La Une | Mardi 21 mai 2013 | Dernière mise à jour 21:08
Tireur de Montbenon

«J’étais conscient de faire quelque chose de très grave»

Par Georges-Marie Bécherraz. Mis à jour le 11.06.2012 14 Commentaires

L’homme qui a tiré en 2011 en pleine rue à Lausanne sur une assistante de police et blessé aussi une automobiliste sidère le Tribunal

1/7 Il visait un uniforme: le tireur de Montbenon, au côté de son avocat, Me Mathias Burnand, est accusé de tentative d'assassinat
Image: VIJEM

   

Partager & Commenter

«Oui, j’avais décidé de me venger contre un uniforme.» Se venger de quoi? C’est la question centrale du procès du Suisse de 30 ans qui a ouvert le feu en pleine rue, le 26 février 2011, sur une assistante de police municipale.

Une véritable fusillade. Non seulement la représentante des forces de l’ordre a été grièvement blessée, mais aussi une avocate qui a eu le malheur de passer par là au volant de sa voiture. Ironie du sort, la scène se passait à côté du Palais de Justice de Montbenon où le jeune homme comparait depuis hier sous l’accusation de tentative d’assassinat et de lésions corporelles graves.

Les explications données par le tireur révèlent une personnalité aussi complexe qu’inquiétante. Vendeur de formation, l’intéressé voulait devenir policier comme son frère. Recalé, il avait tenté d’entrer dans la maréchaussée par ce qu’il considère comme la petite porte: celle des assistants de police. Il pratiquait le tir sportif au stand du Mont-sur-Lausanne avec un pistolet Beretta 8000 Cougar G.

La police voulait le tester
«Ce matin-là, j’ai trouvé dans ma boîte une lettre de la police qui me convoquait pour passer des tests pour assistant. Je n’y croyais pas. Je doutais de mes capacités. Cela m’a fait perdre tous mes moyens.» Sa nervosité grimpe quelques heures plus tard, lorsqu’il se rend à la poste pour faire des paiements. Il ne supporte pas de devoir laisser passer septante-trois personnes avant son tour. «Les employés travaillaient trop lentement. Cette file m’a énervé.»

Il rentre chez lui au volant de sa BMW. Dit avoir décidé d’aller s’entraîner au stand et emporte son pistolet et cinquante cartouches. Pourquoi s’arrête-t-il à Montbenon? «Je voulais acheter de la graisse pour arme.» Il y a certes un armurier pas loin, mais ce n’est pas là qu’il se dirige. Il quitte son véhicule avec, en poche, son arme chargée ainsi qu’un chargeur plein de réserve. Il marche droit vers une contractuelle qui lui tourne le dos.

Parvenu à une trentaine de mètres, il se met en position de tir, tenant le pistolet à deux mains. Il fait feu à cinq reprises («Je visais les jambes»). Jusqu’à ce que la femme s’effondre, touchée de deux balles. «J’étais conscient de faire quelque chose de très grave.» Il ne réalise pas avoir atteint une autre personne, tandis qu’une autre balle va briser une vitrine à 200 mètres de là. Puis il monte dans sa BMW et rentre à la maison.

Entre amour et haine
«Comment vous sentiez-vous après cela?» s’enquiert le procureur général Eric Cottier? «J’ai essayé de me détendre. J’ai vu sur internet qu’il y avait deux victimes. J’ai dit à un copain ce que j’avais fait. J’étais mal.» Il se rendra à la police le lundi à 3 heures du matin («car j’avais des réponses à leurs questions»).

Mais il admet avoir craint une arrestation mouvementée, la rumeur s’étant répandue selon laquelle le suspect avait été découvert. Aux enquêteurs, il affirmera s’en être pris à une assistante de police pour se venger des amendes reçues alors qu’il était en difficulté financière. Amour et haine d’une profession qu’il convoitait et dont il a dit que ce sont «des flics ratés».

