Dans la douleur, l'UDC refuse son soutien à Français

Elections fédéralesLe parti ressort divisé de la campagne électorale. Le Parti libéral-radical devra se battre seul pour faire élire son champion au Conseil des Etats.

Fabienne Despot a annoncé lundi sa démission à la tête de l’UDC. Peu après, son parti tournait le dos à Olivier Français.

Fabienne Despot a annoncé lundi sa démission à la tête de l’UDC. Peu après, son parti tournait le dos à Olivier Français. Image: Olivier Allenspach

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Vingt-neuf minutes. Le grand oral d’Olivier Français devant les 125 délégués de l’UDC Vaud, à Chavornay, n’aura servi à rien. Le parti a refusé de soutenir le candidat libéral-radical pour le second tour de l’élection au Conseil des Etats en novembre. Arrivé troisième ce dimanche derrière le duo rose-vert sortant Géraldine Savary et Luc Recordon, Olivier Français devra se battre seul. L’UDC renonce en même temps à maintenir au second tour ses candidats Michaël Buffat et Fabienne Despot, arrivés quatrième et cinquième dimanche.

Les délégués du parti ont suivi la proposition de leur comité directeur. Mais c’est dans la douleur que l’UDC a fait son choix. Durant ce même congrès, sa présidente, Fabienne Despot, a annoncé qu’elle quittera ses fonctions en janvier, après avoir été prise dans la tourmente pour avoir enregistré certains collègues en secret. En parallèle, le conflit entre UDC des champs et UDC des villes a refait surface, par critiques très sèches. Preuve des divisions: c’est avec 67 voix contre 57 et une abstention que les délégués de l’UDC ont pris leur décision.

Olivier Français avait tout fait pour les convaincre. «La demande d’un deuxième siège UDC au Conseil fédéral est légitime», leur a-t-il ainsi promis, debout à la tribune. Lui-même a toujours refusé de révéler son vote lorsque le parlement avait montré la porte au tribun UDC Christoph Blocher en 2007. Olivier Français a fait face sans broncher aux critiques parfois fortes de certains membres de l’UDC. «Le désamour vient du PLR. Nous vous avons fait confiance bien des fois et nous sommes lassés, lui a lâché une militante. Nous avons loupé deux fois notre retour au Conseil d’Etat, car votre parti ne nous a pas soutenus.»

L’ancien député libéral Nicolas Daïna, inscrit UDC depuis de nombreuses années, a tenté de convaincre ses collègues de «voter pour le PLR en vous bouchant le nez». Même longueur d’onde pour Michaël Buffat: «Rappelez-vous en 2007, l’image de Luc Recordon les bras levés après l’éviction de Christoph Blocher. Il n’aura jamais ma voix.»

La décision va bien sûr à l’encontre de la stratégie du Parti libéral-radical qui milite pour l’union à droite. Réuni au même moment à Bussigny, le parti a passé une partie de la soirée à s’autocongratuler de ses résultats de dimanche, en redevenant le premier parti du canton. C’est dans une salle archicomble que ses 260 délégués se sont réunis, dans une ambiance survoltée, standing ovations à l’appui.

Après une première partie très décontractée, entre félicitations à tous les candidats PLR, piques à l’intention des autres formations et traits d’humour du président Frédéric Borloz, élu la veille au Conseil national, la soirée entrait dans le vif du sujet avec la présentation de la stratégie pour la course aux Etats. «Convaincre les partis du centre droit de ne pas présenter de candidat le 8 novembre», dit le syndic d’Aigle, au moment où Olivier Français faisait passer le message dans une tournée des autres partis.

Au congrès du PLR, l’atmosphère s’est assombrie au moment où les réseaux sociaux commençaient à colporter la nouvelle. Plus tard, Olivier Français déclarera regretter le choix de l’UDC. «Ils m’ont beaucoup interrogé sur le passé. J’ai senti leur amertume à la suite de l’échec de Claude-Alain Voiblet au Conseil d’Etat, il y a quelques années.»

Français a convaincu la moitié des sans parti

Mais où Olivier Français a-t-il réussi à faire la différence dans la course au Conseil des Etats? Au lendemain du premier tour, les statistiques électorales fournies par l’Etat de Vaud sont révélatrices. Le champion du Parti libéral-radical (PLR)a récolté 54'439 suffrages, dont un peu moins de 40'000 dans son propre parti et presque 16'000 hors du PLR. Sur ce nombre, la grande majorité (12'575) ne s’identifie à aucune formation politique en particulier et a préféré utiliser une liste sans dénomination. Ce qui représente plus de la moitié des 23'000 bulletins sans dénomination.

Le reste vient pour la grande majorité de l’UDC. Olivier Français ratisse également – mais dans une moindre mesure – chez les socialistes, les démocrates-chrétiens et les Verts. Cela signifie qu’une minorité – certes très faible – des électeurs de ces partis a préféré biffer un de leurs candidats officiels pour le remplacer par le municipal lausannois.

Le PLR n’a présenté qu’un seul candidat sur sa liste à deux noms. On observe que 11'246 électeurs y ont adjoint un second candidat. Parmi les deux candidats les plus ajoutés par les électeurs du PLR, plus de 2750 ont choisi Géraldine Savary, tandis que 1800 lui ont préféré la Vert’libérale Isabelle Chevalley.

A gauche, l’alliance entre socialistes et Verts a bien fonctionné. Sans surprise, les électeurs socialistes sont, comme au Conseil national, bien plus nombreux que ceux des Verts: 37'?416 bulletins chez les roses, contre 25'033 chez les écologistes. Une petite minorité n’a pas joué le jeu en biffant le candidat de leurs alliés. Ainsi 1600 socialistes ont tracé Luc Recordon de leur bulletin, et 1000 Verts l’ont fait avec Géraldine Savary.

Au sein des 29'720 électeurs de l’UDC, dans un climat de guerre des clans, 1392 ont refusé d’élire Michaël Buffat et plus de 2900 ont biffé le nom de leur présidente, Fabienne Despot.

M.SL (24 heures)

Créé: 19.10.2015, 21h59

Le ticket rose-vert se mobilise

Sans surprise, le ticket rose-vert formé par Géraldine Savary et Luc Recordon a été confirmé pour le second tour de l’élection au Conseil des Etats, hier soir, lors du congrès extraordinaire du Parti socialiste (PS). Pour l’occasion, les Verts ont rejoint leurs alliés du PS à la salle des Vignerons du Buffet de la Gare de Lausanne.

«Nous sommes sortis en tête au premier tour avec Luc, a relevé Géraldine Savary. Mais il faut confirmer. Nous ne sommes pas indéboulonnables, nous devons nous mobiliser pour le second tour.» «La deuxième mi-temps sera rude», a ajouté le conseiller aux Etats Vert Luc Recordon.

La ligne d’attaque contre le candidat PLR a déjà été esquissée hier soir. «Si Olivier Français gagne, ce sera avec le soutien de l’UDC, a lancé la sénatrice socialiste. Et si l’UDC se renforce aux Etats par le biais du PLR, cela mettra à mal la prospérité de notre pays, de notre canton.»

Plus tôt dans la soirée, les Verts vaudois s’étaient regroupés après un week-end «pas folichon», selon les termes de leur président, Martial de Montmollin. Un brin de réconfort est venu du côté de la relève, puisque la liste des Jeunes Verts a progressé, contribuant à limiter la casse. Pour le deuxième tour, un budget supplémentaire sera alloué afin de participer à «la guerre de l’affichage sauvage du premier tour».

R.B./A.DZ

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