«Face aux brigandages, la police n’y arrivera pas seule»

InterviewAprès sept agressions en un mois, le commandant de la police cantonale en appelle aux commerçants pour endiguer la série noire: «Ils doivent y mettre du leur»

Le commandant de la police cantonale, en appelle aux commerçants pour freiner la vague d’agressions dont ils sont victimes.

Le commandant de la police cantonale, en appelle aux commerçants pour freiner la vague d’agressions dont ils sont victimes. Image: Florian Cella

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Et de sept! En l’espace du seul mois de janvier, sept braquages ont eu lieu sur sol vaudois, dont deux pour la journée de jeudi. «La situation est extrêmement inquiétante», reconnaît Jacques Antenen, commandant de la police cantonale. Il se défend toutefois de se retrouver démuni. «La police n’est pas responsable de l’explosion de cette criminalité.» Il s’en remet aujourd’hui aux commerçants, auxquels il adresse ce message: «Aidez-vous et la police vous aidera.» Entretien.

Quelle parade la police va-t-elle opposer à ces brigandages?
Il devient difficile pour nous de nous déployer sur le terrain à titre préventif, en raison de la multiplication des cibles des braqueurs. Les délinquants ne recherchent plus obligatoirement le gros coup, comme une banque ou une poste. Ils passent désormais à l’acte dans n’importe quel petit commerce. Ils se contentent de quelques milliers de francs. L’effet traumatisant reste le même pour les victimes. On ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque caisse. Nous faisons déjà le maximum. J’en appelle aujourd’hui aux commerçants. Je leur dis: «Aidez-vous et la police vous aidera.»

C’est donc aux commerçants d’agir?
A eux comme aux responsables des institutions financières. Ils doivent se responsabiliser. La sécurité est devenue l’affaire de tous. Il faut tout d’abord qu’ils équipent leurs magasins de surveillance vidéo. C’est leur droit. Les caméras jouent non seulement un rôle dissuasif, mais, en plus, les images aideront la police à interpeller les auteurs de brigandages. Avant, l’aveu était la reine des preuves. Aujourd’hui, c’est l’image. Il faut aussi que les commerçants vident plus régulièrement leurs caisses, et qu’ils passent progressivement à l’argent plastique. Ils doivent s’équiper afin de permettre le paiement par cartes bancaires. Je sais que cela a un coût, mais c’est le prix à payer. Soyons clairs: la police n’y arrivera pas toute seule. Je ne peux pas rassurer les commerçants. Je peux simplement leur dire qu’ils doivent y mettre du leur.

Et la police? Elle fait quoi?
Elle fait déjà le maximum! Durant le mois de janvier, sur La Côte, par exemple, la gendarmerie a effectué près de 100 contrôles préventifs à proximité de cibles potentielles. Nous allons également continuer à dispenser des formations spécifiques à des corps de métier, comme aux gérants de stations-service ou aux employés des banques ou des postes. Il faut aussi développer le renseignement. Les citoyens doivent nous appeler chaque fois qu’ils constatent un comportement suspect. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à Lausanne jeudi, et qui a permis l’arrestation des braqueurs.

Et si les commerçants étaient tentés de se défendre eux-mêmes?
C’est un conseil que je leur donne: «Ne vous armez pas dans votre boutique!» Non seulement c’est vous qui pourrez finir en prison si vous tirez sur votre agresseur sans être en légitime défense, mais, en plus, on ne sait jamais dans quel état se trouve celui qui vient vous braquer, ni comment il peut réagir. Une chose est sûre: le risque de voir le nombre de ces braquages augmenter existe.

Filmer les gens dans les magasins, c’est du «flicage»?
Absolument pas! Cela reste du domaine privé. Dans le cadre des enquêtes pénales, nous voulons pouvoir exploiter les images des braqueurs, pas celles des clients.

Si vous aviez plus de policiers à disposition, cela irait mieux?
En Suisse, il manque 3000 policiers. Pour le canton de Vaud, je ne dis pas que si on nous donnait 300 hommes de plus, nous éradiquerions le brigandage, mais cela y contribuerait certainement. Pour l’heure, nous faisons avec les moyens qu’on nous donne. Et ce n’est pas suffisant.?


