Ces élèves jurassiens qui ont déjà troqué le pupitre personnel contre un casier

DelémontDans le canton du Jura, les ados n’ont pas de place attitrée dans la classe et se déplacent au gré de leur niveau. Publié le 25 juillet 2011.

Les élèves changent de camarades de classe à chaque cours, en fonction de leur niveau ou des options choisies.

JEAN-PAUL GUINNARD

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9?h?10 au collège de Delémont. Les couloirs fourmillent d’élèves qui courent vers leur casier personnel. C’est le branle-bas de combat, l’heure de la transition entre deux cours. Il faut faire vite, prendre exactement ce dont on a besoin pour la leçon suivante et se rendre à la bonne salle de classe. Pas question de compter sur son voisin qui ne va pas forcément au même endroit. «Au début, c’était stressant, témoigne Marvin. Mais on s’habitue, et l’avantage, c’est que le temps passe vite.» Marvin est un AAA, option 1 de 9e?année. Traduction: Marvin suit les cours en niveau A (le meilleur) en français, en maths et en allemand. Il a choisi de faire du latin, d’où l’option 1, dite aussi option littéraire, choisie dès la 7e.

Gym, musique et dessin
Même s’il n’a pas de pupitre à lui et des camarades interchangeables selon les cours, Marvin appartient à une classe. Une classe dite hétérogène où il côtoie des CCC, des CBC et autres BBB ou ABA. Mais au fil des trois années de l’école secondaire, il les a vus de moins en moins, car en 9e les cours communs ne se donnent plus qu’en gym, en éducation générale et en musique ou dessin.

Pour le peu qu’ils voient leurs camarades des autres niveaux, les élèves semblent y tenir. «C’est mieux comme ça, parce qu’on peut connaître aussi les autres, estime Lucie, CCC option 4 (activités créatrices et techniques). Se retrouver tous toujours dans la même classe? ça serait un peu pourri.»

Mais d’autres, à l’instar de Léandre, ressentent la chose différemment: «Les AAA? Ils nous considèrent comme des bouffons.» Plusieurs avis convergent pour dire que la ségrégation entre les bons, les moyens et les faibles se recrée malgré l’ouverture du système. «Les élèves ne se mélangent pas», observe Suzanne Genet-Schenker, maîtresse d’allemand.

Exit, donc la notion d’entraide entre les bons et les moins bons, rêvée par les partisans vaudois du tronc commun. En 7e?année, où les élèves jurassiens sont encore très mélangés, la classe n’est pas facile à harmoniser. «Les bons s’ennuient un peu, les plus faibles ont beaucoup de peine à suivre et tout cela devient très difficile à noter», témoigne Miriam Joly, maîtresse de classe et de latin.

Suzanne Genet-Schenker estime qu’au fil des degrés 7 à 9, la configuration en filières se recrée «un peu». «Par exemple, les latinistes sont tous rassemblés dans un même module ndlr: une soixantaine d’élèves répartis dans trois classes qui ont un maître de classe en commun) et là, cela donne l’impression qu’ils sont dans une filière. Dans mes cours d’allemand, je n’ai pas la même ambiance avec les latines ou avec les scientifiques. Et puis, dans les classes de C, le système a tellement écrémé qu’il y a une perte de richesse.»

Pas de discrimation
«Notre organisation en niveaux finit par rejoindre le système par filières, comme il existe dans le canton de Vaud», décrit Daniel Milani, directeur. Mais, même si les CCC sont autant étiquetés que nos VSO, il n’existe pas, dans le canton du Jura, de discrimination ouverte. Tous les acteurs que nous avons rencontrés ont été choqués d’apprendre que certains patrons vaudois rédigeaient des annonces pour des places d’apprentissage en précisant «VSO s’abstenir».

Conscient que les CCC ont plus de peine à trouver une place d’apprentissage que les autres élèves, le Gouvernement du Jura a débloqué de l’argent pour une expérience pilote qui démarrera dans une année

Que l’enseignement soit organisé par niveaux ou par filières, le problème resterait donc le même pour les élèves les moins scolaires. Une injustice? Oui, à entendre Léandre, élève de CCC4: «Les AAA, ils ont plus de capacités que nous pour apprendre, mais ils sont moins matures que nous.»

Créé: 21.12.2011, 18h54

En un coup d’œil

Le canton du Jura offre un système scolaire avec tronc commun au degré secondaire, soit en 7e, 8e et 9e années.

Pour départager les élèves, les trois branches principales sont enseignées à trois niveaux de difficultés différents. En 9e, les élèves se connaissent davantage en fonction de leurs niveaux et de leur option que de leur classe d’origine.

Au cours de l’ensemble de leur scolarité, les élèves accumulent 7488 heures de cours (7638 pour Vaud).

Aux résultats Pisa 2006,le canton du Jura est légèrement meilleur que Vaud en sciences.En maths, les élèves jurassiens sont meilleurs que les Vaudois. En lecture, ils sont à égalité.

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