Reportage
La folle agitation d’une nuit calme avec police-secours
Par Alain Détraz. Mis à jour le 16.06.2012 28 Commentaires
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Aboyant comme un fou, le chien policier tire violemment sur sa longue laisse, au beau milieu de la place du Tunnel. Comme possédé par l’envie de bouffer les jeunes hommes désignés par son maître. Solidement tenu, il n’en fera rien. Mais le message est passé, le groupe se disperse au pas de course. Il n’est pas encore 4?heures du matin, dans la nuit de vendredi à samedi dernier. La police vient de débarquer en force sur les lieux d’une bagarre à l’un des endroits chauds de Lausanne.
Quelques secondes plus tôt, notre patrouille de police-secours était la première sur les lieux. Les portes claquent, l’adrénaline monte. La scène est d’une confusion totale. Une bonne dizaine de personnes crient, courent, se défient, d’autres arrivent en renfort… Difficile de dire qui est avec qui. Seuls au milieu de la grande place, on craint un mauvais coup qui peut arriver de n’importe où.
Le son des sirènes qui s’approche est une délivrance. Une, deux, puis trois voitures nous rejoignent. Et puis le chien… Il est temps de comprendre ce qui se passe. Trop énervés, deux jeunes hommes ont été menottés. «C’est une petite guerre entre Portugais et Albanais», avance un agent de police. Verdict final: «Une histoire de gonzesse.» La sœur de l’un, le regard trop appuyé de l’autre, échange de claques et intervention des copains. L’histoire est banale, mais elle aurait pu «partir en vrille». Etrangement, personne ne sera inquiété par la justice.
Dans les deux camps, chacun a rassuré les policiers. «C’est toujours pareil, résume l’un d’eux. Tout à coup, ils sont tous potes.» Les regards échangés entre rivaux disent le contraire, mais personne ne déposera de plainte. «Lundi, je rappellerai quand même la jeune fille pour voir si tout va bien, elle a l’air bien choquée», conclut une policière en regagnant sa voiture.
Cette nuit-là, 24?heures a pu se glisser à bord de plusieurs patrouilles de police-secours. De minuit à 6?heures du matin, les scènes n’ont pas toujours été aussi chaudes que celle du Tunnel. Mais la rue n’a pas laissé une minute de répit aux forces de l’ordre, qui n’ont de loin pas que les sorties de boîtes à surveiller.
Sirènes et action sociale
Il est minuit à l’hôtel de police. La radio grésille: bagarre à la place de l’Ours. Gyrophares, sirène et pied au plancher. Une poignée de secondes suffit pour avaler la distance. Le temps d’arpenter les environs, pour rien, et la radio se fait à nouveau entendre: cambrioleurs mis en fuite à Sauvabelin. «Là, ça ne s’arrêtera plus avant le matin», promet l’appointé qui nous escorte.
La nuit lui donnera raison. «Mais une bonne partie de nos interventions, c’est du social», précise le policier. Il n’est pas encore 1?heure. Cette fois sans urgence, la patrouille se rend au domicile d’une femme. Valises en mains, son ex-mari campe sur le paillasson. Elle ne veut plus le voir. «On les a déjà rencontrés», commente le binôme policier. D’abord calme, l’ex-mari s’agite dans la petite cage d’escalier. L’alcool se fait sentir et la tension monte d’un cran. Les insultes pleuvent sur l’un des agents. Il reste zen.
Histoire d’être sûr que le mari éconduit ne reviendra pas déranger son ex, on l’emmène vers un hôtel du centre-ville, avec ses bagages. L’intervention aura duré plus de trente?minutes. «On va faire d’une pierre, deux coups», sourit un agent en arrivant sur place. Les dealers qui occupaient le terrain disparaissent. Certains plus vite que les autres. Et alors, rien de plus? Embarquer un dealer présumé coûterait une heure de démarches, peut-être deux, à l’hôtel de police. Tout cela pour un seul homme, qui serait rapidement relâché.
