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Parasite

Arrivée de Chine, une chenille gloutonne dévore le buis vaudois

Par Philippe Maspoli. Mis à jour le 24.08.2013

Gare à la pyrale! Ce ravageur se délecte des feuilles de nos haies et buissons. Il a envahi l’arc lémanique cet été.

1/9 Une chenille de la pyrale, que Philippe Christe, un spécialiste de l'Université de Lausanne, a trouvée dans son jardin.
MARIUS AFFOLTER

   

D’autres ravageurs exotiques

Le capricorne asiatique
Attention, insecte dangereux… Ce coléoptère noir, marqué de petites taches claires réparties sur tout le corps, doté d’antennes longues de 25 à 80 mm, infeste le bois des érables, des peupliers, des saules, des marronniers, des bouleaux et des platanes, qui meurent en quelques années. Il est venu de Chine en 2011 dans des palettes en bois. L’insecte fait l’objet d’une directive fédérale qui oblige à signaler tout cas suspect.

La punaise du pin
On l’appelle aussi punaise américaine car sa région d’origine est la Californie. Arrivée à New York en 1999, elle a rapidement pris le bateau pour l’Italie du Nord. De là, elle s’est répandue dans les pays voisins, dont la Suisse. Elle n’embête pas les humains mais se régale des pommes de pin et des cônes des résineux en général. Elle peut devenir nuisible lorsque sa gloutonnerie se met à réduire la production des graines.

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Le buis, d’ordinaire si joli, a perdu toutes ses feuilles. Face à des arbustes ravagés, un spécialiste aguerri des jardins et des plantes n’en revient pas: «En trente-cinq ans de métier, je n’ai jamais vu ça. Des buissons ont été complètement dévorés», déclare Christian Gendre, contremaître au secteur sud du Service des parcs et domaines de la Ville de Lausanne.

Qui est le vilain glouton? Il s’agit de la pyrale du buis, un papillon nocturne aux ailes brunes et blanches avec des reflets violacés, qui vit normalement en Asie orientale (Chine, Japon, Corée). Plus exactement, c’est sa chenille – de couleur jaune à vert foncé, striée de bandes noires, dont la longueur peut atteindre 5 cm – qui met à son menu les feuilles des arbustes ornant nos parcs, nos cimetières et nos jardins.

Cet été, le ravageur oriental a provoqué de gros dégâts, surtout dans l’arc lémanique. «Je viens d’en discuter avec mes collègues de Montreux et de Morges. C’est un sujet qui fait parler», relève Michaël Rosselet, responsable de l’entretien des parcs lausannois, qui se trouvait hier avec ses collègues près de Zoug, où l’Union suisse des services des parcs et promenades fêtait ses 50 ans. A Yverdon-les-Bains, en revanche, la situation semble moins inquiétante. Une chose est certaine, la santé du buis préoccupe les professionnels romands: une journée de formation aura lieu le 31 octobre près de Genève.

Voyage commercial

Arrivée de Chine en Allemagne en 2006, après avoir voyagé dans des caisses commerciales, la pyrale du buis est entrée en Suisse par le nord en 2007. «Nous l’avons observée en Suisse romande en 2010-2011. Elle a commis ses premiers méfaits dans cette région en 2012. Et cet été la pyrale fait de gros dégâts», confirme Pierre-Yves Bovigny, chargé d’enseignement à la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hépia), à Genève.

Le réchauffement climatique n’est pas la cause de l’expansion rapide du papillon, qui passe l’hiver à l’état de chrysalide et se porte comme un charme à des températures descendant jusqu’à 15 degrés. La météo, en revanche, peut expliquer la récente explosion: «Chaque année, on observe entre quatre et cinq générations de pyrales. La colonisation peut donc aller très vite. Cet été sec et chaud, qui a suivi un printemps humide, a sans doute provoqué un cycle très rapide, d’où une expansion spectaculaire», explique Pierre-Yves Bovigny.

Le buis qui a perdu son feuillage, englouti par les chenilles voraces, n’en meurt pas dans l’immédiat. Mais, comme les feuilles jouent un rôle fondamental dans le cycle de vie des plantes, les arbustes risquent un sérieux affaiblissement, qui pourrait se révéler fatal en cas de festins répétés.

«Il faut que les gens jettent un coup d’œil sur le buis dans leur jardin», déclare Philippe Christe, du département d’écologie et d’évolution de l’Université de Lausanne.

Traitement possible

Pour résister à l’invasion, les spécialistes recommandent d’employer un produit biologique naturel, le bacille de Thuringe, que l’on trouve dans les magasins spécialisés ou les drogueries. «Il faut bien mouiller l’arbuste afin que le produit ruisselle à l’intérieur», précise Pierre-Yves Bovigny.

Ça, c’est pour le buis d’ornement. La plante vit aussi à l’état sauvage et prolifère notamment au pied du Jura, dans la région de Ferreyres. Inspecteur des forêts du secteur Cossonay-la Vallée, Daniel Gétaz ne se plaint pour l’instant pas du petit ogre asiatique. Il précise qu’une riposte n’est pas prévue: «En forêt, on ne traite en principe pas le buis. On en a des hectares. Le buis n’a pas de valeur économique. Dans la région, c’est presque une mauvaise herbe. Quand il y en a trop, il étouffe d’autres espèces .»

(24 heures)

Créé: 24.08.2013, 09h16

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