«Les forfaits fiscaux sont un impôt suranné»

VotationLa conseillère aux Etats socialiste Géraldine Savary juge que Vaud a mieux à faire que de s’arc-bouter sur l'impôt à la dépense pour les riches étrangers.

Pour Géraldine Savary, l'abolition des forfaits fiscaux ne portera pas un coup de frein à la prospérité lémanique.

Pour Géraldine Savary, l'abolition des forfaits fiscaux ne portera pas un coup de frein à la prospérité lémanique. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Dans le canton, il n’est pas de bon ton de s’afficher contre les forfaits fiscaux. Le ministre des Finances, Pascal Broulis, a martelé ces dernières semaines que cet impôt sur la dépense, adressé aux riches étrangers qui ne travaillent pas en Suisse, restait une bonne solution pour éviter que les bourses bien remplies ne partent de notre territoire. Selon le conseiller d’Etat, un oui à l’initiative aurait pour conséquence de faire perdre à l’Etat une somme équivalant à huit points d’impôts. La socialiste Géraldine Savary, qui défend pourtant les intérêts de son canton à Berne, n’est pas de cet avis. Interview.

-Quel est votre degré d’engagement dans cette campagne contre les forfaits fiscaux?
Il est important. Même si l’initiative émane de la gauche radicale, le Parti socialiste a décidé de participer à la récolte de signatures et de mettre de l’argent. Je m’engage davantage en tant que vice-présidente du parti qu’en tant que parlementaire. Dans cette activité-là, je traite rarement de questions fiscales.

-Avez-vous subi des pressions du Canton vous demandant de ne pas trop en faire?
Non. Mais je sais que dans le canton le sujet nécessite d’être particulièrement bien expliqué.

-Le pacte tacite de non-agression au Conseil d’Etat sur les forfaits ne vous implique-t-il pas indirectement?
Non. Je me sens libre. D’autant plus que Vaud doit s’affranchir des forfaits. C’est un système en bout de course. En tant que parlementaire, c’est ma responsabilité d’encourager le canton à être fort et innovant. Concernant plus précisément le Conseil d’Etat, je note que chaque chef de Département peut s’exprimer sur un objet qui le concerne. Pierre-Yves Maillard l’a fait pour l’assurance-maladie, Pascal Broulis pour les forfaits fiscaux. Enfin, les trois socialistes du Conseil d’Etat ont fait savoir qu’ils étaient contre les forfaits fiscaux.

-Pourquoi la Suisse devrait-elle jouer les bons élèves et abolir les forfaits alors que la communauté internationale ne lui demande rien?
Plusieurs cantons l’ont déjà fait après que le peuple souverain s’est exprimé. Le Conseil fédéral a décidé de durcir les conditions d’octroi des forfaits: il sait bien qu’une trop grande attractivité fiscale finit par nuire à la Suisse vis-à-vis de l’étranger.

-Les opposants redoutent la perte de 20'000 à 30'000 emplois. Qu’en dites-vous?
Tout cela n’est que spéculation. Selon la contre-expertise de la Confédération, ces chiffres devraient être diminués de moitié. Il faut une politique fiscale qui favorise la diversité économique, les entreprises, l’emploi. C’est ce que le Canton fait aujourd’hui avec une réorientation de la fiscalité des entreprises. Le système des forfaits est suranné et il a été dévoyé de sa fonction première. Le canton de Vaud l’a inventé en 1862 à l’intention des riches étrangers qui ne payaient alors pas d’impôts. Aujourd’hui, c’est devenu un instrument d’optimisation fiscale pour gérants de fortune. Et en plus, il n’est jamais certain que le bénéficiaire ne travaille pas en Suisse, puisqu’aujourd’hui on peut travailler depuis son ordinateur n’importe où dans le monde.

-N’est-il pas légitime de craindre un coup de frein à la prospérité lémanique?
Oui, c’est légitime, mais je n’y crois pas. Notre canton explose sur le plan de la démographie, des écoles, de la technologie. Nous avons un tel nombre d’atouts! Notre impôt sur la fortune est relativement élevé en comparaison intercantonale et pourtant nous sommes le 5e en Suisse à accueillir le plus de fortunes de plus de 10 millions. Notre qualité de vie dans ce pays d’avenir et de promesses séduit les gens. Se reposer sur la carte de l’attrait fiscal, ça ternit notre image et à long terme cela peut se révéler contre-productif.