Patrouilles peu nombreuses
Les policiers privilégient leur présence sur le terrain car ils ne sont pas bien nombreux. Organisée en trois tournus de huit heures, la section de police-secours compte environ 140 hommes et femmes. Ce soir, ils sont une vingtaine. A deux ou trois agents par voiture, les patrouilles ne sont pas légion en ville. Et lorsqu’une intervention se prolonge, ce sont autant de forces en moins dans la rue.
C’est ce qui arrive lorsque notre voiture est envoyée au nord de la ville. Une «femme a appelé le 144», annonce la radio. La porte s’ouvre sur un deuxième couple en crise. Il est 2?heures du matin, les enfants sont encore debout. Des traces de sang souillent le parquet, mais l’appartement est calme. La femme aurait piqué son mari à l’aide d’un couteau de cuisine. «C’est du pénal, on en a pour deux heures à recueillir les dépositions, rédiger un rapport et nous entretenir avec le procureur», énumère l’appointé. Son service prend fin à 4?heures, il ne retournera pas sur le terrain. Du coup, une autre voiture nous est offerte.
Côté clubs, la nuit semble calme. Un festival de musique électronique a réuni 3000?personnes au bord du lac, sans heurts. Alors on patrouille. Rien à signaler du côté de Sévelin, où le commerce des charmes se déroule sans heurts. Descente de la rue de Bourg. «Vous pouvez ouvrir les fenêtres, lance un agent. Mais faites attention.» Curieux sentiment que de se sentir menacé à bord d’une voiture des forces de l’ordre. L’uniforme suscite son lot de provocations et d’insultes. Pas le temps d’y répondre. Tapage nocturne et autres troubles de l’ordre public sont signalés.
4?heures, c’est la relève. Alignés en rangs, garde à vous… Le cérémonial est immuable aux entrées et sorties de services. Un procureur – eux aussi visitent la police pour connaître les réalités du terrain – remercie les troupes. Le réveil a été rude, au beau milieu de la nuit, pour les nouveaux arrivants. Ils tourneront jusqu’à midi, avec la perspective d’affronter la fameuse sortie des clubs.
Vols, brigandages et coups
Le premier appel vient du Loft. C’est presque une surprise, la place Bel-Air est vide. Il est 4?h?30 et la discothèque est en train de fermer. Un jeune homme gît à l’entrée dans un état second. «Il a cassé un verre pour s’écorcher les avant-bras», décrit un employé. La police tente de le réanimer en attendant l’ambulance. Départ pour le quartier de Saint-Pierre. Deux jeunes ont reçu un jet de spray au poivre à l’entrée d’une discothèque. L’un vomit sur ses chaussures, l’autre pleure. Manifestement, certains gros bras ne font pas dans la dentelle à l’entrée des clubs.
Le jour pointe dans une valse d’interventions. La radio n’en finit pas de signaler des vols de téléphones à l’arraché, des brigandages et autres coups. Une dernière intervention nous mène auprès de trois jeunes. Ils auraient peut-être dû laisser fuir celui qui leur a dérobé de l’argent. Un coup de ceinturon à la tête a avorté leur nuit. Leur journée commencera à l’hôpital. Une satisfaction: l’auteur présumé a pu être interpellé.
Au final, la nuit n’a pas connu d’émeute. Elle se solde à l’hôtel de police par cinq personnes en détention, tous auteurs de vols ou de lésions corporelles. «C’est plutôt peu pour une nuit de week-end», commente l’officier de service. Oui, cette nuit-là était une nuit calme pour les agents . (24 heures)
Créé: 16.06.2012, 09h29
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La rédaction
28 Commentaires
Même si certaines fois j'ai l'esprit critique, j'avoue que le travaille de police-secours n'est pas de tout repos.La télévision s'était aussi invitée pour vivre une nuit avec police-secours! En regardant l'émission, cela m'avait conforté dans l'idée, que cela n'était pas du tout une mission facile! Qu'il fallait avoir un certain sang froid et être prêt à intervenir dans des secteurs assez chauds! Répondre
Le manque d'effectif n'est pas le seul problème, ni la seule solution. La violence due à l'alcool et les drogues sont un problème de société ainsi qu'un mal-être des consommateurs. Un travail doit être fait en amont. Les établissements doivent gérer ses personnes, mais sont aussi responsable de ce qui se joue dans leurs clubs. Répondre
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