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Archéologie

Fameux chez les spécialistes, le Mormont gagne le grand public

Par Justin Favrod. Mis à jour le 22.06.2013 4 Commentaires

Avant La Sarraz, le Musée national de Zurich expose les découvertes helvètes.

Parmi des milliers d’objets et d’êtres offerts aux dieux, cette femme a probablement été sacrifiée au sommet du Mormont vers 100 avant notre ère.

Parmi des milliers d’objets et d’êtres offerts aux dieux, cette femme a probablement été sacrifiée au sommet du Mormont vers 100 avant notre ère.
Image: © ARCHEODUNUM SA/musee national suisse

Un site mystérieux

En l’absence de découvertes comparables dans le monde celte, qui va de l’Espagne à l’embouchure du Danube et du nord de l’Italie à l’Irlande, l’interprétation du Mormont reste énigmatique. Le directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire, Gilbert Kaenel, spécialiste des Celtes, se montre circonspect.

Quelques points sont sûrs: vers 100 avant notre ère, de nombreux Helvètes se sont rendus pendant une ou plusieurs saisons au sommet de la colline. Ils ont creusé des centaines de fosses, qu’ils ont remplies d’outils, de meules, de corps animaux et humains entiers ou découpés, de nourriture…

Il est probable qu’il s’agisse d’un gigantesque sacrifice à des dieux. Cela confirmerait des textes anciens affirmant que les Celtes se livraient à des sacrifices humains. Pourquoi une telle débauche de moyens? Sans doute le résultat d’une crise profonde, mais de quelle nature? Politique, économique, religieuse? Peut-être une épidémie ou une catastrophe naturelle?

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Depuis hier et jusqu’en avril 2014, le Musée national de Zurich consacre deux vitrines au site du Mormont, qui livre des trésors chaque année depuis 2006. Sont exposés un seau en bronze contenant six haches de fer, une tête de bœuf et un crâne humain. «Nous avons demandé au Canton de présenter ce site important pour l’actualité archéologique», explique Anne Kapeller, conservatrice au Musée national suisse.

Le public découvre peu à peu ces fouilles financées par l’Etat et la cimenterie Holcim, qui exploite la carrière du Mormont à Eclépens. Elles sont susceptibles de révolutionner l’archéologie celtique et l’histoire des Helvètes. Jeudi, les quotidiens alémaniques T ages-Anzeiger et Bund consacraient une page commune à cette colline. Quelques objets ont été montrés à l’Espace Arlaud et au Musée romain de Vidy. Une plus grande exposition se déroulera le printemps prochain près du site au Château de La Sarraz. Enfin, une série de publications scientifiques est en préparation. Les premiers volumes paraîtront à la fin de l’année. Une synthèse permettra d’en savoir davantage sur ce sacrifice d’une ampleur inégalée qui a eu pour théâtre la colline du Mormont vers l’an 100 av. J.-C. (lire ci-contre).

Les fouilles n’ont pas encore permis de comprendre le sens des 400 fosses dans lesquelles semblent voisiner sacrifices et inhumations et qui ont été remplies d’objets les plus divers. Une nouvelle campagne vient de commencer.Trente structures ont été repérées: fosses, foyers, et trous de poteaux, traces de bâtiments antérieurs aux fosses, selon l’archéologue cantonale, Nicole Pousaz.

Critiques apaisées

Des critiques initiales se sont apaisées. Porte-parole des mécontents, Hans-Georg Bandi, ancien professeur de préhistoire à Berne, concluait en 2007 un article sur le Mormont par cette considération: «Des regrets ternissent la miraculeuse surprise. Les projets de Holcim ayant été connus de longue date, pourquoi n’être intervenu qu’in extremis et avec des moyens insuffisants? A-t-on réalisé en haut lieu qu’il s’agissait d’un site capital non seulement sur le plan vaudois, mais pour la Suisse tout entière? Pourquoi l’aide de la Confédération n’aurait-elle pu être sollicitée? La direction de Holcim, dont on connaît l’intérêt pour l’archéologie, fut-elle informée de l’incroyable importance patrimoniale du Mormont protohistorique?… Hélas! en archéologie, les occasions manquées sont irrémédiablement perdues.»

En 2010, le professeur allait jusqu’à se demander si «le Canton n’est sciemment pas intervenu pour des raisons fiscales et d’emploi, privant ainsi le patrimoine suisse d’un important témoin de l’héritage celtique de son passé».

Depuis lors, le Mormont a été pris au sérieux et a obtenu des moyens. «Après la surprise d’une telle découverte, nous avons pu nous organiser», se réjouit Nicole Pousaz. Reste que les politiques ont mis du temps à mesurer l’importanc e de ce site. (24 heures)

Créé: 22.06.2013, 09h10

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4 Commentaires

Raphaël Heyer

22.06.2013, 10:37 Heures
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Pour certains le site du Mormont est à relier à la tentative de grande migration des Helvètes vers la Saintonge, stoppée par César en -58 à Genava. Répondre


Raymond Jean

22.06.2013, 09:36 Heures
Signaler un abus 8 Recommandation 4

Et pourquoi porte-t-il ce nom de "Mormont"? Répondre