Risque de récidive
Les experts psychiatres qui l’ont examiné lui reconnaissent un retard mental léger et une faible diminution de responsabilité. Ils mettent en garde contre un risque de récidive. Selon eux, le prévenu souffre d’une inadaptation au monde social en raison de ses carences intellectuelles et nourrit des projets irréalistes qui génèrent de la frustration. «Il aimerait pouvoir vivre comme tout le monde. Il est un mauvais compétiteur dans une société de compétition. Narcissiquement, c’est difficile à vivre. Du coup, à ses yeux, ce sont les autres qui ne vont pas.»

Et de préconiser un traitement psycho-éducatif ambulatoire de longue haleine: «Cela ne peut toutefois marcher qu’avec un minimum de collaboration de l’intéressé, ce qu’il n’a pas manifesté jusqu’ici.»

Les psys concluent: «Il faudrait une injonction de traitement au travers d’une mesure pénale.» Le procès se poursuit mardi.


Le calvaire des victimes

«J’ai des flashes qui me reviennent. Je suis encore sous médicaments et j’ai recommencé une série de séances chez le psy avant le procès. J’ai peur de remettre un uniforme sur le dos. J’ai l’impression d’être une cible. Je n’ose même plus aller sur mon balcon. Dans la rue, quand j’entends des pétarades d’échappement, je sursaute.» Quinze mois après les faits, l’assistante de police grièvement blessée par le tireur fou est apparue hier encore profondément choquée. «Je ne peux plus regarder de films policiers. Je ne supporte plus les scènes de tir.»

Elle a repris le travail en mars dernier, mais à 50% et désormais dans un bureau. Au plan physique, elle est loin aussi d’être remise. «Je n’ai pas retrouvé toute ma mobilité. Je boite toujours à cause de nerfs sectionnés qui n’ont pas repoussé. J’ai un pied comme engourdi et le médecin ne peut pas m’assurer que la sensibilité reviendra comme avant.» Le tireur lui a adressé une lettre d’excuse qui lui reste en travers de la gorge. «Il ne s’excuse que de m’avoir blessée alors que j’aurais pu mourir!»

La jeune avocate blessée à travers la portière de sa voiture explique avoir mis toute son énergie pour ne pas se laisser envahir par la crainte. «Mais je fais quand même un bond de dix mètres quand j’entends un bruit fort.» Ses blessures, étaient moins graves que celles de l’assistante de police. Tout de même: «J’ai une cicatrice de chaque côté de la cuisse gauche, où la balle est entrée et où elle est ressortie, ainsi qu’une hypersensibilité de la peau à cet endroit.»

Elle n’accepte pas non plus des excuses formulées un an après les faits alors que l’intéressé n’a cessé d’envoyer des lettres à sa famille, se plaignant notamment de la nourriture en prison et déplorant n’avoir pas de console vidéo dans sa cellule. (24 heures)

Créé: 11.06.2012, 22h40

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

Caractères restants:

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

14 Commentaires

Tom Et-Jerry

12.06.2012, 07:53 Heures
Signaler un abus 16 Recommandation 0

Je retiens un élément : un port d'arme délivré à une personne instable. Tout est dit. Répondre


au secours

12.06.2012, 07:37 Heures
Signaler un abus 15 Recommandation 0

Comment une personne reconnue, par la médecine déficiente mentale, peut obtenir un permis de port et/ou d'achat d'arme ? J'espère qu'il aura une peine à la hauteur du délit. Bon rétablissement aux deux victimes Répondre



Rencontre serieuse

publicité
  • [Alt-Text]

Sondage

Petite enfance: l’Etat doit-il investir davantage dans la création de places d’accueil?




Sondage

Vous arrive-t-il encore de chanter?





Portail annuaire/services

Commerce

Le monde en images

Sondage

Taxe au sac: trier ses déchets, c'est...




Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter lu-ve 7h30-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 824 124, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Service clients CP 585 - 1001 Lausanne

Applications mobile

24heures partout, avec vous

Club Voyage

Découvrez le programme 2012

Programme TV

Accédez au programme TV

Le monde des saveurs

Découvrez vins, spiritueux, cigares et bien plus encore!

Bébé

Toutes les infos "bébé"

Energie

Toute l'actualité sur l'énergie