
La finance, ce n’est pas donné à tout le monde, surtout lorsqu’elle est publique. Le ministre Pascal Broulis en a fait hier la démonstration en présentant la planification 2011-2014 de l’Etat de Vaud avec cet art du jonglage des chiffres qui le caractérise.
La loi exige du Conseil d’Etat qu’il revoie chaque année ses prévisions comptables. Cette fois, la mise à jour est à haut risque, vu les incertitudes du contexte international.
Président du Conseil d’Etat et chef du Département des finances, Pascal Broulis a livré ses projections avec une floraison de nuances. A maintes reprises, on l’a entendu répondre à la presse, un rien déboussolée: «Oui et non». Ou: «C’est plus compliqué que ça!»
Pour s’y retrouver, il y a tout de même un fait marquant. Le ministre l’a commenté sans graphique replaçant le problème dans la durée, contrairement à son habitude. Grande première dans l’ère Broulis, qui date de 2002, l’endettement n’est plus le mal absolu. Alors que la dette se réduit depuis 2005, la planification 2011-2014 annonce sa remontée.
Fidèle à sa rigueur légendaire, le conseiller d’Etat explique ce retournement par la conjoncture économique, bien sûr, mais aussi par la volonté d’appliquer une politique anticyclique. Voici les grands points de son analyse aux allures de programme:
CONTEXTE
Une amélioration de la conjoncture internationale est attendue pour 2010. Mais attention à l’effet retard: «Si le cycle économique est accompli, le cycle structurel n’est pas à son terme.» Il faut s’attendre à une hausse des dépenses sociales, liées au chômage. Autre facteur déterminant: la croissance de la population vaudoise (+1% par an) et la nécessité subséquente d’adapter les infrastructures.
REVENUS
«Le tissu économique vaudois a relativement bien absorbé la crise et continue à créer de la richesse», observe Pascal Broulis. Mais les prévisions des planifications précédentes doivent être revues à la baisse: la croissance des divers revenus de l’Etat, impôts compris, est estimée à 1,5% seulement.
CHARGES
«Ne crions pas au loup, il nous reste une marge de manœuvre.» Le président Broulis donne donc à son gouvernement les moyens d’atteindre les objectifs du programme de législature 2007-2012. Bonne nouvelle pour le personnel cantonal en général, et pour les secteurs de l’enseignement et de la formation, de la santé et du social: ils auront droit à une indexation annuelle de 2% des montants qui leur sont alloués. Ailleurs, les charges seront plafonnées.
INVESTISSEMENTS
«La qualité des infrastructures vaudoises doit être garantie.» Par rapport à la période 2002-2007, le volume des investissements sera doublé entre 2011 et 2014, pour atteindre 300 millions par an.
SIGNAUX
«Les Vaudois subsidient des cantons de Suisse centrale qui ont des taux d’imposition parmi les plus bas du monde.» La contribution du canton à la péréquation intercantonale va croître. Au moins cela témoigne-t-il de sa bonne santé. Le ton est bien moins tolérant lorsqu’il s’agit de qualifier l’initiative cantonale «Pour un rabais d’impôt qui protège les assurés plutôt que les actionnaires». Le manque à gagner annuel pour l’Etat est estimé à 200 millions. Pascal Broulis appelle déjà le Grand Conseil à la rescousse pour couler cette proposition du Parti socialiste qui amènera les Vaudois aux urnes. «A moins qu’elle soit jugée anticonstitutionnelle», prévient le conseiller d’Etat.
DETTE ET DÉFICIT
«Le danger d’un retour à la spirale des déficits est bien là.» Le ministre promet que le canton assumera ses dépenses de fonctionnement. Mais il devra emprunter pour ses investissements.
Conclusion: «Du calme! Nous conservons la maîtrise de nos dépenses» Et le temps de voir venir: la planification 2011-2014 sera révisée en 2010, plus très loin des élections cantonales du printemps 2012. Ce qui compte peut-être aussi.
Après un petit moment d'absence, voici un petit commentaire sur l'actualité. "Roh non!!!" diront...
Et c’est parti. Ce soir vers 19h00 les autorités de la ville de Genève ont donné le coup d’envoi...