Nord vaudois
Au front avec «Madame Gitans», au milieu de soixante caravanes
Par Céline Duruz. Mis à jour le 07.07.2012 15 Commentaires
«Le dialogue est parfois dur. Ce sont des vendeurs de tapis, ils savent marchander.» Jeudi matin, le ciel était menaçant et l’herbe encore humide autour de l’ancienne gravière des Clées. Une soixantaine de caravanes se sont installées depuis une semaine dans un champ, devenu un terrain boueux après la pluie.
Pierrette Roulet-Grin, accompagnée par quatre gendarmes, débarque vers les premières caravanes, filtrant l’entrée sur le camp, en saluant tout le monde. Dans son sillage? La syndique, Marinette Benoit, et un municipal des Clées, venus négocier le coût de la gestion des ordures, réunies dans une benne.
Leur présence attire immédiatement les regards. Un petit attroupement d’hommes se crée près de la caravane de celui qu’ils appellent «le pasteur», chef désigné du campement installé sur cette ancienne gravière du Nord vaudois. Les Gitans sont à la fois intrigués et méfiants. On n’entre pas dans leur camp comme ça. Certains viennent serrer la main des arrivants, s’interrogeant sur la raison de leur présence. D’autres préfèrent garder leurs distances.
Caravane luxueuse
Exceptionnellement, le pasteur du camp – qui réunit des gitans de trois clans majoritairement français – accepte la présence d’une équipe de 24?heures. Il ouvrira même l’une des deux caravanes qu’il possède. Un espace aménagé en chambre, salon et salle à manger de luxe. Pas de toilettes. Le marbre et les dorures étincellent. «Ici, on ne cuisine pas, précise-t-il. Nous avons une seconde caravane pour ça.»
Le mobilier et le sol sont recouverts d’un plastique protecteur transparent. Un univers aseptisé qui tranche avec le décor boueux. «La propreté est importante pour nous, explique le quinquagénaire rondouillard, en jouant avec une liasse de billets pendant tout l’entretien. Ici, les affaires marchent bien. L’emplacement est cent?fois mieux que celui de Rennaz. En Suisse, nous sommes comme un ballon de foot: tout le monde nous shoote pour nous envoyer loin de chez eux.» Ce discours, la médiatrice l’entend depuis plus de douze ans. Quasi quotidiennement à la belle saison, elle intervient pour négocier avec les gens du voyage et les autorités dans tout le canton.
Installés sur des chaises de camping en face du pasteur, la discussion peut commencer. Elle durera deux heures sur fond de relents de peinture. En arrière-plan, un jeune homme repeint en effet un volet en bois d’une maison pour un client de la région. Il n’est pas le seul: une demi-douzaine de Gitans, tirés à quatre épingles, ont le pinceau à la main. En pantalons à pinces enfilés dans les chaussettes pour ne pas être souillés par la boue, chemises satinées et cheveux parfois gominés, ils restaurent tranquillement les persiennes. Cette occupation constitue, avec la vente de tapis, leur principale source de revenus.
Gestion des ordures
Pour Les Clées (160 habitants), la négociation en cours devrait permettre de couvrir les frais de l’installation d’une benne à ordures et son vidage tous les quatre jours, ainsi que le nettoyage d’une route, salie par le va-et-vient des Mercedes. Les Gitans estiment quant à eux avoir déjà payé suffisamment à l’exploitant de la parcelle. Le dialogue tourne rapidement en rond. Inlassablement, Pierrette Roulet-Grin rappelle les lois, sans élever le ton.
Une pause s’impose. Les Gitans nous font visiter le campement installé en retrait des premières caravanes, derrière une petite colline. Il est aménagé en cercle, «pour avoir une vision d’ensemble», raconte une femme au visage buriné et au regard malicieux. Des sacs-poubelle s’amoncellent dans un coin. «La benne est pleine! justifie le pasteur. On rangera tout dès qu’elle sera vide. Nous l’avons dit, ce sera fait.»
La médiatrice en profite pour parler avec des dames en longue robe, papotant autour d’un café. Non sans avoir préalablement demandé la permission au pasteur. Elle souligne l’embarrassant problème des excréments, l’une de leurs coutumes qui détonnent dans le pays du propre en ordre. «La Suisse est un pays très propre. Vous ne pouvez pas faire vos besoins au milieu du chemin. Les gens vous rejetteront moins si vous êtes plus discrets.» Les femmes dodelinent de la tête, mais n’en feront probablement rien. Pierrette Roulet-Grin en est consciente.
Paiement cash
Pendant ce temps, la vie se poursuit dans le camp, dans un vacarme de coups d’accélérateur de voitures embourbées et d’aboiements de chiens. Des Gitans s’échangent quelques mots, dans une langue incompréhensible. «C’est du patois rom, précise une femme. Tout le monde le parle ici.» «Je n’en comprends pas un mot», admet la syndique, Marinette Benoit. Finalement, elle repartira avec 600?francs cash. La liasse que le pasteur détenait depuis le début de la discussion, plus quelques pièces. Dès lundi, elle devrait recevoir les 1000?francs espérés, pour défrayer son travail et les coûts de la gestion des ordures.
Nous apprenions hier soir que le terrain boueux et les mauvaises conditions météo ont incité les Gitans à lever le camp. Ils ont quitté Les Clées en fin d’après-midi. (24 heures)
Créé: 07.07.2012, 11h14
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La rédaction
15 Commentaires
L'attitude et le laisser-aller des autorités envers les gitans, démontrent que toutes les mafias sont possibles et peuvent se développer librement en Suisse. Il suffit d'être une bande d'une centaine d'individus pour imposer ses règles à l'Etat. Face à un tel groupe, les lois n'ont soudain aucune valeur. Elles peuvent être bafouées sans crainte. Répondre
Quand je vois les voitures (Mercedes, Porsche, Ferrari) parquées à côté des caravanes à Rennaz, (je ne suis pas allé aux Clées) je me dis que les gitans sont les chantres des économies. Comment font-ils donc (officiellement) pour se les offrir ? Répondre
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