La Fondation Les Oliviers assume l'abandon de l'abstinence

AddictionL’institution lausannoise spécialisée dans le traitement de l'alcoolisme a assoupli ses critères d’admission en 2009. Premier bilan.

Depuis cinq ans, les Oliviers n’exigent plus de leurs résidents un taux d’alcool de 0,0%. Ici, 
un atelier de réinsertion professionnelle de la fondation, au Mont-sur-Lausanne.

Depuis cinq ans, les Oliviers n’exigent plus de leurs résidents un taux d’alcool de 0,0%. Ici, un atelier de réinsertion professionnelle de la fondation, au Mont-sur-Lausanne. Image: FLORIAN CELLA

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«Le virage est négocié. Maintenant, nous devons bétonner la route.» Spécialisée dans le traitement de l’alcoolisme et d’autres dépendances, la Fondation Les Oliviers tire un premier bilan du changement de cap opéré en 2009. Ce bastion de l’abstinence avait alors drastiquement baissé son niveau d’exigence. Finie la contrainte du 0,0% dans le sang.

Cinq ans plus tard, seuls une moitié des résidents disent souhaiter une abstinence durable, selon une enquête réalisée auprès de 50 personnes admises en 2014*. Dix pour cent d’entre eux visent une abstinence temporaire, 30% une diminution de leur consommation, et 10% une réduction des risques liés à cette dernière.

S’adapter ou fermer

«Les programmes d’abstinence existent toujours», insiste Stéphane Delgrande, responsable du secteur résidentiel. Mais le public cible des Oliviers s’est élargi. Il s’agit de toucher aussi ceux pour qui tirer un trait sur la boisson ou d’autres addictions est un objectif trop ambitieux.

«Prenons l’exemple de quelqu’un qui essaie de ne boire «que» 1,5 litre de vin par jour au lieu de 3 litres. C’est déjà un pas énorme pour lui, même si cela nous semble encore beaucoup. Nous allons faire en sorte de l’accompagner dans son évolution.»

Même raisonnement pour un adolescent qui fume des joints le soir ou boit quelques verres le week-end. «Nous accompagnons chaque individu là où il en est dans son processus de changement», résume le directeur des Oliviers, Thierry Chollet.

«Soit on s’alignait sur la réalité, soit on fermait des lits, explique Luc Longueville, chef d’équipe du secteur résidentiel du site du Mont-sur-Lausanne. S’il fallait mettre dehors tous ceux qui ont consommé, il n’y aurait plus personne. Avant, les règles étaient non négociables. Le fait que les gens n’arrivaient pas à les respecter engendrait beaucoup de tensions, sans parler de la consommation cachée, des tricheries dans les contrôles et d’autres stratégies d’évitement.» «Les prestations excluaient beaucoup plus qu’elles ne guérissaient», acquiesce son collègue Gérald Sabattini, responsable du site de la Pontaise.

Conséquence d’une politique plus souple, le nombre de renvois a diminué de moitié: 25% des fins de séjour, contre 50% par le passé. Des règles subsistent tout de même. Pas d’alcool ou d’autres substances sur le site, pas d’arme, pas de violence ni de menace. «S’il y a un problème, on prend le temps de discuter, de sensibiliser la personne aux règles de la vie communautaire, explique Stéphane Delgrande. Bien sûr, si nous constatons après un certain temps que l’on travaille tout seul, nous disons stop.»

Les programmes imposés à tous les résidents – lever à telle heure, consommation zéro et travail dans les ateliers – ont fait place à un «partenariat individualisé», où il s’agit d’accompagner et de conseiller plutôt que d’imposer un cadre rigide qui pourrait mener à l’échec.

Aussi radical que controversé, le virage historique négocié en 2009 par les Oliviers s’inscrit dans la refonte du réseau d’alcoologie. Il a conduit au licenciement du couple fondateur, Catherine et Philippe Jaquet. Pour le directeur Thierry Chollet, ce changement de paradigme colle avec la mission fondamentale de la fondation: «C’est un retour aux sources, puisqu’il s’agit de répondre aux besoins en s’adressant à l’ensemble de la population qui a un problème d’alcool. Globalement, c’est un succès.»

Des cas extrêmes

Les défis n’en sont pas moins nombreux. Ils concernent au premier chef la diversité des profils et la précarité extrême des bénéficiaires, qu’elle soit sociale, psychique ou physique. «Les situations sont encore plus complexes et douloureuses puisqu’on est davantage dans le bas seuil, voire l’aide à la survie», relève Thierry Chollet.

«Il y a dix ans, nous avions davantage de personnes qui pouvaient se projeter dans l’avenir, note pour sa part Luc Longueville. Aujourd’hui, parler du lendemain peut déjà être compliqué.» Pour faire face, une prise en charge multidisciplinaire a été mise sur pied, décloisonnant les secteurs infirmier et socio-éducatif. Les partenariats avec Cery et le Service d’alcoologie du CHUV ont aussi été renforcés.

* Les résultats de ce monitoring visant à déterminer le profil des résidents et leur évolution seront connus à la fin de l’année. (24 heures)

Créé: 19.02.2015, 17h14

La fondation en chiffres

Créée en 1976, la fondation de droit privé Les Oliviers gère
4 sites dans la région lausannoise; 128 collaborateurs; 15 millions de francs de budget; 83 lits dans le secteur résidentiel accueillant chaque année environ 200 personnes dépendantes à l’alcool ou à d’autres substances; 220 personnes dans les 20 ateliers de réinsertion professionnelle Olbis rattachés à la fondation; 20% de ces derniers ont des problèmes de dépendance,40 retrouvent un emploi. En 2018 sera inauguré le nouveau bâtiment, qui regroupera tous les ateliers au Mont-sur-Lausanne. Il accueillera aussi 1 tea-room, 1 crèche et 1 cuisine industrielle; 35 000 Vaudois sont touchés par l’alcoolisme, 10% d’entre eux se font aider.

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