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250 ans dans la vie des Vaudois

1799: Marchands de verre arrêtés

Par Michel Rime. Mis à jour le 22.02.2012

Les actes d’un procès pour vol montrent la précarité d’un petit groupe de vendeurs ambulants.

1/4 Cette frise de caricatures gravées anglaises montre les lendemains d'hier d'une folle nuit de la bonne société. Elle annonce la bande dessinée que le Genevois Töpffer crée trente ans plus tard.
Image: LIBRARY OF CONGRESS

Marchands de verre arrêtés

   

Cette année là...

Mars?Les troupes françaises et autrichiennes s’affrontent dans les Grisons. Les soldats suisses d’élite sont mobilisés.

4 juin?Vainqueurs de la première bataille de Zurich, les Autrichiens occupent la Suisse centrale, divisant le pays en deux.

26 septembre?Les Français reprennent Zurich. Sous leur «protection», la Suisse retrouve unité et paix.

16 octobre?Bonaparte, qui a quitté l’Egypte, arrive à Paris.

9 novembre?Coup d’Etat: Bonaparte renverse le Directoire et devient premier consul.

Le Haut-Valais est dévasté

En avril 1799, les Haut-Valaisans prennent les armes. Ils digèrent mal l’indépendance acquise par le Bas, autrefois sujet, et les bouleversements induits par le rattachement du canton à la République helvétique.

Un an plus tôt, ils avaient déjà marché sur Sion, avant d’être repoussés. La deuxième insurrection est suivie d’une répression féroce: entre mai et juillet 1799, l’armée constituée de troupes françaises, vaudoises et bas-valaisannes dévaste la région.

Des femmes sont violées, des hommes noyés dans le Rhône, des blessés achevés, alors que les villages sont pillés et incendiés.

gsd

La pierre de Rosette sera la clé de l’énigme


Une découverte capitale pour la compréhension
des hiéroglyphes



En juillet 1799, un officier français participant à la campagne d’Egypte remarque un bloc de pierre noire, haut de plus de 1?mètre, couvert d’inscriptions. Les scientifiques comprennent l’importance de la pierre, qui pourrait donner la clé de l’énigme de l’écriture égyptienne. Elle porte en effet un même texte, gravé trois fois en 196 av. J.-C.: en hiéroglyphes, l’écriture des prêtres, en démotique, la langue courante, et en grec, langue de l’administration.
Baptisée pierre de Rosette (nom français de la ville de Rashid, où elle fut découverte), elle est emmenée par les Anglais victorieux. C’est donc en travaillant sur une copie que le linguiste Jean-François Champollion comprend le caractère à la fois alphabétique, symbolique et phonétique des hiéroglyphes, dont il réussit la traduction en 1822.

Gilles Simond


? (Image: Corbis )

Quatre femmes et deux hommes sont accusés de vol à Lausanne en février 1799. Devant le tribunal, ils déclinent leurs identités. Marie Marguerite Tévenard, née Brenau, 40?ans, est enceinte de son deuxième époux, un Lorrain. La fille de son premier mariage, Marie Perrin, 22?ans, l’accompagne. Le mari de celle-ci, Antoine Gavard, Savoyard barbu aux yeux bleus, est venu à Lausanne après avoir appris son arrestation et a été embastillé. Le groupe comprend aussi Marie-Françoise Bercher, 17?ans, de Chênes, près de Genève, Joseph Sourlier, 24?ans, né à Martigny mais originaire de Franche-Comté, et sa demi-sœur Marie-Antoinette Tissot, née Bourrelier, que son mari a abandonnée. La première est une SDF, «roulant de lieu en lieu pour vendre verre et faïence». Son époux a quitté Servion, où ils séjournaient, et doit se trouver du côté de Berne. Sa fille, blessée à l’épaule, est également marchande de verre. Avec son mari, elle vit ordinairement à Servion chez un médecin de 55?ans, rencontré l’été précédent. Marie a retrouvé sa mère à la foire de Vevey et lui a proposé de vivre ensemble «jusqu’après ses couches». Elle explique aux juges que les deux femmes voyagent avec trois enfants, «dont deux sont à Servion et le troisième à nourrice elle ne sait où».

Mouchoirs, fil et ciseaux

La plus jeune est célibataire et marchande ambulante. Dans une petite caisse d’ouvrier fermant à clé, elle transporte mouchoirs, jarretières, fil, couteaux et ciseaux. Elle souffre «d’un air levé à la main droite» et s’est rendue à Servion pour arracher des pommes de terre. Sourlier, qui fait le commerce de verres et de bouteilles, est marié et père de deux enfants en bas âge. Sa femme se trouve à Servion, mais habituellement il passe l’hiver près de Fribourg. Il demande à rejoindre sa famille au plus vite, car c’est la misère.

La dernière, enfin, explique que son époux et elle «se sont quittés en colère près d’Aarberg». Comme il souhaitait s’engager, il est passé du côté de Berne. A Servion, elle vit avec un Jean-Baptiste Laforêt, époux d’une marchande de verre et de faïence, presque toujours en déplacement. Le couple adultère durement jugé par son entourage est dit faire «beaucoup de dépenses à l’auberge de Servion». Marie-Antoinette finit par avouer des vols de pièces de tissu et innocente les autres.

Les six accusés vivotent et voyagent sans passeport ou s’embrouillent sur la question des papiers. Une déclare qu’elle les a jetés, «n’en ayant plus besoin». Un affirme avoir perdu son portefeuille et donc ses autorisations du préfet. Ils achètent leur marchandise au gré de leur route. Marie-Antoinette s’est rendue à Nyon pour se procurer de la faïence. Ils se retrouvent dans les foires et les fabriques. Leur vie est dure: ils sont mal logés, mal vêtus et mal nourris.

Un jupon pour se couvrir

La jeune Marie-Françoise déclare avoir «un jupon pour se couvrir parce qu’il neigeait et un tablier pour se protéger la tête». Elle dort généralement sur le foin dans des granges. Dans le détail de leur journée lausannoise, les femmes ont demandé de l’eau-de-vie dès le lever et ont acheté ensuite des poireaux et du café pour les consommer dans une pinte au Martheray.

Les colporteurs n’étaient pas bien vus. Après la Révolution française, LL.EE. de Berne détestaient tous ceux qui sautaient les frontières. Car leurs hottes et besaces pouvaient contenir des textes séditieux. Dans la République helvétique, une loi impose aux sous-préfets d’enregistrer les étrangers. En 1799, le district d’Aigle consigne 200?personnes.

La plupart sont venus d’Italie ou de l’ancien royaume de Sardaigne. Marchands et négociants représentent 40% des effectifs. On dénombre aussi une vingtaine de chaudronniers d’Ivrée dans le val d’Aoste, une dizaine de charbonniers de Villadossola, près de Domodossola, et six potiers ligures. Des voyageurs arrivent de Hambourg pour se rendre à Rome, ou du Tyrol avec destination l’Espagne. Tous ne sont pas aussi démunis que nos marchands de verre.

Source: De l’ours à la cocarde, Ed. Payot Lausanne, 1998 (24 heures)

Créé: 22.02.2012, 21h57

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