Les plumes se bousculent au pied du Jura

MontricherPrès de 900 écrivains du monde entier espèrent séjourner dans une des cabanes de la Fondation Jan Michalski.

Les cabanes de la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature accueilleront bientôt leurs premiers résidents. Ils sont 874 à avoir postulé pour la première session.

Les cabanes de la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature accueilleront bientôt leurs premiers résidents. Ils sont 874 à avoir postulé pour la première session. Image: VANESSA CARDOSO

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On le voit de loin, mais on ne connaît pas forcément ses secrets. C’est un chantier de longue haleine qui s’apprête à vivre une étape décisive de son existence. Le 5 avril, quelques écrivains privilégiés – sur 874 candidatures enregistrées en provenance du monde entier – prendront leurs quartiers dans les sept cabanes construites à leur intention, pour y mener à bien un projet d’écriture.

«La Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature a été créée à l’image des forêts qui dévalent les pentes du Jura pour mourir au milieu du béton de nos villes», sourit Pierre Lukaszewski, dont l’humeur est à la philosophie à quelques semaines de ce rendez-vous attendu.

«Les nombreux piliers de béton de la fondation représentent les troncs des arbres»

Depuis plusieurs semaines, les petites maisons de béton, de bois, de métal et de verre voient progressivement le jour, après deux ans de travaux. «Les nombreux piliers de béton de la fondation représentent les troncs des arbres, poursuit Pierre Lukaszewski. Le plafond ajouré, c’est l’étage supérieur de la forêt, la canopée. Et les petites cellules, suspendues par des élingues métalliques et posées sur des socles, représentent les cabanes dans les arbres». S’il ne les révèle pas encore, le directeur connaît déjà le nom des futurs résidents du site. Ils y séjourneront entre 15 jours et six mois.

«Nous ne voulions pas que les cabanes soient identiques», explique Pierre Lukaszewski. D’une surface de 30 à 50 m2, les habitations ont été conçues comme des petits studios par des architectes de plusieurs pays. Chacun avait la liberté de concevoir sa cabane comme il l’entendait, avec un dénominateur commun: se servir des matériaux communément utilisés sur le site (bois, béton, métal, verre) et intégrer dans le local une petite cuisine, une chambre, un lieu de travail et une salle à manger.

Projet inédit

Sept cabanes sur les onze sont destinées à des écrivains. Les quatre autres ont été construites pour y aménager des bureaux, une salle de réunion, une salle à manger vitrée pour le personnel de la fondation et les futurs résidents, ainsi qu’une conciergerie. Cette dernière sera livrée cet été, mais les cabanes des écrivains seront prêtes avant. «Nous avions commencé les constructions en 2009 avec un premier plan partiel d’affectation (PPA). En 2013, nous nous sommes rendu compte que nous avions dévié de ce PPA. Le Service du développement territorial nous a alors demandé de faire un second PPA pour régulariser les constructions», explique Pierre Lukaszewski. Les travaux de ces cabanes avaient démarré en 2014 et se termineront cet été.

Résidents sans contraintes

Le cahier des charges des écrivains est peu contraignant, car le but est qu’ils soient débarrassés des contraintes matérielles. A l’image des refuges de montagne, ou même des cabines de bateau, les cabanes de la Fondation Jan Michalski ont été imaginées comme des «refuges dans un océan de précarité». L’écrivain suspend sa course quelque temps pour booster sa créativité entre ciel et terre.

Les futurs résidents auront la liberté de rester seuls ou de fraterniser avec les autres écrivains, de sortir dans la forêt ou de prendre le train pour se rendre en plaine. Ils recevront 1200 francs net par mois en plus d’être nourris, logés et blanchis. «L’unique contrepartie que nous leur demandons, c’est qu’ils s’insèrent dans la fondation et qu’ils participent éventuellement aux événements. Nous n’avons aucun droit de regard sur leurs œuvres. Et ils n’ont pas l’obligation stricte de résultat», précise le directeur.

Succès phénoménal sans publicité

Le moins qu’on puisse dire est que ces conditions ont fait tout leur effet dans le milieu littéraire depuis le lancement de l’appel en septembre: seule une trentaine des 874 dossiers pourra être retenue pour l’année 2017. «Nous avons été surpris et débordés par ce tsunami de candidatures. Nous n’avions fait aucune publicité, juste une annonce sur notre site Internet.» Désormais, il est question d’organiser une nouvelle session de recrutement chaque automne.

Le comité de la fondation a sélectionné les candidats en fonction de la qualité de leur projet, de la durée de leur séjour, d’un souci d’équilibre entre les confirmés et les jeunes écrivains, de leur répartition géographique et de la pluralité linguistique. Certains auteurs viennent en tant qu’individu, tandis que d’autres se succéderont pour un même projet. Par exemple, pour la création d’un ouvrage de photolittérature. Les lauréats seront désignés à la fin du mois. (24 heures)

Créé: 10.02.2017, 06h41

Lien étroit avec le village

«Passé la surprise du bâtiment, les habitants ont compris que nous n’étions pas une contrainte envahissante, mais une valeur ajoutée», souligne le directeur quand il évoque le lien du site avec le village de Montricher, situé à quelques centaines de mètres. «La fondation s’efforce de faire fonctionner l’économie locale. Un tiers du personnel habite, par exemple, à Montricher. Les artisans et les restaurateurs proviennent également du village ou de ses environs. Les écoliers sont également impliqués lors d’ateliers organisés à leur intention.»

Rappelons que le projet est dû à l’éditrice et mécène Vera Michalski, qui habite à deux pas.

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