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Menace sur les nuits lausannoises

HORAIRES | La Municipalité réfléchit à introduire une «heure blanche» entre la fermeture des discothèques et l’ouverture des premiers cafés, afin de limiter excès d’alcool et incivilités. Restrictions d’horaires programmées.

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GÉRALD CORDONIER | 23.11.2009 | 00:08

La capitale romande de la nuit est en sursis. La classe politique lausannoise planche sur une modification possible des horaires d’ouverture ou de fermeture des établissements publics, le week-end. «On sait que les victimes et les auteurs de brigandages et de voies de fait sont plus particulièrement des jeunes hommes et des noctambules, sous l’effet de quantités excessives d’alcool», avance la conseillère communale socialiste Florence Germond, qui fustige à travers une interpellation l’ouverture non-stop de débits de boissons. Et réclame de retarder l’ouverture des cafés les samedis et dimanches matin, entre autres mesures de prévention susceptibles, selon elle, d’endiguer les excès de la jeunesse.

Principales motivations de ce vent de fronde contre la possibilité actuelle de quitter sans répit une discothèque à 5 heures pour s’engouffrer dans un bistrot tout juste ouvert? Les trop fréquents débordements et incivilités dénoncés régulièrement par les partis de droite, les soucis de sécurité en fin de semaine ainsi que les problèmes de suralcoolisation des adolescents. «La vitalité des nuits lausannoises est un élément très positif pour le rayonnement de la ville, pour les emplois ou pour le tourisme, reconnaît le municipal de la Police, Marc Vuilleumier, chargé de proposer une solution. Mais il faut analyser cette réalité avec plusieurs lunettes: au niveau économique, mais aussi en termes de sécurité publique, on peut observer qu’il y a trop d’établissements nocturnes.»

Depuis 1995 et la suppression de la clause du besoin, qui limitait l’ouverture de nouveaux débits de boissons, le nombre de boîtes de nuit a littéralement explosé
à Lausanne, passant de 17 à 47. Chaque week-end, entre 30 000 et 40 000 personnes viennent y faire la fête ou profiter de l’offre culturelle. Et aujourd’hui dans le chef-lieu, les fêtards invétérés peuvent poursuivre, sans limite aucune, leurs virées d’ivresse. Une réalité qui inquiète jusqu’au Grand Conseil, où le député rose Stéphane Montangero a tenté en vain, récemment, de proposer une modification cantonale des horaires de vente d’alcool dans les pintes et les shops.

Aucune idée préconçue
Avec la révision qui se prépare à Lausanne, les pistes de danse devront-elles, bientôt, se calmer à 3 ou 4 heures du matin? Rien n’a encore été arrêté, assure le directeur de la Police, même s’il s’avoue favorable à l’introduction d’une «heure blanche», une relâche durant laquelle aucun accès à un débit de boissons ne serait autorisé. Mais l’élu popiste d’anticiper: une pause sans établissement ouvert paraît difficile à défendre politiquement. Car si le débat se focalise, désormais, sur les jeunes et l’alcool, l’ouverture très tôt des établissements publics a été, historiquement, motivée par la volonté de permettre aux travailleurs de nuit ou du petit matin de se sustenter.

Les clubs seront-ils tout de même condamnés à fermer plus tôt? Ou les cafés à retarder leur ouverture? La vente d’alcool sera-t-elle simplement interdite durant un certain laps de temps? Pour l’heure, Marc Vuilleumier observe très attentivement l’expérience originale menée depuis septembre du côté de Bienne (lire ci-dessous). «A ce stade de la réflexion, toutes les mesures sont envisageables, avance-t-il. Mais, au final, il faudra trouver une solution globale qui traite des problèmes dans leur ensemble. Le but n’est pas de laisser les gens dans la rue plus longtemps, sans aucun transport public à disposition.»

Le chantier s’annonce donc énorme. Et le débat sera houleux, c’est sûr. Car si une majorité politique semble incontestablement se dessiner pour une restriction des horaires, le centre-droite réclame, pour sa part, une meilleure action policière. «Le problème des incivilités, argue la présidente libérale-radicale Marlène Bérard, est vraiment lié à l’éducation. Il n’a rien à voir avec l’heure d’ouverture des discos ou des cafés.»


 

 

«Ouvrons les clubs jusqu’à 6 heures et les premiers bus»

– Que pensez-vous d’une fermeture anticipée des clubs?
– Ne croyez-vous pas que les gens vont se mettre à squatter les bancs publics, en mettant la musique dans leur voiture? Ce sera un cercle vicieux et la situation deviendra hors de contrôle: tout le monde s’imaginera que la ville est encore plus remplie de noctambules. Depuis la charte de sécurité signée en 2004 entre la ville et les professionnels de la nuit, la responsabilité liée aux débordements autour des établissements repose clairement sur les propriétaires de clubs. Tout le monde reconnaît que la situation s’est améliorée car nous connaissons bien notre clientèle. Nous pouvons maîtriser les abus et les bagarres. Si la loi change, des bars s’improviseront discothèques sans le moindre encadrement et il y aura des rassemblements spontanés à l’extérieur. Il ne restera, alors, que la répression policière pour lutter contre les incivilités.

– Reconnaissez, quand même, qu’il y a des problèmes à l’heure de fermeture des discothèques?
– Bien sûr que c’est chaud à 5 heures du matin! C’est en partie dû au règlement communal. Les clients passent d’un moment d’euphorie au calme absolu. Pour éviter une amende, nous sommes obligés de les pousser dehors afin de les évacuer dans les temps. Regardez ce qui se passe entre 3 et 5 heures du matin: beaucoup de clients rentrent chez eux tranquillement, sans débordements.

– Quelle solution proposez-vous?
– Le plus logique serait d’autoriser une fermeture des clubs à 6 heures, afin d’assurer un lien direct avec les premiers transports publics. Le but est qu’ils rentrent chez eux sans escapade. On pourrait aussi instaurer une dernière heure sans vente d’alcool. C’est exactement ce type de sas de décompression que nous avons proposé à la ville de Montreux, où nous organisons de grandes soirées: l’alcool n’est plus vendu dès 5 heures et la clientèle peut décompresser à l’intérieur sans musique. Au début, les autorités communales étaient réticentes. Désormais, elles en ont fait une obligation.


 

 

Bienne teste l’ouverture non-stop

Trois bars du centre-ville situés en pleine zone d’habitation peuvent, certains week-ends, rester ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Telle est l’expérience pilote menée à Bienne depuis septembre. But de l’opération? Réduire les nuisances sonores, en évitant la sortie simultanée et bruyante de tous les clients. Concrètement et plutôt que d’imposer une baisse de devanture à 3 h 30, chaque tenancier peut choisir librement son moment de fermeture dès que la clientèle commence à se faire rare. Si certaines portes sont closes dès 4 heures 30, d’autres restent désormais ouvertes jusqu’à 6, 7 voire 9 heures, au gré de l’ambiance. «C’est un test très précis mené dans un quartier spécial entouré de logements, détaille Christian Pfäffli, responsable du dossier à la préfecture biennoise. Dans les faits, personne ne reste ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais les gens quittent petit à petit les trois établissements situés dans le même bâtiment. Nous venons de tirer un premier bilan positif de l’opération et avons décidé de poursuivre la phase pilote jusqu’à fin janvier. A ce stade, nous avons constaté qu’il y a effectivement moins de bruit.» Si l’expérience s’avère concluante, elle pourrait inspirer d’autres villes romandes. Le Municipal Marc Vuilleumier observe, pour sa part, attentivement l’expérience biennoise.




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