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Anniversaire

La planète CHUV est sur?orbite depuis trente ans

Par Marie Nicollier. Mis à jour le 01.09.2012

Le Centre hospitalier universitaire vaudois est inauguré le 7 septembre 1982 sur la colline du Bugnon, après plus de vingt?années de polémiques

1/7 Aujourd'hui, les Lausannois et les Vaudois se?sont approprié le CHUV.
Image: Jean-Bernard Sieber/ARC

   

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L’accouchement s’est fait dans la douleur. Plus d’une décennie de travaux, sept variantes et environ 530 millions de francs plus tard, le Centre hospitalier universitaire vaudois est inaugurée le 7 septembre 1982, onze ans après la pose de la première pierre sur la colline du Bugnon. Un choix politique audacieux; jamais le canton n’a engagé autant de moyens dans la construction et la gestion d’un établissement public dont les contours sont esquissés dès 1954 et que les Vaudois n’ont pas fini de payer. «Il est en passe d’être amorti», rappelle son directeur, Pierre-François Leyvraz.

«Rasez la cathédrale, qu’on voie le CHUV!» blaguent les Lausannois lorsque la tour de béton sort de terre. Au début des années 1980, sa silhouette provoque un certain émoi. Trop grande, trop massive. Détail à charge: la bête est visible depuis le lac. «C’est une horreur!» s’exclame une passante dans un micro-trottoir de l’époque. Juriste dans la maison depuis son ouverture, Alberto Crespo se souvient qu’«au début, le CHUV avait une réputation de vilain petit canard. Il fallait se faire pardonner d’exister et faire ses preuves. Tout le monde pensait que c’était trop grand. Il ne faut pas oublier qu’un hôpital est associé à la maladie. Ça fait peur.»

Le gigantisme de la structure, amenée à remplacer un Hôpital cantonal surchargé et vieillissant, inquiète. En 1967, les députés du Grand Conseil dénoncent un «projet cyclopéen» basé sur une «optique démographique exagérément optimiste». C’est que le CHUV a failli être trois fois plus gros. L’un des multiples projets examiné depuis les années 1960 prévoyait 3?tours et 2500 lits (contre 639 lits dans le bâtiment principal actuellement). Les malades et les collaborateurs – aujourd’hui à l’étroit dans un hôpital souffrant d’engorgement chronique – apprécieront.

«En 1960, en pleine euphorie financière, on décide de construire quelque chose de gigantesque, mais on ne sait pas encore quoi. Le nombre impressionnant de moutures témoigne d’une extrême difficulté à estimer les lits nécessaires», analyse le professeur Vincent Barras à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé. Les angoisses budgétaires et la crise financière auront raison de cette folie des grandeurs. Une tour passe à la trappe. Les deux restantes seront accolées. Résultat: une centaine de locaux borgnes.

Si les contours du CHUV font débat dans les cafés et la sphère politique, les 4700 premiers collaborateurs sont éblouis par le plateau technique. «Pour moi, c’était vraiment le reflet de la prospérité helvétique, réagit Alberto Crespo. Même les visiteurs français et américains étaient époustouflés.» Pierre-François Leyvraz pousse la porte du bâtiment en 1981, en tant qu’interne. «J’ai vécu ce déploiement de la médecine moderne comme quelque chose d’extraordinaire. Ce bâtiment était la promesse de tenir le challenge d’une médecine de pointe qui pouvait concurrencer les Etats-Unis.»

Chef de la cuisine du bâtiment principal, Jean-Jacques Rensch découvre les lieux en 1983, séduit par un «outil de production superbien conçu» qui sortait 4000 plateaux par jour, contre 5000 aujourd’hui. Une époque révolue de «sureffectif». «Au fil des ans, le personnel a été sacrément réduit. On avait le temps de développer des nouvelles recettes. Là, j’ai de la peine à faire sortir mes cuisiniers pour tester des nouveautés.»

Des projets plein la tête

Les années passent, la machine se réorganise, révolutionnée par l’arrivée de l’informatique. «Chaque année, on produisait 1,4?km de rayonnage pour les dossiers médicaux, se rappelle Alberto Crespo. Il aura fallu quinze?ans pour numériser le tout. L’arrivée de la violence physique, entre collaborateurs et entre patients et employés, constitue aussi un grand changement. Il y a trente?ans, cela n’existait pas.» Dans les années 1980, le service juridique traite une dizaine de cas par an. Aujourd’hui, le nombre de plaintes est multiplié par 15.

