le remarque et descend directement vers lui. Les hommes le dégagent, il est en légère hypothermie. «J’ai vécu à ce moment-là les minutes les plus formidables de ma vie.»

«Une longue nuit froide»
«Les risques que j’ai pris? C’était inconsidéré et puéril.» Une épreuve qui lui fait voir les choses de manière plus claire. «Il ne faut pas skier juste après des chutes de neige, et écouter ceux qui ont de l’expérience.»

Cédric Genoud va attendre un peu avant de rechausser ses skis. «Désormais, je vais davantage considérer les risques des événements qui arrivent sur mon chemin.» Pour ne pas revivre «une longue nuit froide!»


 

 

«Il y a cinq ans, son père s’est tué juste en face, écrasé contre une paroi»

Cette fois, l’histoire finit bien. Extraordinairement bien pour cette famille marquée par le destin. Il y a cinq ans, presque jour pour jour, le père de Cédric perdait la vie tragiquement, en s’écrasant en parapente contre la paroi de la via ferrata. «Michel, mon mari, s’est tué exactement en face de l’endroit où Cédric a été emporté par la coulée. Son père, c’était tout pour lui, ils étaient en symbiose parfaite.»

Carole Genoud Arlaud ne croit pas au hasard. Tout au bonheur de pouvoir toucher ce fils miraculé, palper et renifler ce grand gaillard comme on tripote son enfant nouveau-né, elle revient sur cette nuit de cauchemar. Ces dix-sept heures durant lesquelles elle a vu sa vie de mère et celle de son fils cadet Damien, 19 ans, basculer une nouvelle fois dans l’horreur absolue: «Perdre un mari, c’est une violente souffrance. Mais la perte d’un enfant, ça te déchiquette, ça te coupe en morceaux. C’est une douleur si extrême… On a très peu de mots à mettre dessus. La vie perd son goût. On sait pourtant qu’il faudra vivre pour l’autre fils, aimé avec la même intensité. Damien était brisé par l’angoisse et le chagrin. Son aîné, sa référence, son complice… disparu sous la neige.»

Quelques heures plus tôt, à 18 h, voyant que Cédric ne rentrait pas au chalet, elle lui envoie un SMS musclé: «Tu es en train de couler la gueuse? Donne des nouvelles à ta maman.» Pas de réponse. A 18 h 10, une amie l’informe que la voiture de son fils est restée sur le parking de la station, que ses skis ne sont pas sur le toit, qu’il n’est pas au bistrot du coin, que les pistes sont fermées. A 18 h 22, Carole appelle le responsable de la colonne de secours d’Evolène.

Très vite, sa sœur Françoise et les amis proches accourent de partout. Carole appelle tous ceux qui ne sont pas là: «J’avais besoin de parler aux gens que j’aimais et qui connaissaient Cédric, il fallait évacuer, partager cette détresse.» Le temps file. Les sauveteurs interrompent les recherches. Elle comprend. Tient le coup jusqu’au petit jour. «J’ai fait une énorme crise. J’ai engueulé mon mari, là-haut: «Tu n’as pas le droit de nous faire ça!» Et je pensais à mon fils, seul, sous la neige. Tu dois le protéger! Il a froid! La douleur était intolérable.»

Et puis c’est l’arrivée, tant redoutée, des policiers. On a retrouvé son fils. Silence. Il est vivant. Silence. Il est conscient. «Mes pleurs ont redoublé. Mais c’étaient d’autres larmes. Des larmes de liesse.»

JOËLLE FABRE


 

 

«Les victimes sont reconnaissantes»

Guide sauveteur à la maison du sauvetage d’Air-Glaciers depuis dix ans, Patrick Torrent a déjà sauvé de nombreuses vies humaines. «A chaque fois, on voit la reconnaissance de ces gens envers nous, même s’ils n’arrivent pas à la formuler oralement.»

Pour lui, difficile de tirer un profil type de la personne prise dans une coulée. «Il s’agit la plupart du temps soit de randonneurs-alpinistes, soit de skieurs qui se lancent dans du hors-piste à partir des remontées mécaniques.» Les jours où la météo est bonne et que les sportifs affluent dans les stations, ce sont surtout les freeriders que ses collègues et lui-même doivent aller sauver. Montagnard, le guide n’est pas en colère face à ceux qui se mettent dans ces situations incongrues. «Je sais que je pourrais aussi me retrouver dans la position de victime une fois.»




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