
Après avoir été en 1959 le premier canton à accorder le droit de vote et d’éligibilité aux femmes, Vaud sera-t-il pionnier en ce qui concerne l’octroi de ces droits aux étrangers? Ce matin, les instigateurs de l’initiative «Vivre et voter ici» déposent leurs 16 000 signatures à la Chancellerie. Leur validité sera vérifiée dans les dix jours. Une formalité tant la marge pour atteindre les 12 000 signatures valables est grande. Lancé par la gauche, des associations d’étrangers et des centristes, ce texte propose de donner les droits politiques cantonaux aux étrangers vivant depuis une décennie en Suisse et établis dans le canton depuis trois ans. En 2003, la nouvelle Constitution leur accordait ces droits à l’échelon communal.
Quand est-ce que le peuple se prononcera?
Au plus tard fin 2011. «Si le Conseil d’Etat et le Grand Conseil décident d’opposer un contre-projet, cela pourrait prendre un an de plus», rappelle Sylvain Jaquenoud. Selon le responsable de la section vaudoise des droits politiques, dans le premier cas, une participation étrangère aux cantonales 2012 est possible.
L’initiative sera-t-elle acceptée?
Crise, triomphe des antiminarets… pour le politologue Pascal Sciarini, l’ambiance n’est pas à l’ouverture mais un succès n’est pas exclu car plusieurs cantons ont déjà ouvert la voie au niveau communal. En Suisse, vouloir accorder le droit d’éligibilité aux étrangers passe mal. Séparer vote et éligibilité aurait été moins risqué. Claude-Alain Voiblet est au contraire convaincu qu’ils doivent aller de pair. Le secrétaire général de l’UDC Vaud pense que l’initiative ne passera pas, car son parti, les libéraux ainsi que nombre de radicaux s’y opposeront. «L’échelon cantonal implique des choix de société sur le long terme et concerne donc moins les étrangers», dit-il. L’analyse de Pascal Sciarini est différente: «A notre époque de grande mobilité, la démocratisation des droits politiques est un mouvement naturel.» Le radical Yves Christen partage cet avis et croit aux chances de l’initiative qu’il soutient. «Vaud est ouvert aux étrangers et l’a prouvé en se prononçant largement en faveur des naturalisations facilitées.»
Que changeraitle vote étranger?
Au moins 85 000 étrangers viendront grossir le corps électoral, dont ils représenteront alors 18,6%. «Cela ne ferait sans doute pas basculer les équilibres politiques, dit Pascal Sciarini. L’expérience montre que les étrangers participent moins que les Suisses.» Leur vote pourrait favoriser la gauche à l’origine de l’initiative. «Sauf que beaucoup d’immigrés sont issus de classes plus privilégiées», tempère le politologue. D’après lui, le PDC pourrait profiter du vote étranger: «Car les immigrés de culture catholique sont nombreux. Mais certains votent aussi UDC comme pour se protéger de plus étrangers qu’eux.» Selon Yves Christen – qui le constate dans sa ville de Vevey – les étrangers ne sont pas plus de droite que de gauche. Claude-Alain Voiblet n’est pas d’accord. «L’acceptation de l’initiative avantagerait la gauche. Ses majorités dans nos villes sont en partie dues aux étrangers. A Lausanne ou à Yverdon, leur vote nous a fait mal.»
L’intégration sera-t-elle favorisée?
«La participation politique augmente avec l’intégration, mais l’inverse est vrai. L’intégration passe par la possibilité de s’exprimer», explique Pascal Sciarini. De son point de vue, le ratio droit/devoir des étrangers leur est plutôt défavorable. Yves Christen pense que le devoir civique est une chance mais aussi une nécessité. «Il est important que tous les citoyens aient les mêmes droits. C’est une question de cohésion de la société. Cela profitera à tous et débouchera sur des naturalisations.» Claude-Alain Voiblet est d’avis que les étrangers souhaitant participer politiquement peuvent se naturaliser, «l’aboutissement de leur intégration».
Pourquoi ce clivage Romands-Alémaniques?
«Notre culture politique est plus ouverte sur l’extérieur. La France nous fait moins peur que l’Allemagne aux Alémaniques», analyse Pascal Sciarini. Outre-Sarine, peu de cantons ont accordé le droit de vote aux étrangers. Plusieurs l’ont refusé en votation. Certains ont accordé le vote communal via leur Constitution, mais en laissant libre chaque commune de l’appliquer. Très peu l’ont fait jusque-là. En Appenzell Rhodes-Extérieures par exemple, c’est le cas de seulement trois sur vingt. Pour Yves Christen, ce clivage entre Romands et Alémaniques témoigne de l’attachement des seconds à la Suisse profonde. Claude-Alain Voiblet y voit plutôt du laxisme. «Environ 15 000 étrangers sont irrégulièrement dans le canton et nous peinons malgré cela à appliquer la politique d’asile plus restrictive entérinée par le peuple en 2005.»
Les initiants ont-ils des intérêts cachés?
«Les initiatives masquent souvent des calculs électoraux et permettent d’occuper le terrain en vue des prochaines élections», confirme Pascal Sciarini. Les étrangers participeront aux communales 2011 et pourraient voter pour ceux qui ont soutenu l’initiative. Pour Claude-Alain Voiblet, «l’objectif de la gauche est d’obtenir des majorités. Le fait que l’initiative arrive peu avant des échéances électorales le prouve.» Pascal Sciarini voit plus loin: «Un oui constituerait un argument de plus pour attirer de nouvelles entreprises.»
En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
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«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
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FC Ependes - FC Concordia Lausanne 0 - 5 (0 - 2) Notes : Terrain d'Ependes Franki
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Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
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