Les courtiers bidons payaient une dette de poker

JusticeDes démarcheurs d’assurance-vie pas très nets occupent depuis lundi le Tribunal de Nyon.

Le Tribunal de Nyon.

Le Tribunal de Nyon. Image: PHILIPPE MAEDER

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Il paraît que l’affaire a servi de leçon aux compagnies d’assurances-vie, qu’elles ont depuis revu leur système de rémunération des démarcheurs. Entre octobre 2013 et janvier 2014, une dizaine d’entre elles avaient en effet versé ensemble plus de 470'000 francs de commissions indues à de drôles de courtiers pour des contrats bidons. L’arnaque a porté sur 133 clients, certains s’étant vu attribuer jusqu’à dix polices d’assurance. Leurs ennuis, désormais réglés, ne sont rien à côté de ceux que risquent deux de ces démarcheurs pas très nets qui comparaissent en correctionnelle à Nyon depuis lundi.

Le principal accusé, Gianni*, un quadragénaire italien au permis C, affirme que tout s’est mis en place autour d’une table de poker: «J’avais accumulé une grosse dette de jeu, environ 160'000 francs. On m’a encouragé à réanimer ma S.à.r.l. de courtage que je tenais en sommeil afin de gagner de quoi rembourser.» Pourquoi pas. Sauf que l’individu qui fait cette suggestion entend organiser lui-même le démarchage avec des gens à lui. Et les contrats se mettent à pleuvoir chez l’Italien, qui les transmet aux compagnies d’assurances, toutes heureuses de cette productivité.

Pigeons

Gianni admet qu’il ne vérifiait pas systématiquement la conformité des propositions signées remises dans sa boîte à lettres avant de les transmettre aux assureurs. Il aurait dû. Reste à savoir s’il était au courant de la combine, qui consistait à faire croire au pigeon que celui-ci participait à un grand concours avec un voyage de rêve à la clé, que les trois premiers mois de primes lui étaient offerts et qu’il pouvait résilier le contrat quand il le voudrait.

L’enquête et le tribunal auraient bien voulu connaître le mystérieux instigateur rencontré au poker. Gianni indique un nom à consonance balkanique, décrit un personnage d’âge mûr, mais il soutient ne connaître ni l’adresse ni le numéro de téléphone du monsieur. Il explique: «Quand l’argent des commissions a commencé à arriver sur mon compte, je le retirais en cash à la banque et lui en donnais la moitié de main à main.» Le président lui demande s’il ne pense pas qu’il y a un contrat sur sa tête. Il répond calmement: «Non, mais je crains des menaces corporelles.»

Un jeune Kosovar de moins de 30 ans comparaît aux côtés de l’Italien pour avoir participé à cette vaste arnaque. «Moi je ne connais rien à l’assurance, explique-t-il. J’ai été contacté par un type au MAD qui m’a demandé si je voulais gagner facilement de l’argent légal, 200 à 300 francs par contrat. Mais je n’ai jamais rien touché! J’étais naïf.» On lui reproche une dizaine de contrats bidons décrochés auprès de proches et d’amis. «Je n’ai pas voulu les entuber, se défend-il. Ce n’est pas de ma faute s’ils n’ont pas bien lu ce qu’ils ont signé.» Et de préciser: «Je n’ai rencontré Gianni qu’une fois, devant sa porte, en compagnie de son associé. J’ai compris que l’Italien était le patron. On m’a dit que moins je le verrais, mieux ça vaudrait.»

Pour ajouter à la confusion, une des personnes arnaquées est venue déclarer qu’elle n’avait pas signé elle-même les propositions d’assurance qu’on lui a mise sous le nez au tribunal.

D’autres affaires

Cette invraisemblable histoire se corse encore d’une arnaque chez Fust et Migros, rayon électronique. En été 2013, Gianni, utilisant la raison sociale de sa société de courtage exempte de poursuite, obtient de se fournir sur facture dans ces commerces. Alors qu’il est à l’aide sociale, il peut acheter, sans les payer, pour plus de 50'000 francs d’ordinateurs, d’iPad et d’iPhone. Il a affirmé lundi que c’était pour équiper la société qu’il voulait relancer, avant d’admettre qu’il les remettait à son mystérieux collaborateur pour diminuer sa dette de jeu.

Seul Gianni comparaît à Nyon entre deux gendarmes, chevilles entravées. Il est incarcéré depuis mai 2016 pour une autre affaire qui aggrave son cas. Alors qu’il vivait d’un trafic de marijuana, il s’est fait prendre pour avoir participé, le 21 mars, en tant que chauffeur, au braquage d’une station-service à Corseaux par deux jeunes hommes armés d’un pistolet à air comprimé. Verdict prochainement.

* Prénom fictif (24 heures)

Créé: 20.03.2017, 19h33

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