Sécurité routière
La grande peur des deux-roues face à leur priorité bafouée
Par Georges-Marie Bécherraz. Mis à jour le 02.07.2012 16 Commentaires
Dossiers
Le fluo pour sauver sa peau
Les deux-roues pouvaient compter sur une visibilité améliorée grâce à leur feu de croisement de jour. La généralisation de cette mesure à tous les véhicules les a relégués dans un bruit de fond lumineux. L’arrivée des phares à LED sur les voitures, d’une clarté sans commune mesure avec les lampes traditionnelles, aggrave le?problème et incite à l’escalade lumineuse. «On ne voit pas encore de LED à l’avant des motos, mais il faut espérer que cela viendra un jour», constate Philippe Hauri, de la Fédération motocycliste suisse. «Se faire remarquer est la meilleure assurance-vie.»
Après les lumières de jour, voici les surfaces réfléchissantes. De plus en plus de conducteurs de deux-roues, particulièrement de scooters, ont adopté le gilet fluo pour sauver leur peau. Philippe Hauri: «Difficile à imposer. Et le risque, c’est que le Conseil fédéral édicte une ordonnance d’urgence obligeant à le porter.» Et d’ajouter: «Cela dit, moi j’en mets un si je dois descendre dans le sud de la?France et que je suis pressé.» Secrétaire général du TCS Vaud, Philippe Fuellemann s’interroge sur son efficacité à long terme: «Le jour où l’on verra tout plein de bonhommes jaunes sur la route, l’effet s’amenuisera, c’est sûr. Trop d’info tue l’info.»
Le gouvernement français a déclenché une vague de protestations chez les motards en publiant un décret rendant obligatoire le port d’un brassard offrant une surface fluo de 150?cm2 au moins pour tout conducteur et passager de moto de plus de 125?cm3.
Recommandée depuis le 1er juillet prochain, cette mesure sera en principe incontournable sous peine d’amende de 68?euros dès janvier 2013. «Je ne vois pas tellement l’intérêt, remarque Philippe Hauri. Si l’on ne voit pas le motard sur sa moto, on ne verra pas ces petites bandes sur son bras. Le mieux serait de discuter avec les fabricants de?vêtements moto pour qu’ils incluent de telles surfaces dans les?vestes.»
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«Le danger extrême pour les motards, c’est la violation de leur priorité. Ils savent combien ils sont vulnérables. Ils ont pour règle de considérer comme un signal d’alarme tout véhicule sur le point de s’élancer devant eux.» Le bâtonnier Jacques Michod représentait, la semaine dernière devant le Tribunal de police de Lausanne, la famille effondrée d’un jeune motocycliste tué sur la route alors qu’il était prioritaire. Ce jour-là, sa vigilance n’avait pas suffi.
C’était un dimanche de mai 2011, près de Cheseaux-sur-Lausanne, sur une route rectiligne. Beau temps, visibilité d’au moins 220?mètres. Une Yamaha 1000 qui roule feu de croisement enclenché. Une lourde bétaillère qui lui coupe la route pour bifurquer vers un chemin vicinal. Malgré un freinage d’urgence, la moto heurte violemment l’arrière du véhicule. Le malheureux conducteur décède sur place.
Face au juge, un jeune agriculteur consterné, qui répond d’homicide par négligence. Contre l’avis du ministère public, qui réclame une condamnation, le magistrat décide de l’acquitter. Au motif que le motocycliste était en fort excès de vitesse. Et que la jurisprudence indique que l’on n’a pas à compter avec un usager roulant à plus de 90?km/h sur une route limitée à 80. Le problème demeure entier.
Prévention à revoir
Le conducteur de la bétaillère a affirmé n’avoir pas vu le motard approcher. Il n’est ni le premier ni le dernier à invoquer une excuse aussi plate que sans appel. En avril, le Tribunal de Nyon jugeait une automobiliste assurant elle aussi n’avoir pas remarqué la moto prioritaire. La passagère du deux-roues n’avait pas survécu. Il y a quelques semaines, c’est un motard de 60?ans qui perdait la vie à Ballaigues dans des circonstances similaires.
Les accidents mortels ne représentent évidemment que la conséquence la plus dramatique d’un véritable fléau peu traité par la prévention routière. «Il y a bien sûr des motards qui roulent trop vite, mais se faire couper la route n’a rien à voir avec cela», souligne Philippe Hauri, président de la Commission de sécurité routière de la Fédération motocycliste suisse. «Je suis en train de préparer une campagne sur ce thème. Plutôt que de culpabiliser les deux-roues, nous voulons inciter à des égards envers eux.»
A ses yeux, non seulement les automobilistes, mais aussi les constructeurs de voitures ont leur responsabilité dans le manque de visibilité des deux-roues. «J’ai une voiture bien ordinaire, mais ses montants avant de toit sont si mal fichus qu’ils engendrent un angle mort m’obligeant à me pencher aux carrefours si je veux voir correctement le trafic.»
«On oublie de regarder»
Ancien champion moto, organisateur depuis vingt ans de cours de perfectionnement à travers la Suisse, Jacques Cornu considère que le manque de visibilité est l’un des plus gros problèmes que rencontrent les deux-roues aujourd’hui. «J’ai été bien sûr personnellement confronté à ce type de situation. J’en connais qui roulent tout à fait normalement et qui se font fréquemment couper la route par un automobiliste. Je pourrais citer beaucoup d’accidents dus à cela. Deux des personnes qui ont fréquenté mon école en sont décédées. Mieux vaut freiner une fois de trop qu’une fois de pas assez.»
Pour Jacques Cornu, la prudence est d’autant plus la meilleure des assurances-vie que «les gens sont stressés à mort. A un carrefour, les automobilistes jettent un coup d’œil à droite et un à gauche, et oublient que peut surgir une moto ou un vélo. Ils cherchent rapidement des yeux un camion ou un bus, mais pas quelque chose de plus petit.» Secrétaire général du TCS, Philippe Fuellemann est instructeur moto de longue date: «Je mets à profit mon expérience. La circulation est devenue plus dense, plus dangereuse. A l’approche d’une intersection, je ralentis. Je joue mon sixième sens.» (24 heures)
Créé: 02.07.2012, 07h09
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16 Commentaires
Motard moi-même (gros cube), je porte toujours mon gilet fluo jaune. De concert avec le feu de croisement, cela m'a déjà plusieurs fois sauvé une mise. Par contre : respecter les limitations est essentiel pour ne pas induire en erreur l'automobiliste qui veut bifurquer. Philippe Hauri a tort lorsdqu'il affirme que couper une priorité n'a rien à voir avec une vitesse excessive de la moto. Répondre
Il est vrai qu'il faut toujours faire plus attention au deux roues, ce que je fais au mieux tous les jours. Cependant, serait-il possible de lancer aussi une campagne pour les deux roues afin de rappeler que l'on ne dépasser pas par la droite?Trop souvent certain deux roues dépasse par la droite dans les carrefours ou les giratoires et surprenne l'automobiliste. Répondre
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