
«Je suis soulagé!» Regard azur, poigne de fer, Marcel Cuany, (64 ans) est content. L’inoxydable syndic de Chevroux se débat depuis dix-huit ans avec l’agrandissement du parking du port du village. Il est sur le point de gagner le match. La mise à l’enquête de ce vaste projet se terminait hier. La création de 450 places de parc – sur un terrain considéré il y a peu comme un marais reconnu d’importance nationale – a récolté peu d’embûches.
Ce parking sera à la mesure du port de Chevroux, le plus grand de Suisse. Destiné aux voitures des plaisanciers l’été et au stockage des bateaux l’hiver, le futur parking s’étalera sur un peu plus de 12 000 m². C’est presque deux terrains de football! Cette surface a été prise sur la réserve naturelle de la rive sud du lac de Neuchâtel. Pour y arriver, il a fallu faire reculer de 40 mètres la limite de la roselière. Le parking en tant que tel n’est plus attaquable depuis un arrêt du Tribunal administratif cantonal, en 2007. On se bat dès lors sur l’aménagement et les détails.
Opposition du WWF
Le WWF, qui fustige ce projet depuis plus de vingt ans, a fait opposition lors de cette dernière mise à l’enquête. Mais sur des points «faciles à concéder, explique le syndic. On nous demande de renoncer à un fossé, de supprimer un cheminement piétonnier, de créer un mirador d’observation, etc.»
Le Service cantonal d’archéologie est aussi intervenu de son côté en bloquant le dossier. Il s’inquiète de l’impact des machines de chantier nécessaires pour les travaux de construction du parking. Leur roulement et leur poids pourraient faire bouger des pieux lacustres. Ils sont enfouis dans ce marais depuis la fin de l’âge du bronze, environ 1000 av. J.-C. «Par endroits, le sommet des pieux se trouve à 30 cm sous le niveau du sol, indique l’archéologue Gervaise Pignat. Or l’intérêt de ces pieux, c’est précisément leur emplacement exact. Ils nous permettent de reconstituer la position des villages et des constructions. S’ils bougent, nous ne pourrons plus faire ce travail.» Là aussi, une solution devrait être rapidement trouvée.
Les routes d’accès seront réalisées en bitume. Les places, elles, seront faites de ballast de gravier, ce qui permettra l’infiltration des eaux de pluie. «Pour l’instant, nous allons essayer de tenir le calendrier, dit le syndic, Marcel Cuany. Nous espérons pouvoir faire les travaux dans un laps de tremps assez précis, entre fin février et la mi-mars. Après, nous dérangerions trop le biotope avec de lourds travaux dans les marais.»
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