-Les socialistes demandent l’égalité devant l’impôt. Or, les étrangers au forfait payent aussi dans d’autres pays.
Je ne sais pas ce qu’ils payent chez eux. Il n’y a pas de transparence. Je ne sais pas ce que paye Monsieur Kamprad qui a quand même quitté notre canton… Quant à l’égalité, je rappelle que la Constitution la commande. Or, il y a, de fait, inégalité de traitement entre un riche étranger et un riche suisse.

-Et que dire des dons qu'ils font?
Oui, ils sont généreux et attachés à notre canton. Leurs gestes sont appréciables et appréciés. Je ne peux qu’espérer qu'ils resteront attachés à notre pays. Notre impôt sur la fortune n’est de loin pas un enfer fiscal.

-N’est-il pas naïf de penser qu’ils vont rester?
Pas facile de savoir. Reste que même si la moitié part, comme ce fut le cas à Zurich, l’autre moitié payera assez d’impôts pour compenser les pertes. En outre, ceux qui partent laissent une place où viendront s’installer d’autres personnes fortunées.

-En tant que représentante du canton de Vaud à Berne, n’avez-vous pas été tentée de défendre ses intérêts en priorité?
Mais c’est ce que je fais. J’ai défendu le durcissement de la loi qui rend plus difficile l’accès aux forfaits. Je l’ai fait dans le cadre de mon travail de parlementaire, qui avance petit à petit. Sur le principe, je n’ai aucune hésitation à militer contre les forfaits. Ce système est indéfendable.

-Laissez-vous entendre que Pascal Broulis livre un combat d’arrière-garde?
Il est passionné et a l’avantage de donner de la vie à ce sujet austère. Autrefois, il était contre la fin des exonérations et des régimes spéciaux et il a quand même fini par aborder les changements et par mettre en route la révolution fiscale des entreprises du canton de Vaud. Ce sont des changements importants pour l’avenir et c’est exactement ce que le monde attend de nous.

-Ce vote ne risque-t-il pas de reproduire pour la énième fois une barrière de röstis?
Il faudrait déjà que tous les cantons romands refusent l’initiative! Et on ne peut reprocher aux cantons alémaniques de souhaiter une suppression des forfaits fiscaux qu’ils se sont déjà imposés! Cela dit, le dumping fiscal est agressif dans certains cantons alémaniques. Et les principes de solidarité confédérale sont aujourd’hui menacés. Il faut qu’il soit rendu justice aux gros cantons contributeurs. Je m’y engagerai lors de la prochaine session. (24 heures)

Créé: 19.11.2014, 11h01

Articles en relation

1862: le forfait fiscal, une invention vaudoise

HISTOIRE D'ICI Dans la seconde moitié du XIXe siècle, il s’agissait de retenir dans notre contrée de riches investisseurs étrangers. Plus...

Action coup de poing contre les forfaits fiscaux à Montreux

Votation du 30 novembre Le collectif SolidaritéS a rendu visite à une milliardaire autrichienne pour lui faire remplir une déclaration d'impôt. Plus...

Pascal Broulis monte au front contre l'initiative sur les forfaits fiscaux

Vaud Pascal Broulis se lance dans la campagne contre l'initiative «Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires» en votation le 30 novembre. Plus...

«Notre but, c’est que chacun paie son dû»

Votations du 30 novembre Sur l’opportunité de maintenir ou non l’imposition selon la dépense, les conseillers d’Etat vaudois ne sont pas unanimes. Pascal Broulis, ministre des Finances PLR, s’engage donc à titre personnel dans la campagne. Plus...

Un riche contribuable lègue 100 millions au Canton

Vaud Le conseiller d'Etat Pascal Broulis a annoncé la nouvelle en plein débat sur les forfaits fiscaux, mardi soir à Infrarouge. Le don ira à la recherche. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

De nombreux enfants et adolescents assistaient au concert d'Ariana Grande, délibérément visé par l'attaque, selon la première ministre Theresa May. La plus jeune victime s'appelait Saffie Rose Roussos. Elle avait 8?ans.
(Image: Bénédicte) Plus...