La justice vaudoise défend son action antiterroriste

Lutte contre le djihadismeLes responsables des arrestations des 23 et 24 juin, à Lausanne et à Aubonne, ont-ils «surréagi»? Ils invoquent la sécurité publique.

Deux personnes soupçonnées de terrorisme ont été arrêtées dans l'ouest lausannois et à Aubonne le 24 juin, puis relâchées. Les responsables vaudois répondent à leurs avocats remontés. Un troisième homme est toujours en prison.

Deux personnes soupçonnées de terrorisme ont été arrêtées dans l'ouest lausannois et à Aubonne le 24 juin, puis relâchées. Les responsables vaudois répondent à leurs avocats remontés. Un troisième homme est toujours en prison. Image: Image d'illustration/Keystone

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Un Suisse né en Serbie, âgé de 33 ans, arrêté dans un hôtel du sud de Lausanne en possession de bouteilles remplies d’essence et de morceaux de tissu pouvant servir de mèches. C’était le vendredi 23 juin. Samedi 24, un Franco-Algérien de 29 ans est interpellé dans l’Ouest lausannois. Le même jour, un troisième homme, un Tchétchène de 31 ans, est coffré par le DARD, unité d’élite de la police cantonale, sur le parking de l’Outlet d’Aubonne, en compagnie de son épouse, rapidement relâchée.

Tous trois musulmans, ils sont soupçonnés de préparatifs à caractère djihadiste. Mais les deux derniers sont sortis de prison après cinq jours. Signe que la police et la justice ont «surréagi»? Le Ministère public vaudois, responsable du début de l’enquête pénale avant de la transférer aux procureurs fédéraux, donne sa version des faits.

«La décision du procureur a été prise après analyse d’éléments strictement factuels. Cette analyse s’est conclue par une pesée entre la protection de la population contre d’éventuels actes mettant la sécurité du public en danger et l’atteinte inévitable aux droits individuels des personnes visées par l’action des autorités de poursuite pénale. Une telle analyse et cette pesée doivent être faites rapidement», déclare le procureur général Eric Cottier, qui ajoute: «De mon point de vue, décider qu’il faut interpeller sans délai deux personnes en contact étroit avec celui chez qui l’on a trouvé un matériel comprenant, entre autres, tout ce qu’il faut pour confectionner des cocktails Molotov me paraît absolument correct de la part du procureur.»

«La décision d’intervenir a été prise dans un souci de protection de la population. La mise en œuvre est immédiate, quel que soit le lieu de situation des intéressés.»

N’était-il pas possible de procéder à une interpellation ailleurs que sur le parking bondé d’Aubonne? La police cantonale affirme n’avoir pas le droit de donner des détails. Toutefois, relève le porte-parole Jean-Christophe Sauterel, «pour la police cantonale, il y a avant tout une responsabilité liée à la sécurité publique. La décision d’intervenir a été prise dans un souci de protection de la population. Une fois qu’une telle intervention est décidée, sa mise en œuvre est immédiate, quel que soit le lieu de situation des intéressés.» Les avocats des deux personnes relâchées exigent des explications plus précises. Ils réclameront des indemnisations.

Le Tchétchène arrêté à Aubonne, père de deux enfants de 2 et 4 ans, avait fréquenté le gymnase du soir en même temps que l’homme aux cocktails Molotov. S’il a tenté à huit reprises d’appeler le Suisse d’origine serbe, c’est en raison d’un repas agendé le vendredi soir, assure son avocat, Me Sébastien Thüler.

Quant au Franco-Algérien, il a pratiqué deux fois le tir en stand, une fois avec un collègue, une autre fois seul. Selon son avocate, Me Aline Bonard, le stand l’avait signalé à la police «parce qu’il était barbu et avait un passeport français». L’homme aux cocktails Molotov lui a envoyé un SMS: «Quand je serai en prison, tu pourras me garder quelques trucs», selon une information de la RTS. Il s’agirait de cahiers où le Suisse d’origine serbe consignait ses pensées, explique Me Bonard. Les deux hommes relâchés ne se connaissaient en revanche pas.

L’homme aux cocktails Molotov est décrit comme souffrant d’un trouble mental. Une expertise psychiatrique est prévue. Cet ancien chrétien orthodoxe converti à l’islam séjournait dans un hôtel où les services sociaux placent des personnes en difficulté. Il avait brisé une vitre avant son arrestation. Aux enquêteurs, il a déclaré: «Je ne parle pas aux bourgeois.» Cela ne sonne guère djihadiste. Mais les policiers ont découvert un Coran, des plans de villes suisses, un manuel de guérilla urbaine et d’anciens billets d’avion pour la Turquie et pour l’Egypte. Les procureurs fédéraux, eux, gardent le silence sur l’enquête qui se poursuit. (24 heures)

Créé: 14.07.2017, 18h07

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