Le délicat exercice des grands-parents d’aujourd’hui

GénérationsPas facile de trouver le bon équilibre pour être présent sans être envahissant. Un livre donne des pistes.

Marie-Madeleine Nicolet, de Cugy, entourée de ses neuf petits-enfants âgés de 18 mois à 8 ans.

Marie-Madeleine Nicolet, de Cugy, entourée de ses neuf petits-enfants âgés de 18 mois à 8 ans. Image: Odile Meylan

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Marie-Madeleine Nicolet a quatre filles et neuf petits-enfants. Elle adore s’occuper de cette nombreuse descendance et ne compte ni son temps, ni son argent. «Je suis une grand-mère très présente et je vois au moins un de mes petits-enfants tous les jours. J’ai perdu mon mari lorsque j’avais 50 ans et je suis grand-mère depuis que j’en ai 56. J’avais donc du temps à accorder aux enfants de mes filles et c’était une évidence à mes yeux que j’allais être disponible pour eux.»

Une situation idéale qui est aussi le fruit d’une parfaite entente entre mère et filles. Malheureusement, une telle harmonie ne règne pas toujours entre grands-parents et parents. Forte de ce constat, Vittoria Cesari Lusso, psychologue à Pully, a écrit un livre paru récemment et dont le titre résume bien le dilemme actuel: Parents et grands-parents: rivaux ou alliés? Elle explique: «Lorsqu’un jeune quitte le nid, il jouit d’une certaine indépendance vis-à-vis de ses parents. Il ne les voit que s’il le souhaite. Plus tard, lorsqu’un petit-enfant naît, l’adulte redevient souvent dépendant de ses propres parents. Les deux générations se retrouvent à s’occuper en partie de la même tâche qui consiste à aider le petit à grandir. Il faut alors se coordonner et collaborer pour que les choses se passent bien. C’est d’autant plus délicat qu’aujourd’hui, la relation entre grands-parents et petits-enfants passe inévitablement par les parents. Par le passé, la personne âgée était respectée et considérée comme sage. Elle jouissait d’une aura d’experte qu’elle n’a plus.»

Ni conseils ni remarques

L’image d’Epinal de la grand-mère qui tricote, fait des confitures et est toujours disponible pour ses petits-enfants est dépassée. Aujourd’hui, mamie travaille ou a la retraite active. Entre les cours d’aquagym et les sorties avec les copines, il lui est souvent difficile de s’engager comme nounou selon un planning hebdomadaire fixe. D’un autre côté, les parents d’aujourd’hui travaillent souvent tous les deux et ne parviennent pas toujours à caler leurs horaires professionnels sur ceux de la garderie. Plus que jamais, les grands-parents sont sollicités pour donner un coup de main, mais pas dans n’importe quelle condition. «Les parents d’aujourd’hui ne veulent pas que les grands-parents interfèrent dans leurs principes d’éducation, explique Norah Lambelet Krafft, responsable de l’Ecole des grands-parents de Suisse romande. Leur progéniture est chasse gardée, les conseils de la génération précédente ne sont pas bienvenus. Souvent, ils n’acceptent l’aide des grands-parents qu’en cas de besoin.»

Pour éviter que l’arrivée du premier petit-enfant ne se mue en guerre intergénérationnelle, Norah Lambelet Krafft insiste: «Il faut faire attention et soigner la communication pour éviter les conflits. Malheureusement, je vois de plus en plus de situations difficiles qui mènent parfois à la rupture totale du lien. La visite à la maternité peut déjà engendrer des souffrances et des frustrations de part et d’autre. Lorsque les nouveaux parents veulent préserver l’intimité des premières heures de vie du nourrisson, cela peut être mal perçu par les grands-parents. D’un autre côté, si ceux-ci font des remarques à la nouvelle maman sur sa manière de s’occuper du bébé, elle peut se sentir rabaissée.»

Ne pas donner des conseils non sollicités d’une part, s’abstenir de faire des remarques blessantes de l’autre, ne pas vouloir régler les problèmes familiaux préexistants en prenant la nouvelle génération en otage sont quelques pistes à suivre pour que les choses se passent au mieux. Et surtout: se mettre d’accord en amont sur les choses à faire ou pas lorsque les grands-parents se chargent des petits. La fille aînée de Marie-Madeleine Nicolet, Caroline, est mère de trois enfants. Elle livre une des recettes de la bonne entente familiale: «Ma mère est tolérante et ne fait pas de remarques. Lorsque ma deuxième est née, je me posais beaucoup de questions car elle souffrait de coliques. Ma mère m’a simplement dit de me faire confiance.»

«Je suis devenu grand-père professionnel,»

La confiance réciproque est effectivement une des clés du succès. «Lorsqu’elle a dû reprendre le travail, ma fille m’a demandé de m’occuper de ses enfants. Je n’ai pas hésité et j’ai remis mon entreprise. Je suis ainsi devenu grand-père professionnel, s’amuse Jacques Bonvin, désormais humoriste. Ma fille m’a fait une confiance absolue. J’ai adoré ça, je me suis occupé de mes petites-filles à raison de deux jours et demi par semaine. J’ai parfois eu droit à une remarque, car il m’est arrivé d’oublier de faire faire les devoirs… Mais ma fille voyait à quel point ses enfants étaient heureux de passer du temps avec moi et c’est ce qui comptait le plus à ses yeux.»

Pour les parents, lâcher prise sur certaines règles (comme le quota de bonbons ou d’heures devant l'écran) lorsque l’enfant est pris en charge chez les grands-parents n’est pas toujours évident, mais c’est indispensable pour éviter les prises de bec et surtout, pour que les aînés puissent jouer leur rôle de papy ou mamie gâteau. (24 heures)

Créé: 03.07.2017, 06h58

Le livre

«Parents et grands-parents: rivaux ou alliés?»

Dr. Vittoria Cesari Lusso

Ed. Favre, 352 p.

Aucun droit sur leurs petits-enfants

Anne Reiser, avocate genevoise spécialisée dans les questions familiales, le dit sans ménagement: «Légalement, les grands-parents n’ont aucun droit sur leurs petits-enfants. Les tribunaux estiment que lorsque il y a un conflit entre le parent et le grand-parent, ce n’est pas dans l’intérêt de l’enfant de maintenir le lien avec celui-ci. Au contraire, cela placerait le petit dans un conflit de loyauté malsain.» L’avocate pense qu’il serait bon de réformer la procédure familiale actuelle afin d’y associer toutes les personnes qui sont en lien avec l’enfant et qui l’aiment. «On a toujours une vision de la famille très étriquée. On raisonne en termes de droits, principalement des droits que l’on a sur l’enfant sans se poser la question de ce qui est juste et bon pour lui. Il faut cesser de considérer l’enfant comme une marchandise que l’on se partage.» Dans des circonstances exceptionnelles, un tribunal peut accorder un droit de visite en faveur d’une tierce personne (qui n’est ni le père, ni la mère de l’enfant), mais il faut démontrer que c’est dans l’intérêt de l’enfant. «Une telle décision en faveur d’un grand-parent n’a toutefois jamais encore été rendue dans les dossiers dont j’ai eu connaissance.»

Et de conclure: «Je déconseille fortement aux grands-parents de saisir la justice pour voir leurs petits-enfants. Cela ne ferait que réactiver le conflit. Ils se tirent ainsi une balle dans le pied. Le mieux est de chercher à rétablir le dialogue par la médiation, par exemple.»

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