Lausanne
L’affaire Vuilleumier révèle le malaise qui agite l’exécutif
Par Lise Bourgeois/Alain Détraz . Mis à jour le 11.09.2012 22 Commentaires
Dossiers
La police devrait savoir aujourd’hui quel municipal la dirige. (Image: CHRISTIAN BRUN)
Qui sera le patron?
Il est désormais admis que le dossier de la police constitue une «patate chaude», lancée en l’air par Marc Vuilleumier. Qui voudra empoigner ce portefeuille connu pour voir ses directeurs ne tenir qu’une seule législature? Au jeu des paris, c’est probablement le socialiste Grégoire Junod qui conserve la meilleure cote.
Certains, à commencer par Marc Vuilleumier, verraient bien le syndic, Daniel Brélaz, réceptionner une patate qu’il a contribué à ébouillanter. «Ce serait même une façon de terminer son mandat politique en beauté», estime Vincent Rossi, président des Verts lausannois. Pour lui, les modifications de la chaîne pénale qui s’annoncent permettraient au syndic de voir se concrétiser une amélioration de la sécurité en ville pour 2014, comme il l’a promis cet été. A moins que ce scénario séduise aussi les ambitions du socialiste Grégoire Junod. La police, un tremplin vers la syndicature? Un pari risqué, qui ne paierait qu’en cas de succès. A droite, la police pourrait intéresser le PLR, mais uniquement dans le cadre d’une élection complémentaire.
Marc Vuilleumier aura réussi son pari de faire bouger les choses à la Municipalité de Lausanne. Cet après-midi déjà, l’exécutif annoncera sa réorganisation.
La célérité de la réaction municipale n’en cache pas moins son grand malaise. Hier matin encore, il était question d’une séance de discussion ce jeudi, suivie éventuellement d’une autre le jeudi suivant, à l’issue desquelles une décision serait prise. Le feu des questions en provenance des médias, notamment, a fait prendre conscience au syndic, Daniel Brélaz, qu’il ne fallait pas attendre.
Car la situation est grave: avant l’annonce de Marc Vuilleumier, le syndic a ouvert les feux avec sa déclaration fracassante contre le trafic de drogue de rue. Municipal des Services Industriels, le Vert Jean-Yves Pidoux s’indigne: «Il faut rappeler les principes de collégialité qui proscrivent tant les effets de manches médiatiques que les annonces par voie de presse sur des questions internes au collège.»
L’élu observe que la gestion du bien public est aujourd’hui davantage commandée par les intérêts partisans que par les besoins de la population: «La sécurité en ville est une question bien trop complexe pour se retrouver résumée de manière sommaire à des fins politiques. On ne gère pas un dossier si compliqué par des coups médiatiques.»
Le geste de Marc Vuilleumier est mal pris. La fonction de municipal est-elle un job «à la carte», s’interroge-t-on dans les commentaires web comme parmi les politiciens? Le PLR a déjà fait savoir qu’il réclamait la démission du municipal: «Il met le collège dans une situation désagréable», juge le conseiller communal Mathieu Blanc. L’élu se défend toutefois de plaider pour un départ dans le but de provoquer une élection complémentaire.
De démission, il ne sera vraisemblablement pas question aujourd’hui. Entre hier soir et ce matin, des discussions bilatérales entre municipaux et une séance plénière ont eu lieu dans le but de remodeler la Municipalité.
La sécurité, un «bien public»
Tenue, comme ses autres collègues, à la discrétion sur les scénarios possibles, la municipale Florence Germond évoque toutefois les deux manières d’envisager la sécurité au sein de la gauche. Il y a, d’un côté, une gauche davantage liée aux visions libertaires de 68 et celle, plus jeune, dont elle fait partie, qui considère la sécurité en premier lieu comme «un bien public». «Protéger les plus faibles de l’insécurité, cela s’inscrit dans les missions de l’Etat», dit-elle.
Le popiste Marc Vuilleumier fait-il, quant à lui, partie de la première catégorie? Les critiques contre le municipal d’extrême gauche énoncées ouvertement par la droite ces derniers mois, en coulisse par des responsables socialistes et indirectement par le syndic montrent que l’élu est envisagé comme laxiste.
Seuls les militants de SolidaritéS le considèrent trop dur: «Nous avons été très critiques lorsqu’il a envoyé la police lors d’une manifestation du 1er Mai ou quand il défend des mesures comme l’éloignement et l’exclusion des personnes qui dérangent.»
Du même parti que Marc Vuilleumier, Christiane Jaquet-Berger, camarade de bien des combats, le défend sans réserve. Elle perçoit une guerre de succession au sein d’une Municipalité où la collégialité n’est plus la valeur première. «Je trouve qu’il n’est pas innocent que le PLR Olivier Français manifeste de la sollicitude envers le municipal popiste à la radio (ndlr: dimanche soir à Forum).» Pour la conseillère communale et députée, cette complicité entre deux membres de deux bords opposés de l’échiquier politique serait symptomatique d’un problème au centre: «Il y a des ambitions au sein de la Municipalité pour la future syndicature. Le geste de Marc Vuilleumier n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu.»
Le commandant Raemy vacille sans tomber
Avec une dégradation progressive des conditions de sécurité dans les rues de Lausanne, la pression s’est intensifiée sur la tête de la police lausannoise. Un plomb s’est dévissé tout seul avec la défection de Marc Vuilleumier. Faut-il qu’un autre fusible saute au niveau opérationnel? Le commandant de la police lausannoise, Pierre-Alain Raemy, est-il menacé? Son déménagement en Valais a constitué un terreau fertile à la contestation. «C’est en tout cas un très mauvais signal qu’il a donné à ses hommes, à un mauvais moment», estime le libéral-radical Mathieu Blanc. Son parti réclame d’ailleurs des explications sur cette attitude.
Au contexte de nervosité actuel s’ajoute la réputation du commandant, forgée en partie sur l’introduction d’un code de déontologie. Bien sûr, le commandant de la police de Lausanne n’a pas fait que cela. Reste que, en proposant de revenir sur certains points de ce règlement, le code éthique fait aujourd’hui l’objet de modifications. De quoi fragiliser la position du commandant Raemy? Les libéraux-radicaux lausannois ne vont pas jusqu’à demander sa démission.
Pour le syndic, Daniel Brélaz, évincer Pierre-Alain Raemy serait de nature à déstabiliser le corps de police. «Il ne suffit pas de changer le commandant pour que les choses aillent mieux, disait-il dimanche. Si le prochain municipal en charge de la Police estime qu’il a perdu la confiance dans son commandant, d’accord. Mais, à mon avis, ce n’est pas quelque chose qui doit se faire immédiatement. Penser à le remplacer sans avoir réfléchi à son successeur serait dangereux.» (24 heures)
Créé: 11.09.2012, 07h03
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La rédaction
22 Commentaires
Ces petits seigneurs passent plus de temps à parler aux médias qu'à parler entre eux. C'est juste incroyable d'apprendre par voie de presse une démission qui sera annoncée quatre jours plus tard à ses collègues et à son syndic.... Répondre
Je ne vois pas où pourrait être le malaise : Soit la municipalité est capable de gérer des affaires pour laquelle elle a été élue (et plutôt bien payée), soit il faut organiser de nouvelles élections..... Répondre





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