Chantier à Lausanne
«Démolir proprement un bâtiment provoque une sorte de plaisir»
Par Federico Camponovo. Mis à jour le 22.02.2012 26 Commentaires
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C’est un joujou jaune et vrombissant de 63 tonnes capable de lever sans coup férir 10 000 à 12 000 kilos et, à l’aide de ses cisailles (dont la plus lourde atteint 6000 kilos), de démolir un bâtiment avec la précision et la minutie d’un orfèvre. La pelle mécanique en question – Caterpillar est sa marque et 1 petit million sa valeur marchande – s’en prend depuis une semaine à la carcasse de l’immeuble construit en 1895 pour le docteur Oscar Rapin, le long de l’avenue de la Gare, à Lausanne.
Aux commandes de l’engin, dont le travail attire les badauds et aimante à leurs fenêtres les journalistes de 24 heures et du Matin, un virtuose de ce qui ressemble à une pince à sucre géante: Manuel Pinto, machiniste portugais originaire des environs de Porto, 60 ans dans quelques mois, manœuvre sa pelle mécanique avec une aisance déconcertante et une dextérité de chirurgien.
Au millimètre près
Aucun mur, aucune poutraison, pas le moindre plancher ne lui résistent, mais tout est fait, du moins en a-t-on le sentiment, au millimètre près, avec une sorte de douceur et de fluidité qui donnent l’impression que l’on assiste à une démolition au ralenti.
En dépit de son statut de «star» du chantier, confirmé par ses collègues qui le charrient, Manuel Pinton, simple et souriant, joue les modestes: «Démolir proprement un bâtiment provoque une sorte de plaisir, mais c’est vrai qu’il faut faire terriblement gaffe quand on pilote ce genre d’engin: gaffe aux autres ouvriers qui circulent tout autour, gaffe aux piétons qui s’arrêtent et aux éclats que la démolition peut provoquer. Heureusement, j’ai un excellent contremaître qui me donne les bonnes instructions et me dit où il faut intervenir. »
Le fruit de l’expérience
Contremaître ou pas, c’est Manuel Pinto qui est enfermé, seul dans sa cabine de commande, devant les deux joysticks, les deux manettes et les cinq pédales qui lui permettent de manœuvrer la pelle mécanique, son bras de 24 mètres de long et sa monstrueuse cisaille.
Comment diable fait-il pour repérer, depuis sa petite cellule protégée par des barreaux, la poutre couchée tout au sommet du bâtiment en ruine et que la pince s’en va saisir délicatement? «C’est le fruit de l’expérience, rien d’autre. Il n’y a aucune école qui vous apprend le métier de machiniste, dit-il. J’ai peut-être un don, mais j’ai commencé comme tout le monde en maniant la pelle à la main, sur les chantiers, d’abord en France, puis en Suisse. Etape par étape, j’ai fini par piloter l’engin d’aujourd’hui. »
Un engin dont il lâchera les commandes au mois de juillet prochain pour s’en retourner vivre au Portugal à l’heure de la retraite. «J’ai quitté le pays en 1970 pour travailler en France, puis en Suisse dès 1990, au sein de l’entreprise Michel. Mais il faut que vous sachiez, dit Manuel Pinto sans se plaindre, que ma femme ne m’a pas suivi: je n’ai donc pas vu grandir mon fils et ma fille, je ne vois pas grandir mes petits-enfants. Le temps m’a souvent paru très long. »
Dans quelques mois, la famille enfin réunie et quelques arpents de vignes permettront à Manuel d’oublier le fracas de la pelle mécanique et le temps de la solitude. Il pourra contemplera sa terre avec sérénité: pendant toutes ces années, aucun accident sérieux n’est venu assombrir une journée de labeur. (24 heures)
Créé: 22.02.2012, 08h35
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26 Commentaires
Démolir un batiment moche et de mauvaise qualité des année 60 ok mais un batiment aussi beau que celui la devrait etre source de honte plutot que de plaisir. Ces gens détruisent l'ame de lausanne. Répondre
Lausanne, une ville bientôt sans caractère.Le béton et le verre, cela se trouve partout, et c'est pas cher. Répondre


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