Ecole: les Vaudois ne veulent pas de la réforme du Conseil d'Etat

Notre sondage24?heures et La Télé ont commandé une enquête sur la réforme scolaire, à laquelle 1005 Vaudois ont répondu. Les résultats montrent une nette avance pour les partisans d’une école qui maintient les trois voies du secondaire et qui prône le retour à des méthodes classiques. Publié le 21 août 2011.

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56% en faveur de l’initiative «Ecole 2010-Sauver l’école». Le résultat du sondage exclusif de 24heures est inattendu. A l’aune de la violence avec laquelle les deux camps se sont harangués jusqu’à maintenant, il y avait fort à parier que les personnes sondées seraient plus partagées.

Or, elles semblent se reconnaître dans les propositions d’Ecole 2010, qui demandent principalement le maintien de la sélection en trois voies pour les ados et des manuels scolaires simples à comprendre.

Cela ne signifie pas que la messe est dite. Les partisans du contre-projet du Conseil d’Etat LEO (Loi sur l’école obligatoire) se sont appliqués jusque-là à faire apparaître au grand jour ce que recouvrent les formulations des initiants. Ils l’ont fait dans la passion, oubliant de mettre en avant les nombreux éléments nouveaux de leur projet.

Le sondage mené par M.I.S-Trend prend de la distance par rapport aux échauffourées verbales entre les deux camps. Il a présenté à 1005 citoyens les principaux points de la votation scolaire, leur demandant s’ils étaient d’accord ou non, mais aussi ce qu’ils préféraient à l’intérieur des deux projets. Au final, on obtient une vision détaillée de la manière dont les Vaudois envisagent l’école, de ce qui leur fait peur, de ce qui leur fait envie.

Choix pédagogiques

Parmi les 564 citoyens favorables au texte des initiants, près de la moitié motivent leur choix par la volonté de retrouver à l’école des méthodes pédagogiques classiques. Il y a ici la volonté marquée des adultes de pouvoir aider les enfants à l’école. Or, ils ne peuvent le faire que s’ils comprennent les livres dans lesquels étudient les élèves. Mais, quelle que soit la version retenue par les électeurs le 4 septembre, l’avenir des manuels scolaires est romand. L’harmonisation est en route et les instances cantonales romandes ne proposent pas de revenir à Mon premier livre.

La question, pourtant centrale, de la structure de la future école intéresse moins les pro-Ecole 2010. Seuls 37% d’entre eux favorisent le maintien des trois voies du secondaire que propose l’initiative. En revanche, sur les 304 sondés qui se disent en faveur de la LEO, 40% approuvent la suppression de la Voie secondaire à options et son regroupement avec la Voie secondaire générale.

Tendances politiques

M.I.S-Trend a demandé aux sondés de quel bord politique ils étaient, les classant en trois catégories, droite/centre, gauche et apolitique. Parmi les 347?personnes étiquetées à droite, 68% pensent voter Ecole 2010. Les contenus de l’initiative sont donc en phase avec un électorat de droite/centre-droite, ce qui pourra surprendre les initiants, qui se disent apolitiques. Le soutien de l’UDC et des libéraux, les partis plus à droite sur l’échiquier politique, confirme pourtant la tendance droitière de l’initiative.

Surprise à gauche aussi. Parmi les 329?personnes reconnues de gauche, 42% se disent en faveur de l’initiative. Un chiffre surprenant. Le contre-projet LEO propose un mélange accru des élèves de niveaux différents, soit un remède au déterminisme social, une ouverture pour l’égalité des chances de chaque élève. L’idée plaît en général à gauche.

Information

Sur les 1005 sondés, 70% se disent «assez mal», «mal» ou «pas du tout» informés. C’est énorme, mais explicable. Le sondage s’est déroulé du 10 au 17 août. Or, la campagne sur l’école a démarré il y a quelques jours seulement, en raison du calendrier des autorités vaudoises.

Le Conseil d’Etat a tenu à rédiger un contre-projet à l’initiative, aboutie en 2008 déjà. Cela a pris beaucoup de temps, car le projet de la cheffe de l’école Anne-Catherine Lyon a subi plusieurs modifications pour des raisons politiques.

Le projet LEO tel que soumis aujourd’hui aux votants n’est sorti du moule qu’à la mi-juin. Il restait donc deux semaines pour informer en détail avant les vacances. La rentrée d’aujourd’hui se fera dans un contexte fiévreux, puisqu’il ne reste que treize jours et demi avant la clôture des bureaux de vote, pour autant que tout le monde n’ait pas déjà voté par correspondance.

Réactions

Les réactions au sondage sont vives (retrouvez-les dans le journal 24heures). C’est de bonne guerre: chaque camp trouve dans le grand nombre de réponses fournies par le sondage les informations qui l’arrangent. N’empêche, les promoteurs de la LEO reconnaissent, ouvertement ou pas, que le projet du Conseil d’Etat et du Grand Conseil a souffert d’un déficit d’information. Qui sait, par exemple, que la LEO augmente le temps d’école, qu’elle «offre» 18 semaines d’école en plus, qui s’ajoutent à la scolarité de tous les élèves?

