L’hélicoptère arrosera les vignes de Lavaux avec un produit presque bio

ViticultureLes vignerons ont décidé d’employer un mélange au lait maigre, en accord avec Air-Glaciers.

Après les essais de sulfatage aérien sans produit de synthèse menés au printemps dernier (ici le 28 mai à Villette), les vignerons de Lavaux ont largement soutenu le projet. Le nouveau mélange sera utilisé en 2016.

Après les essais de sulfatage aérien sans produit de synthèse menés au printemps dernier (ici le 28 mai à Villette), les vignerons de Lavaux ont largement soutenu le projet. Le nouveau mélange sera utilisé en 2016. Image: FLORIAN CELLA

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Adieu les épandages chimiques. Bienvenue, dès le printemps prochain, de fin mai à la mi-août, au traitement aérien du vignoble sans produit de synthèse (SPS) contre les deux maladies que sont le mildiou et l’oïdium. Après des essais concluants, les viticulteurs des régions sulfatées par hélicoptère, Cully, Villette, Saint-Saphorin et Chardonne, ont décidé d’adopter un mélange formé de soufre, de cuivre, d’un extrait d’algue brune, de bicarbonate de potassium et de phosphonate de potassium. Du lait maigre est ajouté, notamment pour éviter que la substance ne soit lessivée à la première pluie.

«Tournant historique»

Forts de ce choix commun, les Vaudois ont rencontré jeudi leur partenaire Air-Glaciers, qui leur a garanti l’usage d’un appareil dédié aux épandages sans produit chimique afin d’éviter tout mélange. Ils peuvent aussi compter sur la collaboration d’un pilote bon connaisseur du terrain. Vigneron à Chexbres, Constant Jomini n’hésite pas à parler de «tournant historique». Les Valaisans utilisent certes déjà ce traitement au produit lacté sur une centaine d’hectares. Mais à Lavaux, la surface d’épandage de 335 hectares située entre Lutry et Vevey amène la technique à un niveau d’emploi bien supérieur.

Le traitement aérien, introduit à Lavaux à la fin des années 1970, provoque les critiques d’habitants qui craignent les débordements nocifs, ainsi que des écologistes. A la fin des années 1990, les vignerons intéressés par une production intégrée davantage respectueuse de l’environnement ont introduit des produits plus doux.

Au moyen de nouvelles substances non pénétrantes, les viticulteurs anticipent la promulgation attendue de normes fédérales plus sévères. Dont le but est de protéger les habitations, les cours d’eau et les forêts des risques d’empiétements des épandages aériens. «Nous sommes menacés de ne plus pouvoir traiter les vignes par hélicoptère si nous continuons à employer des produits de synthèse», relève Nicolas Pittet, vigneron à Aran.

Hélico indispensable?

Lavaux pourrait évoluer encore en obtenant une reconnaissance officielle de traitement bio. Ils doivent se contenter d’un presque bio. Sur les six éléments du produit conçu par la société valaisanne Agribort Phyto, un seul n’est pas homologué: le phosphonate de potassium, un dérivé minéral (voir ci-contre). «Nous sommes en discussion avec Bio Suisse. Des traces minimes, bien au-dessous des normes de sécurité de la consommation, ont été découvertes dans les plantes. On ne sait pas si elles proviennent du sol ou du produit de traitement», déclare Gérald Vallélian, syndic de Saint-Saphorin et vigneron qui applique la culture bio labellisée sur une partie du domaine des Faverges.

Afin de paraître parfaitement écologiques, pourquoi ne pas renoncer totalement à l’épandage par hélicoptère? «En raison surtout de la configuration du terrain», répond Constant Jomini. Les pentes de Lavaux sont en effet escarpées. Il faudrait engager de nombreux ouvriers dans des conditions difficiles. «En outre, le traitement par hélicoptère est beaucoup plus rapide: 100 hectares en quatre heures pour une machine. Quatre matinées suffisent pour la totalité de la surface», ajoute-t-il. Le coût au m2 de l’épandage aérien se situe entre 25 et 30 centimes, alors que la rétribution du traitement terrestre se monte à 35 centimes par m2.

Mais que dire de la pollution du moteur et de la consommation de kérosène? Les vignerons mettent en avant l’utilisation plus rationnelle du produit de traitement grâce aux technologies modernes. L’hélicoptère est en effet équipé d’un GPS qui affiche avec exactitude la surface traitée sur un écran tactile. Cette précision permet une économie de 10% à 20%. (24 heures)

Créé: 11.12.2015, 18h17

A Chexbres, les vignerons représentants des quatre régions de Lavaux: Gérald Vallélian et Constant Jomini (Saint-Saphorin), Philippe Baehler (Cully), Michel Neyroud et Jean-Michel Taverney (Chardonne), Nicolas Pittet (Villette). (Image: Philippe Maeder)

Incertitudes autour du phosphonate de potassium

«Sur les six substances utilisées, seul le phosphonate de potassium n’est pas homologué en bio», admet Pascal Roduit, responsable technique chez Agribort Phyto, la société valaisanne qui a concocté le produit employé par les vignerons de Lavaux. «L’extrait d’algue brune n’a été reconnu qu’en février», ajoute-t-il. Si le phosphonate de potassium, un extrait minéral efficace contre le mildiou, fait débat, c’est parce qu’on en trouve des traces minimes dans les plantes. «Des tests auront lieu en 2016 afin de déterminer si ces traces proviennent du sol ou si elles trouvent leur origine dans le traitement», ajoute-t-il. Selon Dominique Lévite, spécialiste des vignobles à l’Institut de recherche de l’agriculture biologique, à Frick (AG), «des traces ont été décelées à un niveau non nocif. On dit que la toxicité du phosphonate de potassium serait équivalente à celle du sel de cuisine. Il est accepté en bio en Allemagne mais il est différemment apprécié ailleurs. Ce n’est pas facile de trancher.» Cet expert salue par ailleurs «la démarche vertueuse» des vignerons de Lavaux: «Le produit pour lequel ils ont opté est meilleur que les produits chimiques qui ne sont pas en cohérence avec l’environnement.» Mais pourquoi ne pas se passer du phosphonate de potassium? Il permet d’éviter un dosage trop élevé en cuivre. Selon un article publié sur le site bioactualites.ch, «le cuivre en grandes quantités peut constituer un problème entre autres pour les cultures annuelles, pour la microflore du sol et pour la faune aquatique (le cuivre peut parvenir dans les eaux de surface par l’érosion)».

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