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Quand la grippe assomme

FACTURATION | Aux urgences, les consultations peuvent coûter cher, même pour des cas bénins. Ministre de la Santé, Pierre-Yves Maillard s’en préoccupe au moment de construire une nouvelle permanence.

Daisy Plumettaz
© GÉRALD BOSSHARD | Daisy Plumettaz a emmené cet été ses petits-enfants malades, Océane et Christopher, aux urgences du Samaritain, à Vevey.

Stéphanie Arboit | 03.12.2009 | 00:07

«Sur le moment, j’ai été sonnée. Même la réceptionniste de l’hôpital paraissait gênée.» La scène se passe en été au Samaritain de Vevey. Daisy Plumettaz reçoit la facture de la consultation en urgences de ses deux petits-enfants, Christopher, 10 ans, et Océane, 5 ans. La note lui est remise en mains propres, car les jeunes vacanciers, établis aux Etats-Unis, n’ont pas de couverture médicale en Suisse. Le total s’élève à 456 francs.

Peu auparavant, Christopher avait séjourné dans un camp des environs d’Atlanta, que plusieurs enfants fiévreux avaient dû quitter. Par crainte du virus H1N1, la mère et la grand-mère ont donc décidé de consulter un médecin. «Mais c’était jeudi, jour de fermeture des cabinets. On est donc allé aux urgences.» Pas besoin d’analyse sanguine, le diagnostic fut immédiat: simple grippe. «On nous a prescrit du Dafalgan et dit d’attendre que ça passe.»

«Gangrené par l’opacité»
Alors pourquoi une pareille note d’honoraires? «Nous avons appliqué strictement le système de tarification Tarmed», répond l’Hôpital Riviera. «Cela paraît contrevenir au principe d’économicité qui veut que les frais engagés soient le plus possible en adéquation avec le traitement», avance de son côté Gilles-Antoine Hofstetter, avocat des sections genevoise et vaudoise de l’Association suisse des assurés (ASSUAS). «Le problème n’est pas du côté des médecins mais de Tarmed. Ce système a certes ses vertus. Mais il est très rigide et conduit parfois à des situations aberrantes.»

Cette tarification a été élaborée, notamment, pour valoriser le conseil et l’encadrement. Elle induit ainsi un «saucissonnage» des actes. Dès lors, enfle-t-elle la facture finale? «Le problème, c’est que le domaine de la santé est gangrené par l’opacité, affirme Mauro Poggia, président d’honneur de l’ASSUAS. Les patients n’y comprennent rien et ne regardent même pas l’addition. Ils n’exercent plus de contrôle.»

Désengorger les urgences
«C’est bon marché, estime Gabriel Marthe, directeur administratif de Vidy-Med, à Lausanne. Si vous appelez votre plombier ou votre informaticien, ça sera plus cher. Le système est de qualité et performant. D’où un coût qu’il faut assumer.» Les centres de permanence, comme celui de Vidy-Med, s’avèrent dans certains cas meilleur marché et correspondent aux nouvelles habitudes de patients désirant consulter en dehors des heures de bureau pour des problèmes ne les empêchant pas de se rendre à leur travail.

Selon Alberto Holly, économiste à l’Institut de management de la santé, «de tels centres sont la voie naturelle à laquelle on devrait songer pour désengorger les urgences des hôpitaux.» Berne a son City Notfall à la gare depuis 2005. Le canton de Fribourg, touché de plein fouet par la pénurie croissante de médecin de premier recours (dont plus de la moitié a plus de 55 ans), a mis en place cette année une permanence d’un genre nouveau à l’hôpital de Meyrier, gérée uniquement par des praticiens très expérimentés, contrairement aux urgences ordinaires où n’évoluent que des assistants chapeautés par un seul médecin-chef.

«La crainte légitime de passer à côté de quelque chose rend la prise en charge aux urgences plus lourde, à plus forte raison chez les médecins en formation», commente Pierre-Yves Maillard. Le ministre vaudois de la Santé explore donc également cette piste.


 

«Une policlinique ouvrira au Flon en 2010»

INTERVIEW EXPRESS PIERRE-YVES MAILLARD. ministre vaudois de la Santé

- Les «fausses» urgences polluent le système. Comment inciter les patients à aller ailleurs qu’à l’hôpital?

- Un système d’urgences fonctionne sans interruption, avec tous les spécialistes à disposition. C’est donc très cher. Mais je n’ai pas un discours moralisateur. Je suis père de famille et je sais le désir d’avoir un accès rapide au médecin, par exemple quand un enfant est malade. Il faut assurer cet accès sans explosion de coûts.

- Comment?
- En renforçant la première ligne médicale. Pour former plus de jeunes à cette mission, nous avons créé l’institut de médecine générale et les stages de formation en cabinets. En outre, la Société vaudoise de médecine et l’Etat préparent une profonde réorganisation et un renforcement de la garde médicale pour soulager les urgences hospitalières. De plus, la Policlinique universitaire (PMU) loue des locaux au Flon. Elle implantera l’an prochain dans ce lieu de passage central une policlinique où collaboreront des médecins déjà installés. La PMU testera aussi l’an prochain la délégation encadrée de certaines compétences médicales à des infirmières expérimentées.

- Les centres de permanence sont-ils la panacée?
- Ils offrent des prestations pendant certains horaires atypiques. C’est décisif. On peut encore améliorer les collaborations avec les urgences hospitalières.

- N’avez-vous pas peur d’une levée de boucliers en déléguant des actes aux infirmières?
- Cela donne de bons résultats avec le projet FARMED, pour les requérants. Le métier s’est renforcé en termes de compétences. Un master sera même créé. Les débouchés doivent être adaptés pour cette profession, surtout face à la pénurie de médecins de premier recours.




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