Les gagnants et les perdants de la longue vague de froid

MétéoAprès de longues semaines de froid polaire, le redoux pointe le bout de son nez. Les pour et les contre de ce «vrai» hiver.

Dès dimanche, les températures devraient repasser en dessus du zéro.

Dès dimanche, les températures devraient repasser en dessus du zéro. Image: KEYSTONE/Jean-Christophe Bott

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Les gagnants

Le Léman prend une bouffée d’oxygène
Les eaux glaciales du lac (photo: au large de Nyon) lui font un bien fou. Actuellement à 4 ou 5 °C, il pourrait arriver à un «brassage complet», phénomène qui n’était pas arrivé depuis 2012, indique Audrey Klein, secrétaire générale de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL). C’est que les profondeurs du lac ne «respirent» qu’une fois par an, en hiver, lorsque les températures aidées par la bise permettent aux couches d’eau de se mélanger. Et, du coup, aux eaux profondes de se réoxygéner. Si le fond manque d’oxygène, la faune et la flore lacustres en pâtissent. Aujourd’hui, les spécialistes mesurent une période de cinq ans entre deux brassages complets. Avec le réchauffement climatique, cette période pourrait s’étendre à une dizaine d’années.

Les patinoires font des économies
Les températures durablement négatives sont assez logiquement favorables aux patinoires: la glace reste de glace. A Montchoisi, Stephan Elsener, adjoint à la section Piscines et patinoires de la Ville de Lausanne, annonce de «belles économies». «S’il fait trop froid, la qualité de la glace en pâtit, car elle devient cassante. On baisse alors les consignes au niveau des compresseurs afin que la surface soit plus souple. Actuellement, ils tournent donc 30 à 50% de moins que lorsqu’il fait doux.» Au CIGM de Malley (photo), Jean-Luc Piguet, directeur, reste prudent en l’absence de données chiffrées: «On en profite certainement… Surtout pour la patinoire extérieure, où l’énergie dépensée pour produire la glace peut varier en fonction de la température de l’air.»

Les arbres dorment plus sereinement
Le froid que l’on ressent polaire sous nos manteaux est perçu différemment par les arbres sous leur écorce. «Pour eux, on est en situation normale, indique Yves Kazemi, inspecteur des forêts au canton. Pour l’écosystème, il y a une certaine clarté dans le froid.» Comprenez: il est logique pour un arbre qu’il fasse froid en hiver, lorsque la durée et l’intensité de la lumière sont basses. «S’il fait froid durant la période de dormance, l’écosystème est moins perturbé, a moins d’activité. L’arbre dort mieux, c’est sûr!» Mais l’impact sur le long terme n’est pas mesurable à moins de… cinquante ans! Et un seul hiver très froid n’oblige pas l’arbre, qui a des mécanismes de défense, à s’adapter. Le froid peut aussi faire baisser les populations de ravageurs, mais c’est surtout les conditions lors de leur réveil qui dicteront leur reproduction.

Les perdants

Les buses sont victimes des voitures
Alors que les espèces migratoires sont parties plus au sud pour trouver à manger, nos troglodytes mignons, martins-pêcheurs ou chouettes effraies ont continué à chercher leur nourriture sous le sol d’ici, gelé par les températures durablement en dessous de zéro, tout comme les petits points d’eau. «Il est trop tôt pour dire si ces oiseaux nicheurs ont souffert, explique François Turrian, président romand de BirdLife. Nous le saurons au printemps.» Le grand froid a assurément mis les buses en difficulté pour trouver des rongeurs à se mettre sous le bec. «Affaiblies, elles ont du coup moins de réflexes et sont davantage victimes de collisions routières.» Fait étonnant, la vague de froid nous a aussi amené des hôtes: des buses pattues ont préféré la Broye à leur Allemagne traditionnelle.

Les particules fines attendent le vent
Si elles perturbent grandement la France, les particules fines s’invitent aussi dans le canton. La valeur limite de 50 microgrammes par mètre cube fixée par l’ordonnance sur la protection de l’air a été dépassée dans plusieurs villes cette semaine. Morges et Yverdon-les-Bains, avec 76 microgrammes, étaient les plus touchées hier. Nyon (71), Aigle (66), Payerne (54) et Lausanne (52) venaient ensuite. Coincé sous le brouillard, un «lac d’air froid» est formé. Plus lourd que l’air chaud, il n’arrive pas à s’évacuer. «L’air peine donc à se renouveler en plaine, explique le météorologue Vincent Devantay. Il faudrait du vent ou des précipitations pour le chasser.» Le hic, c’est qu’il n’est pas prévu qu’il vente avant le milieu de la semaine prochaine. «Cela pourrait poser problème si cela dure, car la pollution continuera d’augmenter.»

Le niveau des nappes phréatiques baisse
On est loin de 2011, où les valeurs les plus basses de ces dix dernières années ont été observées au sujet des eaux souterraines. Mais elles sont tout de même à la peine. «Comme le début de l’année 2016 a été bien arrosé, on a un capital, indique Marc Affolter, hydrogéologue cantonal à la Direction générale de l’environnement. Mais les sources des Préalpes et du Jura ont un débit bas, voire très, très bas pour celles de la Lionne, à L’Abbaye.» Sur le Plateau, leur état est normal, mais la tendance est aussi à la baisse. L’absence prolongée de précipitations n’a pas permis la recharge des nappes phréatiques. Les dernières pluies significatives – dont un tiers finit dans le sous-sol – datent du 20 novembre. Quant à la neige, «elle n’a que peu d’effet sur sol gelé car il empêche toute recharge». (24 heures)

Créé: 27.01.2017, 20h51

«Ce qui est exceptionnel, c’est surtout que c’est un froid durable»

«On n’est plus habitué, mais ces températures sont plutôt normales! Ce sont ces derniers hivers qui ne l’étaient pas.» Vincent Devantay parle avec passion de ce qui agite la population et les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines. Oui, il fait froid, très froid, et pas que. «Décembre était déjà trop froid, trop sec et trop sombre en plaine par rapport à la norme (ndlr: soit la moyenne sur trente ans, calculée entre 1981 et 2010) , dit le spécialiste de MeteoNews. En janvier, c’était aussi le cas en montagne.»

Pourtant, malgré le record du «mois de janvier le plus froid depuis trente ans», la température n’a pas atteint les pics observés en 1987 (–41,8 °C à La Brévine). Le Chablais a un peu plus souffert à cause de son ciel dégagé (–16 °C durant trois jours à Aigle) et un pic de –31 °C a été mesuré à la combe des Amburnex, dans le Jura vaudois. Aussi, le lac de Joux n’avait plus été entièrement «patinable» depuis 2012.

Mais «ce qui est exceptionnel, c’est surtout que c’est un froid durable», explique Vincent Devantay. La couche de neige installée depuis deux semaines même en plaine est un fait «rare». Et la consommation hors normes d’électricité a boosté les importations. D’autant que les panneaux solaires sont au point mort et que les éoliennes tournent au ralenti. «Il y a trente ans, ce problème n’avait pas été rencontré: on était beaucoup moins connecté…»

«Dès dimanche, on devrait repasser dans le positif en plaine, et atteindre 3 ou 4 °C», prévient le météorologue. Pas de quoi sortir les maillots, mais assez pour ranger les cache-nez.

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