Un couple rollois célèbre 30 ans de lutte pour la cause des Indiens

Patrimoine immatérielDepuis 1986, l'ONG Traditions pour Demain aide les Amérindiens à consolider leur identité culturelle.

Christiane et Diego Gradis, fondateurs de Traditions pour Demain, avec un costume traditionnel mexicain.

Christiane et Diego Gradis, fondateurs de Traditions pour Demain, avec un costume traditionnel mexicain. Image: Patrick Martin

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«Nous avons fondé Traditions pour Demain deux mois avant notre mariage, pour que les cadeaux des amis permettent de financer nos premiers projets d’entraide en Amérique centrale», racontent Christiane et Diego Gradis dans leurs bureaux, à Rolle. Trente ans ont passé. Trente années où chaque jour de leur vie a été consacré à la cause des peuples autochtones amérindiens. Bénévolement. Une exposition de photos se tient dès demain à Morges* et d’autres événements marqueront cet anniversaire en 2016, tant à Genève qu’à Paris et en Equateur.

Tout a commencé au Salvador, au début des années 1980. Déléguée du CICR dans ce pays en pleine guerre civile, Christiane Johannot est choquée par les conditions de vie endurées par les Indiens. «Au départ, on m’a même dit qu’il n’y avait pas d’Indiens au Salvador. J’ai découvert qu’ils cachaient leur identité pour éviter d’être persécutés. Alors on les a cherchés, on les a trouvés et on les a aidés. Aujourd’hui, tout n’est de loin pas résolu, mais il existe un Secrétariat d’Etat pour la question indigène.»

«La culture n’est pas un but, mais un moyen»

La démarche de l’ONG rolloise, qui s’est construite dans des situations de conflit ou d’après-conflit, est probablement unique au monde. «Notre mission n’est pas de sauvegarder des biens culturels, mais de permettre aux peuples autochtones de se réapproprier leur identité et leur dignité au travers de leur culture, explique Diego Gradis. La culture n’est donc pas un but, mais un moyen.»

Les conditions des indigènes ont évolué. On ne massacre plus les Indiens. Leurs droits sont souvent officiellement reconnus. Mais pas assez appliqués. La discrimination est encore très présente et la globalisation menace leur identité culturelle. La question indienne est récupérée en politique. Et le tourisme en fait souvent une attraction commerciale avilissante…

700 projets soutenus

Depuis 1986, Traditions pour Demain a soutenu 700 projets dans une douzaine de pays, du Mexique au Chili. La nature de ces projets a évolué au cours du temps. «Au début, on fournissait quelques instruments de musique et costumes traditionnels aux communautés qui avaient tout perdu dans la guerre. Cela coûtait 3000 dollars et on discutait avec le chef du village. Aujourd’hui, un projet peut coûter 100 000 dollars, et nous nous appuyons sur des structures indigènes bien organisées.»

«Par notre intermédiaire, il arrive que l’Unesco sensibilise un gouvernement sur la cause indienne»

Parallèlement au travail accompli sur le terrain, l’ONG est aussi active au sein des institutions internationales comme l’Unesco et l’OMPI. «Par notre intermédiaire, il arrive que l’Unesco sensibilise un gouvernement sur la cause indienne. Au fil des ans, Traditions pour Demain a acquis une certaine crédibilité qui porte ses fruits», affirme le couple. Bilan positif, donc. Mais qui reste très nuancé selon les pays. Traditions pour Demain a encore toute sa raison d’être.

* Exposition de photos de Slawo Plata «Dans les Andes, les Amérindiens vivent leurs traditions» à voir à Morges, Espace 81 (Grand-Rue 81), du 26 mai au 13 juin. (24 heures)

Créé: 24.05.2016, 20h00

Trois exemples de projets en cours

Aide à l'éducation des Mayas Un bel exemple de la manière dont l’ONG Traditions pour Demain peut se greffer sur un projet local pour le valoriser: au début des années 1980, en plein cœur du conflit qui a meurtri le Guatemala, des écoles se créent dans des villages mayas pour pallier les insuffisances du service public de l’éducation. En 1994, elles fondent l’association ACEM pour dynamiser le réseau. «Tout cela était constructif, mais en vase clos, analyse Diego Gradis. Contactés, nous avons permis la diffusion de ce travail vers l’extérieur par un site, un film et la distribution de mille affiches du calendrier maya.» Le projet a obtenu la reconnaissance de l’Unesco.

Une émission TV kichwa En 2011, les jeunes de l’Association des producteurs audiovisuels kichwas d’Otavalo (Equateur) réalisent Mindalae, un documentaire sur les migrants d’Otavalo, que Traditions pour Demain, avec l’Unesco, a aidés à produire et à diffuser. Après, l’ONG rolloise a décidé de financer la production hebdomadaire de l’émission de télévision Bajo un mismo sol (Sous un même soleil), qui montre la vie sociale et la diversité de la culture kichwa. L’émission couvre aussi la côte pacifique et ses populations afros et métisses, ainsi que l’Amazonie avec ses problèmes d’extraction du pétrole. L’ONG soutient aussi un journal local en kichwa, Winay Kawsay.

Reconstruire après la guerre Traditions pour Demain avait suspendu ses activités en Colombie à cause du conflit. L’ONG a relancé des projets, dont un à Marialabaja, où les combats ont laissé des plaies profondes. «Des villages habités par des Afro-descendants ont été décimés, raconte Diego Gradis. Ces gens, souvent des paysans, ont été déplacés. Ils ont perdu leurs repères, alors qu’il est déjà difficile d’être Noir et paysan. Nous les aidons à reconstituer ce terreau d’identité collective au travers d’expressions culturelles comme la musique et la danse. Les jeunes organisent des ateliers, produisent des CD et des DVD, et recréent ainsi un cadre de vie serein…»

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