Les prémices d’une réflexion sur la naissance du CHUV datent de 1954. Il faudra attendre 1964 pour que les politiques accordent le premier crédit d’étude. Au début du chantier, le Bugnon est déjà largement colonisé par des pavillons médicaux, l’Hôpital Sandoz ou Nestlé. A l’écart des fumées de la ville, le site est plébiscité pour son air pur. «L’idée est de rationaliser et de centraliser les services, explique Vincent Barras. Le CHUV est exemplaire d’une certaine vision du développement hospitalier de la deuxième moitié du XXe siècle, à savoir allier le côté recherche, formation universitaire et hôpital régional. Des rôles pas toujours compatibles.» Une schizophrénie avec laquelle la structure compose encore aujourd’hui, contrainte de ménager la chèvre (les patients), le chou (les étudiants) et d’attirer en prime des grands noms pour exister sur la scène suisse et internationale.

L’hôpital universitaire rempile donc pour 30?ans avec des projets plein la tête. «Il vit toujours dans un paradoxe: se développer pour exister et se serrer la ceinture pour entrer dans le budget, analyse Vincent Barras. Est-ce que, dans 30?ans, le CHUV sera une friche industrielle avec du lierre? Je ne suis pas prophète. Mais d’une certaine manière, il est encore le bâtiment tout-puissant de la ville.»

Une ville dans la ville à laquelle Charles Kleiber, ancien secrétaire d’Etat à la santé, pense avec nostalgie. «Quand j’y retourne, j’ai l’impression que rien n’a vraiment changé. Je demande aux visages connus: «Comment va la grande maison?» Il y a toujours eu un fond d’adhésion, de fierté et de critique vis-à-vis d’elle. Des gens qui pensent qu’elle mange ses enfants. Mais cette grande maison, c’était ma maison.»


Les défis de la machine

Rénover les constructions pour les mettre aux normes. Toutes les chambres du bâtiment principal seront liftées progressivement d’ici à 2025.

Réorganiser la cité hospitalière en séparant le volet soins du volet recherche. A terme, le but est de ne laisser sur la colline du Bugnon que les activités liées au traitement des malades en les regroupant par thématiques. Et de bouter hors du site les laboratoires et l’administration.

Toujours dans l’idée de distinguer l’activité de l’hôpital universitaire des soins courants à la population, le CHUV compte créer un «hôpital de ville» d’une centaine de lits au 11e?étage de la tour. Le service de pédiatrie, qui occupe actuellement les lieux, migrera à l’horizon 2017 dans l ’Hôpital des Enfants , nouvel édifice en forme de L qui entourera la station du métro. Un investissement de 170 millions de francs pour réunir l’activité pédiatrique – aujourd’hui dispersée entre le CHUV et l’hôpital lausannois de l’Enfance – sur un même site. Les discussions sont en cours avec la fondation propriétaire de l’Hôpital de l’Enfance pour trouver une nouvelle affectation au lieu. Le professeur Jean-François Démonet prend ses fonctions ce mois-ci dans le Centre Leenaards de la mémoire. Pièce maîtresse du plan cantonal Alzheimer, le centre regroupe les compétences nécessaires à la prise en charge des patients.

Le département d’oncologie UNIL-CHUV sera opérationnel dès le 1er janvier. Dirigé par le professeur George Coukos, sommité de la lutte contre le crabe, ce futur centre d’excellence unique en Europe mise sur une prise en charge individualisée et le développement de nouvelles thérapies. La construction d’un bâtiment dédié à la recherche est prévue.

Le bâtiment principal du site de Cery, obsolète, sera détruit pour laisser la place à un nouvel hôpital psychiatrique qui devrait voir le jour entre 2015 et 2018 et collera avec une pratique moderne de la discipline. «La psychiatrie a beaucoup évolué depuis les années 60, explique le Pr?Jacques Gasser, chef du département de psychiatrie. L’hôpital n’est plus le centre des soins; nous essayons de soigner le plus possible les patients sur leur lieu de vie.» (24 heures)

Créé: 01.09.2012, 09h40

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