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Paysannes en action au grand magasin

MARKETING | Alors que la tension est vive avec la grande distribution, des paysannes s’installent au supermarché. Elles y vantent les bienfaits d’un produit agricole indigène de saison: la pomme de terre.

Laurence Bassin, ici avec le petit Emilien
© JEAN-PAUL GUINNARD | Laurence Bassin, ici avec le petit Emilien, est l’une des trois agricultrices vaudoises qui tiendront chacune un stand aux Coop de Morges, d’Allaman et de Crissier le 13 novembre.

Yves Merz | 04.11.2009 | 00:01

L’action mise sur pied par l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales (USPF) dans 33 centres Coop, entre le 30 octobre et le 14 novembre, est à la fois audacieuse et ambiguë. Audacieuse, parce que ces terriennes iront au devant d’une foule de consommateurs pressés et formatés, pas nécessairement disposés à écouter des théories sur les vertus de la pomme de terre. Et ambiguë, parce que les paysannes se retrouveront dans un des temples de la consommation, chez ces distributeurs mal-aimés qui font tellement pression sur les prix.

«Nous en avons beaucoup parlé au sein de notre association, mais nous n’avons pas le choix, relève Laurence Bassin, une des trois paysannes vaudoises qui tiendront un stand dans les Coop d’Allaman, de Morges et de Crissier le 13 novembre. Il est inutile d’aller dans les marchés, car nous n’aurons affaire qu’à des convaincus. Il faut toucher d’autres consommateurs, ceux des grandes surfaces, justement.»

Parler avec le cœur
La promotion de la pomme de terre fait partie d’une campagne sur le long terme intitulée «Sain et savoureux – notre savoir-faire». Les paysannes et femmes rurales aimeraient sensibiliser le consommateur en faveur des produits agricoles indigènes et de saison. Démontrer leurs avantages économiques, écologiques et sociaux.

«L’idée est de parler aux gens avec le cœur, de leur donner envie de cuisiner nos produits, explique Chantal Humbert, de Marchissy. On ne peut pas toujours parler chiffres et montrer une image de paysans qui pleurent. Il faudra être convaincant, démontrer que ce sont des produits de qualité, sans agents conservateurs, sans additifs, que les prix sont attractifs et que l’on peut les cuisiner sans prendre trop de temps.»

Cours sur la formation
Pour pouvoir aborder le consommateur, le charmer, et lui présenter leurs arguments, les paysannes ont suivi une formation très complète de sept journées. «On a eu des cours passionnants sur la communication non verbale, sur la gestion des conflits, sur les habitudes alimentaires des gens, sur la manière de valoriser nos produits sans dénigrer les plats de la Coop et sans culpabiliser les consommateurs», raconte Laurence Bassin, heureuse d’avoir pu quitter son quotidien pour s’aérer l’esprit.

Prochaines actions programmées: la Journée du lait en avril et les céréales en automne.


Une action inscrite dans un climat de tensions

Les paysannes vaudoises reconnaissent qu’elles sont un peu gênées de collaborer avec Coop au moment où les tensions sont aussi vives. Mais elles n’ont pas le choix, déclarent-elles. «C’est vrai qu’il y a une ambiguïté puisque nous sommes régulièrement en conflit avec eux, comme maintenant au sujet du lait, mais nous sommes dépendants des grands distributeurs, qui attirent 90% des consommateurs.»

Raymond Léchaire, directeur de Coop pour la Suisse romande, salue cette action basée sur le partenariat. «Nous voulons être le pont entre le producteur et le consommateur. Les paysans sont indispensables. On distribue entre 20 et 30% de leurs produits. Nous sommes en situation d’interdépendance. A part quelques excités qui font monter la crème, on essaie de trouver des solutions ensemble.» Président d’Uniterre-Vaud, Charles-Bernard Bolay réagit: «Ce n’est pas un mal que les paysannes fassent cette promotion, mais il faudrait que la Coop s’engage de son côté à ne pas seulement utiliser nos beaux labels comme produits d’appel et vendre en majorité des produits étrangers. Ils se foutent de la gueule du monde.»




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