A Nyon, la création se joue du handicap mental

Economie socialeUn atelier de design professionnel emploie des jeunes en situation de handicap. Une démarche pionnière en Suisse.

Ursula Kvenzi, à gauche, est l'une des créatrices de Sweet Rebels. Elle a le soutien d'Alev Demir, stagiaire au sein de la structure.

Ursula Kvenzi, à gauche, est l'une des créatrices de Sweet Rebels. Elle a le soutien d'Alev Demir, stagiaire au sein de la structure. Image: Odile Meylan

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Autour de la grande table, une drôle d’équipe travaille à la création des futures contreparties que recevront les donateurs d’une prochaine campagne de financement participatif. Guidés par deux professionnels, quatre jeunes doivent imaginer la forme, le design et le slogan pour ces cadeaux. Tous souffrent d’un handicap mental plus ou moins prononcé et certains sont résidents dans des institutions, à Lavigny ou à l’Espérance à Etoy. Ensemble, ils forment le studio professionnel de design Sweet Rebels, qui vient d’ouvrir ses portes à Nyon.

Le projet est né de la rencontre entre le designer Yves Portenier et Isabel Montserrat, qui a fait carrière dans l’art et l’horlogerie, notamment. Au sein de leur agence de communication et de publicité Twist, ils ont développé la responsabilité sociale en entreprise, une discipline dans laquelle Isabel Montserrat a terminé une formation récemment. Mais les deux compères voulaient aller plus loin que les mots et mettre en pratique leurs valeurs. Ils ont alors repris un concept né à Barcelone qui a donné naissance à Sweet Rebels en fin d’année dernière.

«Nous souhaitons utiliser les capacités particulières de nos jeunes dans le domaine du graphisme», explique Yves Portenier. Dans les faits, Sweet Rebels – «doux rebelles» en français – pousse l’intégration sociale des membres de son équipe très loin. Pas de maîtres socioprofessionnels dans les locaux de l’atelier. L’équipe est libre dans sa phase de création. «J’ai gagné en confiance depuis que j’ai intégré Sweet Rebels, admet Caroline Faivre. Je me suis épanouie en pouvant montrer mes compétences pour le dessin. Cette activité est très valorisante.»


Le graphisme d'une bouteille de vin, tel que pensé par l’équipe.


Avec ses camarades, elle rejoint par ses propres moyens, deux après-midi par semaine, les locaux de la route de Saint-Cergue à Nyon. «Il y a une volonté d’autonomisation de l’équipe, explique Isabel Montserrat. Et symboliquement, le trajet jusque dans nos locaux est important. Ils doivent avoir l’impression d’aller au travail.»

Une fois réunis dans la salle de création, ils participent à une séance de brainstorming sur des thèmes choisis par les deux professionnels. Un stagiaire, étudiant en fin de cursus dans le domaine des arts visuels appliqués, est aussi présent. «Nous prenons ce qui se passe au gré des idées des participants. Ce qui ressort n’est pas toujours ce que nous avons imaginé», reconnaît Yves Portenier. Le designer reconnaît que la confrontation à la créativité du groupe bouscule les habitudes et les certitudes acquises durant sa carrière.

Ensuite, les quatre jeunes designers dessinent et parfois écrivent. L’ensemble de la production de la séance est finalement réuni. Les professionnels s’en servent pour reconstruire des visuels atypiques et forts en identité. Le produit final ressemble à de l’art brut, très épuré et un peu enfantin mais joyeux.

Partout en Suisse

Quelques sociétés en ont déjà profité, comme la marque de boissons valaisanne Opaline, qui a confié à Sweet Rebels la conception visuelle de sa nouvelle limonade destinée au marché suisse. Le Lions Club La Côte lui a confié l’élaboration d’un livret pour ses 50 ans. «On a l’habitude de communiquer avec beaucoup de mots, remarque André Poulie, membre du club service. La proposition de Sweet Rebels a l’avantage d’être pointue, directe, fraîche et originale. C’est la quintessence du message.»

L’autre grand atout de la production de Sweet Rebels est l’impact social. Les sociétés qui travaillent avec l’atelier nyonnais peuvent en effet communiquer sur la démarche qui a conduit à sa production.

Reste que Sweet Rebels n’est pas viable pour le moment. «Nous sommes à la recherche de mandats pour réussir à autofinancer le projet», souligne Yves Portenier. Aujourd’hui, les deux professionnels font du bénévolat et investissent les bénéfices de leur agence dans la démarche sociale. C’est pourquoi une campagne de financement participatif devrait être bientôt lancée.

(24 heures)

Créé: 20.05.2016, 09h26

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