Un des policiers qui a arrêté les malfrats témoigne

«J’étais en patrouille avec ma collègue, à la place Centrale, quand on a entendu l’appel de la Centrale, raconte le sergent Schwery, 44?ans. Il fait partie des agents de la police municipale de Lausanne qui ont arrêté les braqueurs de la boutique d’horlogerie-joaillierie Junod, jeudi, à Lausanne.

«Je suis rattaché au poste de quartier du Flon, nous faisions notre patrouille à pied, continue-t-il. Quand l’alerte a été donnée, nous nous sommes proposés à la Centrale d’alarme et d’engagement. Ensuite, c’est allé très, très vite. A Lausanne, on a la possibilité d’être rapidement sur les lieux. On a couru jusqu’à la place Saint-François. Et on est arrivés pile-poil au bon moment. Un peu plus tard, les braqueurs auraient probablement disparu.

Sur le moment, je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Bien sûr, on réfléchit un minimum à ce qu’on fait. Et quelque part, dans un coin à l’arrière de notre esprit, on sait que ce genre de situation peut être dangereuse… Quand nous sommes arrivés sur place, des gens nous ont désigné les auteurs du braquage en train de sortir. Nous les avons interceptés. C’était vraiment un travail d’équipe. Et je n’ai su qu’en lisant la presse, le lendemain, que des gens nous applaudissaient! D’un autre côté, je n’entends pas non plus systématiquement ce que disent ceux qui, parfois, nous insultent.

Nous sommes ensuite montés à l’Hôtel de police pour établir les premiers rapports d’intervention. A 16?h, j’étais de retour au poste du Flon. Je me suis trouvé au guichet pour enregistrer un vol de vélo. Je ne suis pas un héros, mais si j’avais la moindre velléité de l’être, ça m’aurait tout de suite remis à ma place.

En y repensant après coup, ce braquage, c’était la première fois que j’étais face à une situation aussi grave à Lausanne. J’y suis arrivé en 2009. Je n’ai connu un truc semblable qu’une seule fois, quand je travaillais dans la police valaisanne. Il avait fallu appréhender un homme qui s’était évadé et qui transportait des armes sur lui. Aujourd’hui, cette arrestation à Saint-François, c’est déjà du passé pour moi. Mais le meilleur moment, c’est sans conteste quand j’ai pu entrer dans la bijouterie et dire à ces gens choqués par ce qui s’était passé: «C’est bon, on les a eus, tout est terminé!»
J.DU. ? (24 heures)

Créé: 27.01.2012, 23h06

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Un homme armé a attaqué la boutique Vögele d’Aigle, jeudi vers 18 h 30, au moment de sa fermeture. Aucun client ne se trouvait dans le magasin au moment des faits. Les deux employées, âgées de 42 et 48 ans, ont été surprises alors qu’elles bouclaient leur caisse.

L’homme, parlant français avec un accent de l’Est, a fait irruption dans la succursale et a sorti une arme de poing. Il s’est fait remettre de l’argent avant de prendre la fuite dans une direction inconnue.

Les deux femmes, choquées, n’ont pas été blessées. Plusieurs patrouilles du Centre d’intervention régional de Rennaz et des gendarmes de la région Est vaudois, avec la collaboration de l’Entente des polices du Chablais et de la police cantonale valaisanne, ont mis en place plusieurs barrages routiers. Deux conducteurs de chiens ont également été mobilisés. Malgré cet important dispositif, l’homme restait toujours introuvable.

Toutefois, selon le site internet lematin.ch, un homme correspondant au signalement du braqueur aurait été interpellé et interrogé hier. Il aurait emporté avec lui la somme de 18 000 francs. La police se refuse à commenter cette information.

Hier, elle a lancé un appel à témoins: la personne recherchée mesure entre 170 et 175 cm. Elle est de corpulence mince et a la peau légèrement hâlée. Elle portait un pull clair avec une capuche et un pantalon noir. Les témoins éventuels peuvent s’annoncer au 021 644 44 44 ou auprès du poste de police le plus proche. La direction de Vögele était injoignable, hier, pour répondre à nos questions.
N.D.

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