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Le glas sonne pour trois horlogers-joailliers

VITRINES | Concurrence des grands magasins, repreneurs introuvables… Trois enseignes de bijouterie et d’horlogerie disparaissent du centre. Enquête.

© PATRICK MARTIN | ​Nadège Yersin, 73 ans, règne sur la Bijouterie Gonthier au pied de la Tour Bel-Air. Faute d’obtenir un bail pour trouver un repreneur, la bijoutière fermera son magasin en janvier prochain.

ALAIN WALTHER | 23.11.2009 | 00:06

Nadège Yersin s’est mise sur son trente et un. La patronne de la Bijouterie-Horlogerie Gonthier a même engagé un agent de sécurité pour que l’ordre règne devant son comptoir. «Liquidation totale»: les clients se bousculent, mais le commerce écoulera ses stocks jusqu’en janvier. Ensuite, il fermera. «C’est comme pour les épiceries, les marchands de télévisions: on renvoie les petits pour mettre les gros à la place.» La patronne en sait quelque chose: son mari avait autrefois une petite boutique de télévisions, aujourd’hui disparue.

Finies les belles années
A 73 ans, Nadège Yersin ne se plaint pas; les années sont passées, les affaires ont été bonnes. Mais le propriétaire de la tour Bel-Air, qui abrite le commerce Gonthier depuis soixante ans, a de grands projets. «Impossible dans ces conditions de trouver un repreneur si le propriétaire ne prolonge pas mon bail. Alors, je liquide.»

Un peu plus loin, vers le Grand-Pont, un commerce annonce la même couleur: «Liquidation totale». Il s’agit de l’Horlogerie Morthier, à la rue Pichard.

Horloger et gemmologue âgé de 63 ans, Jean-Pierre Morthier vend son stock, puis mettra la clé sous la porte, faute de repreneur. Représentant de la cinquième génération d’horlogers, le commerçant – comme nombre de petits détaillants – a été exclu du marché en perdant la représentation de grandes marques. «Les marges bénéficiaires sont rabotées, on nous oblige à prendre des stocks trop importants. Et la préférence est donnée aux grands magasins.» Cette fois, ce n’est plus un projet immobilier mais la stratégie des grandes marques qui a changé depuis dix ans.

En grimpant la rue de Bourg, on découvre une autre annonce, sérigraphiée sur la vitrine comme un faire-part de deuil: «Liquidation, cessation de commerce». Le patron des lieux est Pierre Grumser, joaillier-gemmologiste (troisième génération de joaillier). A 72 ans, il défend la présence de l’artisanat haut de gamme au cœur de la rue chic de Lausanne. «Je fournis les pierres, mes idées, le dessin, des artisans italiens créent mes modèles.» Après cinquante-deux ans de métier, Pierre Grumser considère que sa seule force est de faire des modèles uniques et de ne pas faire exploser ses prix en évitant tout budget publicitaire. «Je cherche un repreneur. Je liquide mon stock et partirai au printemps.» Le joaillier reconnaît que la tâche est difficile: «Les banques n’aident plus les artisans comme autrefois.»

Contraintes draconiennes
Trois vétérans renommés se retrouvent donc sans successeur sur la place de Lausanne. Un bilan qui laisse pantois Pierre-Francis Kaenel, l’ancien président de l’Association vaudoise des horlogers. A cette liste, il rajoute en passant deux commerces morgiens. Signe des temps: essoufflée et manquant de membres, l’association a été dissoute au début de l’année. Mais Pierre-Francis Kaenel, horloger à Villars-sur-Ollon, reste membre de l’association suisse. «Il est de plus en plus difficile de remettre son commerce, explique-t-il. Les marques veulent avoir une nouvelle image, laissent tomber les petits horlogers et imposent des contraintes draconiennes.»

En attendant de vendre son commerce et son stock pour tenir jusqu’à l’AVS, Jean-Pierre Morthier contemple les jours anciens: «Tous les trois, nous aurons aimé notre métier et nous sommes désolés de voir comme cela se termine. Voilà notre point commun.»




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