Les initiants, quant à eux, n’entendent pas se reposer sur leurs lauriers. Ils réaffirment qu’ils veulent jouer la carte de l’honnêteté intellectuelle. C’est une manière de dire que le camp adverse fait de la manipulation. Si ce dernier a beaucoup critiqué l’initiative, on risque maintenant d’assister au phénomène inverse avec des initiants montant aux barricades pour démonter le projet LEO.


Ce que disent les deux textes de loi

La Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) propose:
- La suppression de l’actuelle Voie secondaire à options (VSO) par sa fusion avec l’actuelle Voie secondaire générale (VSG), ce qui donnerait un système à deux voies avec l’introduction de niveaux A et B en français, mathématiques et allemand.
- Le retour des notes dès la 3e?année primaire avec des moyennes par branche et la prise en compte des points négatifs.
- Le découpage de la scolarité en cycles de 4?ans avec des objectifs à atteindre au bout de chaque cycle.

L’initiative «Ecole 2010 - sauver l’école» propose:
- Le maintien des trois voies actuelles, la VSO étant renommée Voie secondaire préprofessionnelle.
- Le retour des notes dès la première année primaire, ainsi que le retour de la moyenne générale.
- Le découpage du cursus scolaire par année. (nxp)

Créé: 21.12.2011, 19h16

Anne-Catherine Lyon: «Je suis encore optimiste»

Principale figure du contre-projet LEO (Loi sur l’école obligatoire), la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon ne voit pas dans ce sondage le présage d’un échec: «Les personnes ont été interrogées du 10 au 17 août. Or, la campagne et l’information ont réellement commencé entre le 17 et le 20, au moment où les citoyens ont reçu les tous-ménages des partis et des associations de maîtres et de parents en faveur de la LEO. Je vois bien la différence sur le terrain entre maintenant et le mois de juin au niveau de la connaissance du sujet.»

Avant les vacances, la magistrate a eu l’occasion de rencontrer les syndics et municipaux de l’Union des communes vaudoises (UCV). «Certains ne savaient alors même pas qu’il y avait une votation.»

Sur les points spécifiques du sondage, Anne-Catherine Lyon voit un intérêt particulier dans les réponses obtenues à propos des notes: «Il est clair que les gens préfèrent les notes, ressenties comme une valeur sûre, aux appréciations. Mais l’on voit que la majorité d’entre eux (34% + 19%) veulent des notes dès la 3e année, voire dès la 5e. Avec la LEO, qui les introduit en 3e, nous sommes exactement dans la cible.»

Classes d'encadrement
Sur les classes régionales d’encadrement pour les élèves difficiles, Anne-Catherine Lyon prend à son compte la réponse des personnes sondées: «La majorité (ndlr 39% + 45%, lire en page 4) trouve que c’est une bonne idée. Or, la LEO donne une base légale aux Modules d’activités temporaires alternatifs à la scolarité (MATAS), soit 19 structures régionales qui s’occupent d’une centaine d’enfants dans le canton. La formule proposée par les initiants est très différente en ce sens qu’elle veut mettre 700 à 1000 élèves dans ces classes d’encadrement, pour lesquelles 60 à 90 nouvelles salles devraient être construites par les communes pour un montant de près de 100 millions de francs. Mais surtout, ils déconnectent les élèves difficiles de leur cursus normal durablement. Les MATAS ne prennent les élèves que durant trois à six mois et l’enfant reste inscrit dans sa classe ordinaire.»

La conseillère d’Etat regrette que la question du temps d’école n’ait pas été abordée. «La LEO institue une augmentation du temps scolaire, ce qui est très important. Ce temps d’école supplémentaire sera dévolu aux maths et au français; ainsi, nous répondons aux patrons et aux maîtres de gymnase qui estiment que les adolescents n’ont pas le niveau dans ces deux matières. Les initiants prônent un renforcement de l’enseignement de ces deux matières sans donner globalement plus de temps d’école. Avec l’initiative, l’augmentation de l’enseignement en français ou maths ne peut donc se faire qu’au détriment d’autres branches.»

Public mal informé
Enfin, elle remarque que 70% des sondés se disent mal informés: «S’ils répondent ainsi, c’est déjà la preuve qu’ils ne prennent pas la question à la légère. La réforme scolaire est un sujet complexe, dense, trapu.» Le résultat final en faveur de l’initiative ne décourage pas Anne-Catherine Lyon: «Je prends acte. Ces chiffres agissent sur moi comme une stimulation. Je suis optimiste quand je vois que les gens ne veulent pas, à 82%, que l’on mette les adolescents du secondaire dans des bâtiments séparés comme le promeut le texte de l’initiative à son article 48.

Je trouve également intéressant de constater que l’enthousiasme pour le maintien des trois voies est modéré alors que c’est la proposition-phare d’Ecole 2010. Cela va dans notre sens. Mon souhait le plus cher est que les électeurs votent en connaissance de cause.»

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