Les 250 ans de 24 heures
1920: Et Lausanne crée le Comptoir
Dossiers
Un premier «village nègre» avait attiré le chaland lors de l’Exposition nationale de 1896 à Genève. Rebelote au Comptoir de 1925. (Image: Musée historique de Lausanne)
Cette année-là...
10 janvier: Naissance de la Société des Nations à Genève. L’organisation internationale accueille 32 pays. Elle sera remplacée par l’ONU en 1946.
24 février: Hitler présente l’idéologie nazie au cours d’une réunion publique à Munich.
16 mai: L’Eglise canonise Jeanne d’Arc.
23 juillet: Le Kenya devient une colonie de la couronne britannique et le restera jusqu’en 1963.
31 juillet: L’avortement est strictement interdit en France.
13 décembre: Création de l’entreprise de bonbons Haribo.
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11 septembre 1920. En lisière de la ville, sur l’esplanade de Beaulieu, théâtre des manœuvres des cadets, de parades militaires, du Festival vaudois, d’un Tir fédéral, se dresse une halle flambant neuve, cintrée, en béton armé. Une foule endimanchée s’y presse. Avec son acolyte l’ingénieur Henri Muret, l’entreprenant régisseur Eugène Faillettaz (1873-1943), moustache et chapeau melon, savoure sa victoire en accueillant Giuseppe Motta, président de la Confédération, le conseiller fédéral Schulthess et le gouvernement vaudois. Coiffés au poteau en 1917 par la création à Bâle de la Foire suisse d’échantillons, les Lausannois ont obtenu grâce à l’arbitrage du Conseil fédéral que la muba ait lieu au printemps et leur Comptoir, désormais «suisse» lui aussi, en automne.
Tout avait commencé avec le profond marasme causé par la guerre. Faillettaz, président de la Société industrielle et commerciale de Lausanne, de la Chambre de commerce, bientôt créateur du Bureau industriel suisse (ancêtre de l’Office suisse d’expansion commerciale), était un grand connaisseur des foires médiévales. Il avait donc imaginé de stimuler l’économie en créant dans sa ville une institution héritière de celles de Lyon, de Leipzig, de Francfort… ou de Nijni Novgorod.
Plus modestement, le premier Comptoir vaudois d’échantillons installe ses 250 exposants aux Galeries du Commerce (futur Conservatoire de Lausanne), le 20 mai 1916. Le succès est tel qu’il est prolongé jusqu’au 20 septembre. En 1917, il se transporte au Casino de Montbenon. En 1919, décidé à pérenniser l’entreprise, Faillettaz fonde la Société coopérative du Comptoir Suisse.
L’admiration des Valaisans
L’essor est rapide, reconnu dans les cantons voisins. Ainsi, en 1924, le Confédéré de Martigny estime qu’avec ses 1200 exposants le Comptoir «paraît assuré du même succès que les précédents malgré ses répétitions annuelles et la réduction forcée de la part d’inédit que peut offrir une exposition périodique de ce genre». Le journal valaisan encourage son Canton à (s’)investir davantage: «Par la comparaison faite avec ce qu’exposent d’autres cantons plus éloignés que nous de Lausanne, la Suisse allemande et le Tessin, ne reste-t-il pas l’impression que le Valais pourrait, et devrait semble-t-il, intensifier sa participation au Comptoir de Lausanne. Comment arriverons-nous à donner toute notre mesure?»
Le président Faillettaz et le directeur Henri Muret – un des fondateurs de la Société romande de rationalisation – innovent constamment. En 1925, l’Exposition nationale d’agriculture de Berne les contraint à renoncer au marché-concours du bétail. Le Comptoir s’augmente alors d’une Foire internationale des produits coloniaux et exotiques et y installe… un «village nègre». Muret déclare: «La présentation du village a, outre le but attractif, une raison documentaire et de propagande commerciale, elle peut permettre à notre commerce et à notre industrie de susciter des besoins chez les peuplades de l’Afrique de façon à les inciter à produire davantage.» Une troupe sénégalaise est engagée.
«Un nombreux public assistait à leur arrivée et admirait ces superbes représentants de la race noire. A un spectateur qui contemplait nos «beaux nègres», le chef de la tribu, un imposant personnage, dit en un français impeccable: «Pardon, Monsieur, nous sommes des citoyens français.» (Tribune de Lausanne, 25 juin.) La troupe, installée dans des huttes, travaille en public. Les hommes sont tisserands, bijoutiers, tailleurs ou cordonniers, les femmes cuisinent, les enfants plongent dans le bassin où les visiteurs jettent des pièces de monnaie.
Par la suite, le caractère national du Comptoir est réaffirmé, l’ouverture se borne au pavillon d’un pays hôte d’honneur. La Journée officielle, toujours honorée par le président de la Confédération, devient le rendez-vous des mondes politique et économique. Et les caves le théâtre d’interminables libations, égayant l’imaginaire des Vaudois et inspirant à Gilles quelques savoureuses histoires. (24 heures)
Créé: 16.08.2012, 21h44
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